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Salon de l’agriculture : “Osons le bon sens paysan”

5 min de lecture
AGRICULTEURS-VACHES-TROUPEAU-AFP

Crédit : Philippe Roy / Philippe Roy / Aurimages / Aurimages via AFP

Un agriculteur et son troupeau de vaches race Highland grise, plateau de Millevaches (Limousin).

Alors que s’ouvre ce 21 février le Salon de l’agriculture 2026, l’entrepreneur Philippe Royer, lui-même "fils de paysan", analyse pour Aleteia les causes profondes de la crise agricole. Non seulement les agriculteurs ne sont pas écoutés, mais c’est la sagesse du bon sens paysan qui manque à la France pour retrouver la confiance face à la mondialisation : la fierté de produire, la considération du travail, une nouvelle forme de souveraineté française et européenne. 

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Ancien président des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC) et de l’association Fratello, à l’origine de la Journée mondiale des pauvres, Philippe Royer connaît bien le monde agricole. Après avoir dirigé le groupe Seenovia, spécialisé dans l’accompagnement technique et sanitaire des agriculteurs, il dirige actuellement le réseau de consultants Cléophas dont il est cofondateur. Il a Fils de paysan, notre bon sens commun (Fayard) autour duquel il a lancé le mouvement citoyen "Redonner du sens". 

Aleteia : Quelles sont les causes profondes de la crise du monde agricole français ?
Philippe Royer : Globalement, les Français ont une image positive du métier d’agriculteur qui nourrit la population et entretient le paysage. Cela est très positif. Le problème de l’agriculture française vient de la forte production alimentaire au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, jusque dans les années 2000 avec l’utilisation des intrants. Heureusement, quoique marqués par ces méthodes, nous en sommes aujourd’hui à une agriculture plus raisonnée avec moins d’antibiotiques, moins de phytosanitaires. Actuellement, la difficulté majeure reste le revenu des agriculteurs : 70h de travail par semaine, pour un revenu mensuel de 1.500 à 1.800 euros.. 

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La normalisation tue l’agriculture. Ce poids des normes est un des facteurs du mal-être paysan.

En outre, la normalisation tue l’agriculture. Ce poids des normes est un des facteurs du mal-être paysan. Il y a quelque chose d’aberrant : c’est le principe de précaution qui coupe l’esprit d’entreprendre. Or il me semble que par principe, on ne peut pas tout border. La concertation est légitime, mais aujourd’hui il suffit d’une personne de mauvaise foi pour bloquer un projet… C’est la tyrannie de l’individualisme. Cela est contraire au bien commun. N'oublions pas, enfin, qu’en 25 ans, le nombre de fonctionnaires a doublé pendant que le nombre d’agriculteurs a été divisé par deux. Aujourd’hui, l’agriculteur est contrôlé sur tout… Avec le principe de précaution, il doit assurer la preuve qu’il ne crée aucun problème. Cela fait perdre du temps, de l’argent, et c’est inefficace pour l’État. À un moment où il faut résorber la dette, ayons le courage de dire qu’il faut diminuer le nombre de fonctionnaires. 

Quelles solutions proposez-vous ? 
Il est important de rétablir une forme de souveraineté européenne et française, et de prendre en compte la fierté de produire. Cela est possible, par exemple en travaillant sur le local, y compris dans les collectivités. Rappelons que l’Europe s’est construite sur des projets partagés afin de peser ensemble, notamment sur l’agriculture et sur l’acier… des forces clés pour lesquelles on se rassemble par nécessité vitale. On devrait y ajouter aujourd’hui le médicament, la souveraineté numérique, et en premier, celle de la Défense. Or, nous avons fait le contraire en confiant à l’extérieur des sujets stratégiques, devenus des variables d’ajustements ; nous avons créé des dépendances chinoises, sud-américaines, américaines… Rien que pour la Défense, on ne peut faire d’effort qu’en achetant des armes aux Américains. 

Nous nous privons aujourd’hui d’une sagesse millénaire, celle de la terre, cette relation à la nature, à l’enracinement.

Le gros défi, c’est aussi que les Français réacceptent qu’une partie de leur pouvoir d’achat soit à nouveau consacré au "bien se nourrir". Depuis 25 ans, la colonne alimentation a baissé dans le budget des ménages, alors que deux postes ont explosé, le logement et le digital. On consacre donc moins d’argent pour l’alimentation et par conséquent, l’on achète du bas de gamme. 

Comment redonner l’espérance, à la fois aux agriculteurs, mais aussi à l’ensemble des Français ? 
Nous nous privons aujourd’hui d’une sagesse millénaire, celle de la terre, cette relation à la nature, à l’enracinement. J’ai beaucoup reçu du monde paysan, beaucoup reçu de mes racines rurales. Oui, je regrette que l’on soit en train de déraciner notre société, alors qu’on a besoin du contraire. Il nous faut changer de modèle, en refondant une société du bien commun, où l’agriculture et l’agroalimentaire seront toujours la priorité. Car de chaos en chaos, il faudra toujours manger. Le bon sens paysan peut nous aider à comprendre, à nouveau, que le travail remet debout. C’est par le travail que la personne fracturée, blessée par la vie, retrouve dignité. Une société repose sur deux piliers : nourrir les corps, nourrir les intelligences. Ainsi, agriculture et culture se nourrissent mutuellement et s’enrichissent. Oser croire, oser agir, oser entreprendre sa vie… Je crois que cela est toujours possible. Il est temps de redonner des perspectives à chacun ; que chacun ose son aspiration profonde. J’aime poser cette question : à la fin de ma vie, quel sera mon bilan ? Le fait d’avoir dirigé, géré ? Certainement pas, mais plutôt la part d’amour et d’amitié que j’y aurais mis.

Pratique

Fils de paysan, notre bon sens commun, Fayard, 2025, 224 pages, 21,90 euros.

Philippe Royer interviendra au Salon de l’agriculture le jeudi 26 février 2026 sur le plateau littéraire l’Agrostrophe, en compagnie de Julien Denormandie et Gaspard Koenig. Il abordera la question du sens et du bon sens qu’il juge indispensables pour faire émerger des perspectives et des solutions pour notre société.