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Aide à mourir : bataille sémantique à l’Assemblée nationale

4 min de lecture
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Crédit : Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

L’Assemblée nationale a entamé le 18 février dans l'hémicycle les discussions sur la création d'une aide à mourir. La question sémantique a occupé une grande place dans les discussions dans une ambiance parfois crispée.

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Que signifie l’aide à mourir ? Après le texte sur les soins palliatifs, les députés ont démarré ce 18 février avec des débats sémantiques sur la deuxième proposition de loi sur la fin de vie, celle prévoyant la création "d'un droit à l'aide à mourir" sous conditions portée par Olivier Falorni. Elle impliquerait l'administration d'une substance létale par le patient lui-même ou, s'il n'est physiquement pas en mesure de le faire, par un médecin ou un infirmier.

"Aide à mourir", "suicide assisté" ou "euthanasie", ce dernier terme étant particulièrement combattu par Olivier Falorni, en raison du rapprochement fait avec l'euthanasie pratiquée par le régime nazi. "Le fait même, la réalité même, que les nazis se soient servis de l'euthanasie, et bien ça devrait suffire à nous faire peur et à rejeter ce texte", a ainsi lancé Stéphane Rambaud (Rassemblement national).Pour Olivier Falorni, la définition d'"aide à mourir" "ne laisse subsister aucune ambiguïté quant à l'auteur de la demande d'aide à mourir, qui ne peut être que la personne qui souhaite bénéficier de celle-ci".

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Les mots qui divisent

Pour Philippe Juvin pourtant, député LR des Hauts-de-Seine et médecin, "l'aide à mourir" est "une notion habituelle en médecine". "Les médecins aident les gens à mourir, mais par d'autres manières qu'en leur donnant la mort", a-t-il assuré. Il propose donc d’utiliser les termes "euthanasie" et "suicide assisté". Thibault Bazin, député LR de Meurthe-et-Moselle, dénonce aussi l'absence de distinction entre l’auto-administration et l’injection par un tiers. "Ce n'est pas la même portée, ce n'est pas la même implication, ce n'est pas le même enjeu éthique" prévient-il. "Il est encore temps d'opérer cette correction", "on est là pour avoir un vrai débat sur les enjeux et la portée pour les tiers".

Au-delà de la sémantique, le sujet divise même au sein des groupes. "Je continue de penser qu'on ouvre une porte beaucoup trop risquée", a déclaré Stéphane Peu, président du groupe communiste, évoquant notamment sa crainte de voir des malades demander l'aide à mourir parce qu'ils considèrent être "un poids" pour leurs proches ou la société.

Nous devrions faire attention à ne pas être dans une vision manichéenne en disant que ceux qui sont favorables à ce texte seraient humains et que ceux qui seraient défavorables seraient inhumains.

Face à la crispation des débats et à la volonté de certains de caricaturer la position des opposants au texte, le député Patrick Hetzel, député LR du Bas-Rhin, a alerté ses collègues : "Nous devrions faire attention à ne pas être dans une vision manichéenne en disant que ceux qui sont favorables à ce texte seraient humains et que ceux qui seraient défavorables seraient inhumains."

Ce jeudi, les députés devraient voter sur ce premier article clé instaurant ce droit à l'aide à mourir, mais aussi aborder la question sensible des cinq conditions cumulatives pour demander cette aide à mourir. Elles concernent aussi bien l'âge (le texte réserve à ce stade le droit aux majeurs), que la gravité de l'affection et des souffrances du patient, ou encore sa volonté "libre et éclairée".

Un vote solennel pour chacun des deux textes est prévu mardi 24 février après-midi, si les nombreux amendements sur l'aide à mourir sont étudiés d'ici là (il en restait 1.747 mercredi soir). Un nouvel examen des deux textes est prévu au Sénat, du 1er au 3 avril.