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Contre la détestation de l’autre, l’ombre du serviteur

5 min de lecture
"Les jeunes, les exclus, les fidèles, les malades : tous seront rencontrés et, finalement, emmenés spirituellement vers ce qui sera l’aboutissement de ce voyage, la ville de Metz", commente le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille.

Crédit : Aleteia

Pour le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, les chrétiens de France ne sont pas nombreux mais en nombre suffisant pour porter le message de paix de l’Évangile.

Tandis que la violence politique resurgit, sous la forme de fascismes de tous les bords se nourrissant de la peur et de la haine de l’autre, le carême ouvre un autre modèle. Pour le père Benoist de Sinety, curé-doyen de Lille-centre, les figures bibliques nous montrent, dans leur fragilité, l’ombre du serviteur qui guide et qui rassure.

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Que notre monde se fascise, certains le disent, beaucoup le pensent. Le fascisme n’est pas de droite ou de gauche, même si les historiens s’emploient parfois dans une quête touchante à prouver le contraire afin de déterminer les frontières d’un camp du bien et d’un camp du mal qui demeure figé sur des déclarations d’intention. Il n’est pas non plus lié à un système religieux ou à son absence : on peut être fasciste en Inde en se baignant dans les eaux du Gange, en arpentant les salons dorés de la Maison Blanche ou en s’asseyant dans les confortables fauteuils des parlements démocratiques. 

La détestation de l’autre

Même s’il désigne à l’origine un mouvement particulier, celui de l’italien Benito Mussolini, le fascisme est passé dans la langue courante pour désigner un courant qui s’oppose à la démocratie parlementaire et au libéralisme politique pour prôner un système où l’individu est d’abord perçu comme membre d’une masse qui s’incarne en un chef providentiel. Un tel système rejette la notion d’égalité au nom d’un ordre hiérarchique naturel. En définissant un idéal de pureté national et racial, il exalte les corps régénérés, les vertus de la terre, du sang et de la tradition tout en affirmant une hiérarchie entre "peuples faibles" et "peuples forts", qu’il applique aussi dans la différenciation des sexes. En Occident, il puise son inspiration notamment dans les grandes mythologies antiques et païennes, magnifiées par une esthétique avérée. 

La marque du fascisme est la détestation de l’autre, au nom d’une infériorité supposée, qui en fait un homme imparfait et donc dangereux.

Plus concrètement la marque du fascisme est la détestation de l’autre, au nom d’une infériorité supposée, qui en fait un homme imparfait et donc dangereux. Le slogan devient plus important que l’argument, la lutte violente est justifiée par la nécessité d’agir virilement : toute discussion, tout débat est jugé contre-productif et signe de faiblesse. Car elle est bien là la vraie détestation du fascisme : dans la faiblesse. Ce qui est faible est par essence méprisable. Il faut avoir dans sa poche un couteau plutôt qu’un livre, serrer le poing plutôt que tendre la main. La violence profonde de ce conditionnement séduit, rassure, attire. Elle semble être une réponse à ce monde devenu incontrôlable par la raison, échappant à toute sagesse. Même les religions semblent impuissantes à résister en leur sein à cette panique qui s’empare de beaucoup et qui en poussent certains à épaissir les remparts, voire même à s’en servir de postes de tir.

Une figure biblique

Les rues de Lyon, ensanglantées par la mort de Quentin en témoignent douloureusement. Avant son assassinat, d’autre crimes avaient été commis, par les mêmes, portant d’autres uniformes et affichant d’autres sigles. Jeunes gens épuisés de ne plus croire en rien d’autre qu’en l’issue du combat. De gauche ou de droite, chrétiens ou musulmans ou athées, combien de cadavres faudra-t-il compter avant que ceux qui inspirent ces crimes ne soient confondus ? Quiconque désigne un ennemi et légitime ainsi la violence devrait s’interroger. Surtout s’il demeure, en bon chef tartuffe, bien assis dans son fauteuil douillet à regarder une jeunesse qu’il ne cesse d’exciter, s’animaliser dans les jungles urbaines. 

Le carême nous procure une figure magnifique de guide : celle de Moïse, qui ne cesse d’arpenter le désert au milieu de son peuple, recevant ses colères et ses peurs, les présentant à ce Dieu qui est son ami. Négociant même avec lui pour le bien de ceux qui lui sont confiés, les aimant davantage, dans le désert qui cherche à les engloutir. Il perçoit, lui, l’homme fragile, chaque jour plus qu’hier, combien sa mission consiste à servir jusqu’au bout de ses forces et qu’ainsi, ceux qui fléchissent puissent se relever, ceux que la peur rendait aveugle puisse retrouver l’horizon... Ne jouissant de rien, il s’efface aux abords du Jourdain pour que son nom ne devienne pas celui du sauveur mais qu’il en demeure l’ombre. Les figures bibliques valent décidément mieux que le référentiel pseudo-païen auquel un peu partout certains aimeraient formater la jeunesse. Le désert de l’Exode est baigné de la lumière d’un soleil qui guide et rassure. Bien loin de celle que le faisceau est capable de projeter, lumière crue, froide qui ne donne à la nuit qui l’entoure qu’un surcroît de frayeurs.