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Comment Dieu réalise l’unité par le haut

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Small Parish

Crédit : Gorodenkoff | Shutterstock

L’unité est une obsession (légitime) de l’humanité. Les hommes auraient tout à gagner à s’inspirer de la façon qu’a Dieu de la réaliser : par le haut. 

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En créant le couple primordial Adam et Ève, Dieu avait en vue de créer une forme d’unité à partir de la différence. L’homme et la femme "deviennent une seule chair" dit la Bible (Gn 2, 24). La différence sexuelle a donc vocation à se consommer en union, en unité supérieure. Ce mystère est grand, dit saint Paul car il est un signe de l’union du Christ et de l’Église. 

Il faut un tiers pour s’unir durablement à deux

Cependant, l’expérience commune nous enseigne que l’unité d’un couple ne dépend pas seulement de la dualité de ses éléments constitutifs masculin-féminin. Un troisième composant intervient comme ciment pour sceller leur union. Ce "troisième" est souvent mystérieux. S’agit-il d’une ressemblance de caractère, de goût, d’une "affinité élective" comme le caractérise le nom d’un roman de Goethe ? D’une croyance commune ? De l’enfant qu’ils procréent de concert avec Dieu ? Quoi qu’il en soit de ce tiers en lequel se rejoignent les deux, on ne peut manquer de s’interroger sur sa réalité quand on transpose l’unité du mariage dans la sphère religieuse et spirituelle, puisque cette unité est signe de l’union du Christ et de l’Église. Existe-t-il un tiers entre celle-ci et Celui qui est sa tête et dont elle est le Corps, un tiers qui scelle leur unité ? On pense à l’Esprit Saint, lui qui fait dire à l’Épouse : "Viens !" en parlant à Jésus. 

Mais l’Esprit est déjà constitutif des deux : il est l’âme de l’Église et il repose en plénitude sur Jésus. Le Christ glorifié ne va jamais sans l’Esprit puisqu’ils sont, tous les deux, un même Dieu avec le Père. Aussi, pour consommer l’unité du Christ et de l’Église, un tiers est nécessaire — tiers qui représente une action, inspirée par l’Esprit certes, mais qui soit différente de lui. Car l’Esprit nous pousse toujours au-delà de lui-même. Il est la grandeur dynamique transcendante de Dieu personnifiée, c’est-à-dire qu’il est Dieu sous le mode "toujours plus grand". Il n’est pas le terme, mais Celui qui nous propulse vers le Terme "toujours plus grand". Quel est ce Terme mystérieux en lequel l’union du Christ et de l’Église parvient à sa perfection ?

S’unir à Jésus en s’offrant avec lui au Père

Saint-Exupéry disait qu’"aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction" (Terre des hommes, Gallimard). C’est donc ce regard "dans la même direction" qui porte l’amour à la perfection, selon l’écrivain. Peut-on transposer cette définition à l’amour du Christ et de l’Église ? Oui, à condition d’expliciter cette « direction », ou plutôt le terme vers lequel elle tend. Or, ce terme, différent de l’Esprit, ne peut être que le Père, première personne de la Trinité. 

En effet, le Père est Celui en direction de qui le Fils et son Épouse regardent, mais aussi Celui à qui ils s’offrent de concert. Sur la Croix, seul Jésus se donnait à son Père. Cependant, une fois ressuscité, il a envoyé l’Esprit sur l’Église afin qu’elle puisse participer elle aussi à son offrande au Père. À la messe, n’est-ce pas toute l’assemblée qui se donne au Père, de concert avec Jésus ? Dans le sacrifice eucharistique non sanglant, se scelle en effet l’unité de l’Époux et de l’Épouse, du Christ et de l’Église.

Jésus nous demande donc de faire un avec lui d’abord par l’Esprit, qui est moyen de leur union, et ensuite, et surtout, par le Père qui est le terme de cette même union — le Père qui est source de l’excellence divine.

Cette unité dynamique s’opère donc par le haut. Car Jésus, doux et humble de cœur, ne désire pas que ses disciples fassent un avec lui en ne contemplant que ses vertus et ses qualités. Certes, l’Épouse doit admirer les perfections et la grâce de son Époux. Mais celui-ci, qui est l’humilité en personne, désire que son Épouse et lui regardent en direction de la Source originelle : le Père. C’est en tendant ensemble vers la Personne-source de la Trinité, le Père, que l’unité entre Jésus et l’Église est consommée en perfection. Jésus nous demande donc de faire un avec lui d’abord par l’Esprit, qui est moyen de leur union, et ensuite, et surtout, par le Père qui est le terme de cette même union — le Père qui est source de l’excellence divine. Là encore, dans le rapport entre le Christ et l’Église, se vérifie le mode de l’unité selon Dieu : l’unification par le haut.

Jésus et Marie unis par la volonté du Père

L’unité de Jésus et de sa Mère parvient à la perfection selon le même mode. C’est à la Croix, en offrant son Fils au Père et en acceptant la volonté de Jésus de devenir notre mère, que l’unité de Marie et de Jésus est définitivement scellée dans la perfection. Perfection de la charité : Marie renonce à Jésus et troque sa maternité divine glorieuse pour devenir mère des pauvres pécheurs que nous sommes ! Sommet de la charité qui, loin de la séparer de Jésus, l’unit au contraire à lui par un attachement divin ! Le nouvel Adam s’unit à la nouvelle Eve par le haut de la volonté du Père.  Un regard extérieur pourrait penser qu’en offrant Jésus au Père et en devenant mère de ses disciples, Marie s’éloigne de son divin Fils. Or, c’est tout le contraire. Leur unité se renforce par ce sacrifice car elle est scellée par en haut : la réalisation du salut des hommes qui est le dessein du Père. Jésus fera le plus bel éloge de sa mère quand il l’assimilera à ceux qui font la volonté de son Père (Mt 12, 46-50). L’unité du Fils et de la Mère se scelle par leur égale volonté d’obéir chacun au Père. Unité par le sommet divin encore et toujours.

Une unité qui descend de Dieu comme la Jérusalem de l’Apocalypse

L’unité des hommes dépend donc de Dieu parce que c’est par le haut que tout tient. Que ce soit l’unité du mariage, l’unité œcuménique des membres de l’Église, l’unité du Christ et de l’Église, l’unité des nations : l’unité par le sommet est le seul moyen pour Dieu, non seulement de ne léser aucune des parties, mais surtout d’en faire le moyen d’une fécondité transcendante et de préparer pour nous des biens "qui ne sont pas montés au cœur de l’homme et que Dieu a préparés pour ceux qui l’aiment" (1 Cor 2, 9). Voilà pourquoi la Jérusalem éternelle, en laquelle le mystère de l’unité finale de tous les éléments de la Création est consommée par la Pâque rédemptrice de Jésus, et en laquelle "Dieu demeurera avec les hommes" (Ap 21, 3) pour toujours — cette Jérusalem a ses racines dans le ciel et descend "d’auprès de Dieu" ainsi que nous le révèle la vision qu’en eut l’écrivain de l’"Apocalypse" (Ap 21, 10). Depuis le début jusqu’à la fin et pour l’éternité, tout tient par le sommet, par le "toujours plus haut" de l’Esprit !