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Pasteur Christian Krieger sur l’euthanasie : “Cette loi aura des dégâts collatéraux”

Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France.

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Mathilde de Robien - publié le 19/02/26
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Le pasteur Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France, déplore auprès d'Aleteia l’absence de dialogue avec les instances parlementaires sur le projet de loi relatif au "droit à l’aide à mourir". S’il ne s’y oppose pas frontalement, il en critique certains aspects "excessifs", marqués par une vision individualiste.

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Les cultes mis de côté ? Depuis le début des débats sur la fin de vie, les responsables des cultes en France ont régulièrement pris la parole afin de faire entendre leur voix. Les représentants des catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans et bouddhistes ont signé une tribune commune en mai dernier, alertant sur les graves dérives liées à l'instauration d'un "droit à l’aide à mourir". Les évêques de France ont publié un autre texte le 15 janvier, réaffirmant leur opposition à la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. Le 17 février, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) a pris fermement position, dans un communiqué, contre la "rupture de civilisation" que représenterait l’adoption d’une telle loi, qualifiée de "visa pour faire mourir", et a appelé les députés à voter en conscience.

Quant à la Fédération protestante de France, elle a remis, à l'issue de la Convention citoyenne sur la fin de vie, dès avril 2023, à Agnès Firmin Le Bodo, alors ministre déléguée auprès du ministre de la Santé, un rapport intitulé Pour davantage d’humanité en fin de vie qui défend le développement des soins palliatifs avant tout changement du cadre législatif. Malgré ces efforts, le pasteur Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France, regrette l’absence de débat avec les parlementaires au sujet de la fin de vie, alors que le texte, débattu actuellement en seconde lecture à l’Assemblée nationale, présente selon lui "des aspects excessifs" et répond à une idéologie "selon laquelle les droits de l’individu jouissent d'une primauté absolue". Sans s’opposer radicalement au projet de loi, il propose une série de garde-fous en vue de l’"humaniser".

Aleteia : La Fédération protestante de France s’est exprimée à plusieurs reprises sur le sujet de la fin de vie. Que vous évoquent les débats en cours à l’Assemblée nationale ?
Christian Krieger : La Fédération a porté des messages pour faire bouger des lignes, pour tenter d’humaniser le texte du projet de loi. Je ne suis pas dans une posture radicalement opposée, mais j’ai tenté de contribuer, de manière positive, au débat, en soulignant les aspects excessifs de cette loi et en proposant des garde-fous parce qu’à mon sens le texte comporte des excès préjudiciables à notre société. Mais j’ai le sentiment de ne pas avoir été entendu. Le débat argumenté ne rencontre pas nécessairement une écoute dans nos instances publiques et c’est très regrettable. J’ai aussi le sentiment d’être dans un débat très idéologisé, une idéologie selon laquelle les droits de l’individu jouissent d'une primauté absolue, au détriment du collectif et de la dimension relationnelle de l’existence humaine.

Tout se passe comme si les instances cherchaient à disqualifier les propos des cultes parce qu’elles n’ont pas envie d’entendre leurs arguments ou leurs questions.

Vous vous sentez peu écoutés, comment cela se manifeste-t-il ?
Le protestantisme a travaillé une position de fond dès le début du processus législatif, en parallèle de la Convention citoyenne, en 2022-2023. Nous avons fait des propositions pour entrer en débat avec la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, et plus récemment, début janvier, avec le Sénat. Mais on se sent peu entendu. Quand les cultes ont été auditionnés par la Commission des affaires sociales, les représentants de six cultes étaient réunis pendant une heure et demie et nous avions dix minutes chacun. Au Sénat, nous avions une heure, cinq cultes ensemble, pour répondre à 16 questions. Moi tout seul il me faudrait trois heures ! Cela dit beaucoup de l’attention qui a été prêtée aux cultes. Tout se passe comme si les instances cherchaient à disqualifier les propos des cultes parce qu’elles n’ont pas envie d’entendre leurs arguments ou leurs questions. Or ce n’est pas par dogmatisme que les cultes ont contribué au débat ! Ils se sont donné les moyens pour une contribution mettant en exergue une argumentation anthropologique et sociétale. La fin de vie est un sujet intime et grave qui mériterait d’être discuté plus profondément. 

Qu’est-ce qui vous semble excessif dans le texte tel qu’il est débattu actuellement ?
Tout d’abord la célérité de la procédure, qui ne permet pas de vérifier la permanence de la demande du patient. Or cette célérité ne s’impose pas. Dans tous les autres pays, on essaie de vérifier la permanence de la demande. En France, le médecin aurait 15 jours pour réagir mais il peut tout aussi bien agir au bout de trois jours ! Ensuite la non-collégialité de la décision. Pour arrêter un traitement important, on a besoin de la décision de toute l’équipe soignante. Pour donner la mort, le médecin déciderait après la consultation de seulement deux personnes ! Le délit d’entrave semble également excessif, tout comme le refus d’informer et d’associer les proches ou la famille. Quel traumatisme inflige-t-on aux endeuillés qui découvriront le lendemain qu’on a donné la mort à leur proche ! Tout cela montre que le projet de loi consacre les droits de l’individu - l’individualisme est roi - et ignore le collectif ou la dimension relationnelle de l’existence humaine.

Intégrer un droit au suicide assisté, c’est faire évoluer profondément les mécanismes. Cette loi rompt avec les fondamentaux qui ont été ceux de notre société jusque-là.

Il existe différentes sensibilités théologiques au sein de la Fédération protestante de France, y a-t-il un consensus qui se dessine au sujet de l’euthanasie et du suicide assisté ?
Le protestantisme par essence est en débat. Le président a l’ardue tâche de porter une parole dans laquelle une plus grande majorité se retrouve. Certains s’opposent de manière radicale à l’aide au suicide, estimant que le texte transgresse un interdit fondamental : "tu ne tueras pas". D’autres voient dans le droit à l’aide à mourir le droit qui relève de la liberté de conscience de chacun devant Dieu.

D'un point de vue éthique, quelles seraient les conséquences d’une loi qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté ?
Les cultes ont parlé de rupture anthropologique. Toute la société, actuellement, est basée sur la défense de la vie. Intégrer un droit au suicide assisté, c’est faire évoluer profondément les mécanismes. Cette loi rompt avec les fondamentaux qui ont été ceux de notre société jusque-là. Et comment une personne, âgée ou porteuse de handicap, qui se sent être un poids pour les siens, va-t-elle vivre sa situation ? Ne risque-t-elle pas de se sentir obligée de partir ? Cette loi aura des dégâts collatéraux, elle va peser sur les plus faibles et les plus vulnérables. 

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