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Céleste Jérusalem est un chant bien connu des messalisants, souvent utilisé pour des funérailles. Qui connaît Jérusalem pourrait, à première vue, douter de ce titre : qu’a de céleste une ville qui connaît, semble-t-il depuis toujours, son lot de massacres sanglants ou de luttes intestines ? Une ville sainte bien humaine. À moins que cette "céleste Jérusalem" ne soit pas celle que le quidam visite aujourd’hui et explorait hier. Ce que suggère d’ailleurs le nom même de "Jérusalem".
Le plus souvent, l’on dit que la capitale du royaume de Juda s’appelle "ville de la paix". Pourtant, cette "paix", shalom en hébreu, vient d’un jeu de mot ou d’un glissement de prononciation : shalem est un mot akkadien, langue mésopotamienne, qui réfère au dieu Shalem. Effectivement, la ville préexiste à l’arrivée du peuple de Dieu, et s’appelle plutôt "fondation du dieu Shalem". L’hébreu étant une langue consonantique, dans laquelle les voyelles ne sont pas écrites et les prononciations peuvent varier facilement, le dieu a laissé place à la paix.
La Jérusalem d’en-haut
Plus précisément, et plus tard, toujours dans la langue sémitique, Jérusalem se dit "yeroushalaïm", avec le suffixe ayim. Or, cette adjonction a un sens duel, catégorie de nombre qui n’existe pas en français mais qui traduit la dualité : ni un, ni plusieurs, mais deux. Il y a donc deux cités en une. Topographiquement, la chose est vraie, puisque la ville de Judée possède une ville haute et une ville basse. À ce sens matériel s’est attaché un sens spirituel, d’ailleurs perceptible dans l’hellénisation de "Jérusalem" en Hierosolyma, hieros signifiant "sacré".
Ainsi la cité terrestre devient-elle la préfiguration d’une cité du ciel. Dans l’apocalypse, au chapitre 20, saint Jean décrit "la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, [qu’il a] vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari". "Elle avait en elle la gloire de Dieu, continue-t-il ; son éclat était celui d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin. Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël".
Construire la cité de Dieu
"Notre cité se trouve dans les cieux" chante d’ailleurs Céleste Jérusalem, reprenant les paroles de saint Paul : "Nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ" (Ph 3, 20). La vie terrestre, et la ville terrestre, est un signe, un appel. Certes, l’hommerie y est reine. Mais Dieu ne l’abandonne pas, et ouvre le ciel pour que tous puissent être pour toujours avec lui. Avant cela, chacun peut construire la "civilisation de l’amour" chère à Jean Paul II ou la "cité de Dieu" de saint Augustin : "Deux amours ont donc bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité de la Terre, l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité de Dieu." (La Cité de Dieu XIV, 28, 1)








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