Tout commence par un regard posé sur la matière. Avant de devenir tailleur de pierre, Guillaume Cahen, 36 ans, a suivi une formation dans le Loiret. "Enfant, les visites d’églises et de châteaux m’ont aidé à m’orienter vers ce métier artisanal. J’ai travaillé le fer, le bois et la pierre. Cette dernière est définitivement le matériau qui me plaisait le plus", explique-t-il à Aleteia. Pendant six ans, il effectue son Tour de France chez les Compagnons du Devoir. Bastia, Chinon, Albi, Saint Rémy les Chevreuses, Avignon et enfin Paris : un long chemin d’apprentissage au fil duquel il affine sa technique autant que sa vocation.
"Quand je touche la pierre, je touche du doigt l’éternité"
"Quand je touche la pierre, je touche du doigt l’éternité. Le matériau est millénaire : la pierre était présente avant nous, et sera là après nous", confie Guillaume Cahen à Aleteia. Sa pierre de prédilection ? La pierre calcaire de Tercé, une pierre semi-dure provenant de la Vienne utilisée pour la construction de nombreux édifices tels que le Quai d’Orsay ou le château de Chambord. "C’est un matériau de haute qualité, que j’apprécie pour sa durabilité et son esthétique" détaille ce tailleur de pierre depuis vingt ans. Attaché aux ressources locales, il travaille avec des matériaux français : "Nous avons de magnifiques pierres en France et nos carrières ont besoin d’être soutenues".
En 2023, cet ambassadeur de la pierre française se lance sur les réseaux sociaux : "je me suis rendu compte que la taille de pierres intéressait les gens. Aux jeunes qui hésitent à se lancer dans ce métier, je leur dis qu’il faut s’essayer et ne pas hésiter car on a besoin d’un renouvellement de générations". Conscient des exigences du métier, il ne les minimise pas : "C’est un métier difficile. On a chaud l’été, froid l’hiver et on travaille dans la poussière. Ma vocation sur les réseaux sociaux est de transmettre mais aussi de donner envie".
Croix, cœurs sacrés, fleurs de lys, … À côté de la taille d'éléments en pierre pour la décoration, Guillaume Cahen dirige également une entreprise spécialisée dans les plans de travail en pierre. En 2019, il fonde avec un associé l’entreprise Atlas stone, dont l’activité repose sur la prise de mesures et la pose de plans de travail. En six ans, ce sont 36.000 mètres mesurés et 2.200 plans de travail en pierre posés. Le chiffre d’affaires global atteint 400.000 euros, dont 5% concernent son entreprise Pierres de tradition. Il a même taillé des logos en pierre pour des youtubeurs français comme Tibo inshape ou Guillaume Pley pour le média Legend.
Un travail façonné par la foi et le temps
Son objectif ? Mettre son savoir-faire au service du patrimoine chrétien. Promesse tenue car Guillaume Cahen a achevé son plus grand projet : une croix bergère pour l’abbaye de Fontgombault, érigée le 18 janvier dernier. "Mon travail consiste à pérenniser la foi à travers la pierre", déclare-t-il. Un engagement qui demande patience, rigueur et humilité face à la résistance du matériau. "Quand je travaille, je suis toujours concentré, je prie parfois et je pense à mes prédécesseurs. Je vois leurs erreurs, mais aussi leurs précisions", explique le tailleur de pierre.

Chaque année, Guillaume Cahen réalise entre 10 et 15 projets à lui tout seul. Dans quatre mois, il aura terminé un chemin de croix pour l'abbaye de Fontgombault. Un travail de longue haleine, à l’image de son métier, où chaque geste compte et où la foi se sculpte, lentement, à même la pierre.












