C’était dans l’avion au retour du Liban, en décembre dernier. En conférence de presse, Léon XIV avait esquissé les prochains voyages possibles et, parmi eux, l’Algérie. Désir de venir en Afrique, de marcher sur les traces de saint Augustin, de bâtir des ponts en Méditerranée et entre monde chrétien et musulman. Le voyage à Alger a été confirmé le 9 février dernier, par le nonce apostolique en Algérie, Mgr Javier Herrera Corona, sans qu’aucune date ne soit pour l’instant indiquée. Un voyage prévu et annoncé, mais dont il reste à définir le programme. Quoi qu’il arrive, ce sera une première.
Un terreau flamboyant du christianisme antique
Jamais un pape ne s’est rendu en Algérie. Même Jean Paul II, qui a pourtant visité plusieurs pays du Maghreb et de nombreux pays musulmans, n’a pas pu venir en Algérie, le pays étant frappé par une guerre civile meurtrière durant une grande partie de son pontificat.
La partie côtière de l’Algérie, avec la Tunisie, fut rattachée à la province d’Afrique de l’Empire romain. Carthage en fut l’une des grandes villes, dont les ruines sont désormais situées près de Tunis. La province d’Afrique donna trois papes : Victor Ier (189-199), Miltiade (311-314) et Gélase Ier (492-496) ainsi que de très nombreux saints et théologiens, dont Tertullien, saint Cyprien de Carthage, Félicité et Perpétue et saint Augustin, né à Thagaste et évêque d’Hippone, où il décéda (430) lors du siège des Vandales. Si l’invasion de l’Afrique par les Arabes et la diffusion de l’islam a coupé la Méditerranée en deux, créant deux civilisations aux chemins différents, l’Afrique romaine fut pourtant, des siècles durant, l’un des terreaux les plus actifs et flamboyants du christianisme antique. Une histoire malheureusement oubliée dans les pays du Maghreb, mais en Europe également. Le voyage de Léon XIV en Algérie sera donc l’occasion de remettre sur le devant de la scène cette histoire et ces théologiens de grande ampleur.
Le drame de Tibhirine
Plus récemment, c’est l’assassinat des moines de Tibhirine, dans le contexte du drame de la guerre civile algérienne, qui a renoué avec le fil de l’histoire du christianisme en Afrique du Nord. Reste à voir combien de temps durera le voyage à Alger — quelques heures ou plusieurs jours — quels sites le pape visitera, s’il y aura ou non une messe publique, s’il pourra se rendre dans d’autres lieux que la capitale. Le programme dira beaucoup de l’orientation de ce voyage et de la dimension diplomatique qu’Alger souhaite lui donner.
Une Algérie aux abois
Après avoir été l’un des fers de lance du monde arabe, l’Algérie est désormais aux abois. Son économie va mal, une partie de la jeunesse éduquée n’y trouve ni travail ni débouchés. Sur le plan diplomatique, Alger s’est fâché avec presque tous ses voisins : Maroc bien sûr, dont les relations furent toujours exécrables, mais aussi Tunisie, Niger et Mali. Même Moscou, pourtant allié fidèle, est désormais en froid avec Alger. Sans parler de la France. Le Vatican pourrait donc être une planche de salut pour une diplomatie de plus en plus isolée.
D’autant que les défis algériens sont immenses. Outre les problèmes économiques, c’est l’accès aux céréales, pour la nourriture, et à l’énergie, qui devient préoccupant, les réserves de gaz et de pétrole étant en train de s’amenuir. Sur le plan stratégique, Alger doit faire avec un Sahara où les groupes djihadistes sont de plus en plus présents, grandissants en porosité avec le Sahel et les mouvements islamiques du sud. Sur tous ces sujets, Alger ne peut pas se permettre d’être isolé et doit absolument trouver des partenaires pour mener des politiques de coopération internationale. Là aussi, un soutien diplomatique du Vatican pour assurer des contacts et des relations pourrait être d’une très grande utilité.
Le défi de la liberté religieuse
Pour le pape, le grand sujet sera aussi celui de la liberté religieuse et de la libre pratique du culte, notamment pour les catholiques présents dans le pays. L’évêque d’Alger, Mgr Jean-Paul Vesco, étant désormais cardinal, il pèse d’un poids plus important à Rome et dans les liens ecclésiaux autour de la Méditerranée.
L’annonce de la visite du pape a été faite lors d’une brève conférence de presse après que le nonce ait remis ses lettres de créance au président algérien, preuve de la solennité et de l’importance du moment. Un président qui a été reçu en juillet dernier au Vatican, 26 ans après la dernière visite d’un président algérien. C’était alors Abdelaziz Bouteflika, en 1999, reçu par Jean Paul II. Un autre siècle. Aujourd'hui, beaucoup de choses ont changé, y compris la possibilité pour un pape de se rendre, pour la première fois dans l’histoire de la papauté, à Alger.









