Très souvent, il arrive de vouloir meubler le silence : en mettant de la musique, en passant un coup de fil, en allumant la télévision… Tout ceci n’a rien de répréhensible, mais mis bout à bout, ces réflexes propres à l’homme contemporain empêchent finalement de se retrouver quelques minutes en silence. Le bruit ambiant et continu constitue un frein à la vie intérieure, haut lieu de la conversion de l’âme. Alors en ce jour d’entrée en carême, période spécifiquement dédiée à la conversion personnelle, redécouvrons les ingrédients essentiels à toute vie intérieure avec le frère Marie-Ollivier Guillou, dominicain du couvent de Marseille et professeur de théologie.
Dans un livre qui accompagne pas à pas le lecteur vers une profonde conversion personnelle, dans la perspective d’avoir "le cœur plein de Dieu" (c’est le titre de l’ouvrage), le dominicain marseillais constate que l’intériorité est aujourd’hui menacée : "Rien de moins évident aujourd’hui que la vie intérieure. Puisque notre époque est devenue réfractaire au recueillement", alerte-t-il. "L’intériorité sans cesse menacée est à préserver à tout prix. Elle nécessite un combat qui n’est pas gagné d’avance." Pourquoi ? Tout simplement parce que l’intériorité est le fond même de la vie spirituelle. "Elle constitue l’exigence fondamentale de toute vie chrétienne", souligne le frère Marie-Ollivier Guillou.
Un combat, idéal à mener pendant ce temps de carême, qui n’a rien d’insurmontable. Marie-Ollivier Guillou cite l’une des grandes figures dominicaines contemporaines, le père Marie-Étienne Vayssière, gardien de la grotte de la Sainte-Baume pendant 30 ans au début du XXe siècle, qui écrit à l’une de ses filles spirituelles : "Solitude, silence, recueillement, fixez-vous dans cette atmosphère, conservez-la jalousement. C’est là que Dieu parle et nous visite. Et la foi vive en l’amour divin qui nous enveloppe et même nous étreint, et que tout intérieurement et extérieurement nous apporte. Confiance sans réserve en cet amour qui veut notre bien, un bien infini. Et finalement‚ abandon sans réserve à tout ce qui peut arriver pendant ces jours bénis de retraite. Laissez-vous faire, laissez-vous aimer, voilà l’essentiel."
Solitude, silence, recueillement
"Au commencement de la conversion chrétienne ou religieuse était la sainte triade : solitude, silence, recueillement", note Marie-Ollivier Guillou. "Ce sont les éléments essentiels de l’intériorité", affirme-t-il tout en précisant que "la solitude et le silence n’ont pas en eux-mêmes leur raison d’être" : "Ils s’achèvent en recueillement. Et que recueille-t-on ? La présence de Dieu. Car la solitude et le silence sont les conditions pour que la foi éclose et se développe."
Le dominicain marseillais invite également à distinguer silence et silence : "Il y a l’absence de bruit et il y a la présence de Dieu". Se recueillir, c’est être présent à la Présence de Dieu, c’est "accueillir la voix intérieure, celle du Verbe manifestée dans le silence de l’esprit, comme on cueille un fruit mûr sur la branche : il vous tombe dans la main comme Dieu au creux de l’âme".
Importance de l’écoute
Bien souvent, Dieu parle mais nous ne l’entendons pas. Soit parce que "nous nous laissons emporter çà et là par le monde et nous ne songeons pas à l'unique chose qui devrait nous occuper", comme disait le saint curé d’Ars, soit parce que nous nous attendons à ce que Dieu nous parle d’une certaine manière et non d’une autre. À l’instar d’Élie qui s’attendait à ce que Dieu lui parle à travers un ouragan, un tremblement de terre ou le feu, les croyants espèrent parfois de fulgurantes manifestations. Mais le Seigneur ne s’exprime pas autrement que par "le murmure d’une brise légère" (1 Rois 19, 11-13).
La triade "solitude, silence, recueillement" trouve ainsi sa raison ultime dans l’écoute : "Voilà le secret de l’intériorité. Un cœur qui écoute est en effet un cœur divinisé", assure Marie-Ollivier Guillou. Au terme de la conversion, précise le père Marie-Étienne Vayssière dans sa lettre, se tiennent la confiance et l’abandon. "Confiance et abandon sont en effet comme la fine pointe de la vie spirituelle", souligne le frère Marie-Ollivier Guillou. "L’abandon équivaut à un acte de confiance sans borne en l’amour du Père. C’est le mouvement le plus profond d’un itinéraire spirituel qui est aussi son épanouissement." Puisse ce temps de carême offrir l'occasion de s'abandonner toujours davantage entre les mains du Seigneur.
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