Notre carême commence sous le signe de la violence politique, c’est-à-dire de la violence absolue. Nous découvrons — au vrai, nous le savions déjà mais nous n’y songions plus — que cette violence, bien qu’elle soit absolue, n’est pas jugée de la même façon selon l’identité de la victime. L’injustice vole au secours du scandale. Il y aurait de bonnes et de mauvaises victimes. Quentin Deranque n’est pas Adama Traoré : voilà ce que nous lisons dans certains éditoriaux.
La tradition de la mauvaise foi
La violence politique entraîne inévitablement avec elle la mauvaise foi, ce péché contre l’esprit. Une radio du service public s’est livrée à ce qu’elle appelait un exercice de décryptage. Son expert a affirmé, à propos de Quentin assassiné : "On aimerait que les choses soient claires sur qui est cette personne." Phrase ignoble. Quentin, parce qu’il était de droite, était un suspect. Ses agresseurs, parce qu’ils étaient de gauche, avaient sûrement de bonnes raisons d’exercer leur violence. La mauvaise foi, c’est-à-dire le mensonge qui se persuade qu’il est la vérité, voilà le péché contre l’esprit. Nous y sommes plongés matin, midi et soir. Le soupçon vire à l’accusation et l’accusation détruit l’innocent qu’elle frappe : politique quotidienne. À entendre certains, le scandale dans le drame de Lyon n’est plus l’assassinat, mais la récupération qu’on voudrait y voir. Pourtant quand le sang coule, il n’y a plus ni gauche ni droite : il y a une humanité crucifiée.
Quel enseignement tirer de l’effroyable spectacle d’aujourd’hui ? Blaise Pascal nous propose une réponse. Il voyait dans les événements "des maîtres que Dieu nous donne de sa main".
La tradition de mauvaise foi engendrée par la violence politique n’est pas nouvelle, hélas ! L’ignominie est de toujours. Elle est de partout. Il y a plus d’un siècle, au moment de l’assassinat de Gaston Calmette, ces messieurs progressistes à barbiche et chapeau haut-de-forme qui campaient au Palais Bourbon avaient ricané sur la dépouille de la victime. "Calmette est calmé", s’était esclaffé un député socialiste en apprenant l’assassinat du journaliste tandis qu’un ministre du gouvernement de la gauche républicaine avait déclaré, en ôtant son pardessus : "Il n’a que ce qu’il mérite." Voilà comment la vieille gauche traitait les assassinés. Le palais Bourbon a été ce cloaque, à la veille d’une guerre mondiale. Il le redevient, ces temps-ci.
Un chemin de conversion
Quel enseignement tirer de l’effroyable spectacle d’aujourd’hui ? Blaise Pascal nous propose une réponse. Il voyait dans les événements "des maîtres que Dieu nous donne de sa main". En disant cela, il faisait sans doute allusion à la violence politique dont il venait d’être informé, sur ces religieuses infirmes arrachées à leur couvent par une troupe de soldats harnachés comme des CRS, sur ordre du chef de l’État, dans une frénésie qui fut le déshonneur d’un grand roi. Nous ne décidons pas des événements, nous ne choisissons pas les maîtres que Dieu nous donne. Mais nous nous devons de les regarder en face.
La mort de Quentin nous révolte mais aussi elle nous enseigne. Que nous dit le drame ? Il nous propose un chemin de conversion. "Nous implorons la miséricorde de Dieu, non afin qu’il nous laisse en paix dans nos vices, mais afin qu’il nous en délivre", écrit Pascal. Il cite aussi cette parole de Jésus qu’il a entendu dans sa prière, après sa nuit de feu : "Je pensais à toi dans mon agonie. J’ai versé telle goutte de sang pour toi… C’est mon affaire que ta conversion. Ne crains pas." Telle goutte de sang : depuis la Passion de Jésus, aucun sang n’est versé en vain. Le sang de Quentin, jeune victime et jeune converti, nous appelle à la conversion. Ne prions pas pour que ce sang retombe sur la tête de ses meurtriers, mais pour que tous, nous soyons délivrés du mal.









