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Les catholiques s'apprêtent à entrer de nouveau en carême : mercredi 18 février, la messe des cendres marquera ce temps où chaque chrétien est invité à se convertir et à marcher vers Pâques. Pour accompagner ces quarante jours, Laurent Landete propose Un Carême avec Léon XIV, un parcours inédit qui invite à méditer chaque jour à partir des premières paroles du Pape. L’auteur, directeur général du Collège des Bernardins à Paris, guide le lecteur pour entrer dans le mystère pascal, transformant le quotidien en un véritable chemin spirituel. "Ce qui m’a profondément touché dans les premières paroles de Léon XIV, c’est sa manière de parler de l’Église à partir du Christ, jamais à partir d’elle-même", explique-t-il à Aleteia. "Écrire ces quelques méditations quotidiennes m’a permis humblement de redécouvrir encore cette année cette vérité essentielle : l’Église ne se comprend qu’à la lumière de la Croix. Le carême nous ramène à cette source. Il nous réapprend que la fécondité ecclésiale dépend de la profondeur de notre union au Christ." Entretien.
Aleteia : Qu’est-ce qui vous a inspiré à écrire ce livre pour le carême ?
Laurent Landete : Le carême nous fait entrer dans le mystère pascal, et le mystère pascal révèle le mystère de l’Église. L’Église n’est pas d’abord une réalité sociologique, elle est le fruit du don du Christ. Elle naît de son obéissance, de son offrande au Père, de son amour livré jusqu’au bout. Ce qui m’a profondément touché dans les premières paroles de Léon XIV, c’est sa manière de parler de l’Église à partir du Christ, jamais à partir d’elle-même. Il ne la présente pas comme une structure à défendre, mais comme une communion à purifier, une épouse appelée à la fidélité, un peuple en conversion. Il nous fait comprendre que l’Église ne vit que de la grâce reçue. Écrire ces quelques méditations quotidiennes m’a permis humblement de redécouvrir encore cette année cette vérité essentielle : l’Église ne se comprend qu’à la lumière de la Croix. Le carême nous ramène à cette source. Il nous réapprend que la fécondité ecclésiale dépend de la profondeur de notre union au Christ.
Le carême n’est pas un exercice individuel détaché de l’Église. Marcher à l’écoute du successeur de Pierre pendant ce temps liturgique manifeste concrètement cette communion.
Pourquoi avoir choisi de vous appuyer sur le pape Léon XIV pour ce parcours spirituel ?
Nous vivons le premier carême de son pontificat, et cela revêt une signification ecclésiale réelle. Le ministère pétrinien n’est pas simplement une fonction de gouvernement, il est un service de l’unité dans la foi. Le successeur de Pierre reçoit la mission de confirmer ses frères, de veiller à l’intégrité de la confession de foi et de soutenir la communion. Les premières interventions de Léon XIV ont mis en lumière des thèmes structurants : la justice ordonnée à la réconciliation, la responsabilité à l’égard du bien commun, l’exigence d’une foi incarnée. On y perçoit une théologie profondément enracinée dans la tradition sociale de l’Église. Le carême n’est pas un exercice individuel détaché de l’Église. Marcher à l’écoute du successeur de Pierre pendant ce temps liturgique manifeste concrètement cette communion.
Y a-t-il une méditation de Léon XIV qui vous tient particulièrement à cœur ? Pourquoi ?
Sa réflexion sur la justice évangélique me paraît d’une grande densité spirituelle : "La justice évangélique ne détourne donc pas de la justice humaine, mais elle l’interroge et la redessine : elle la stimule à aller toujours plus loin, car elle la pousse à rechercher la réconciliation. En effet, le mal ne doit pas seulement être sanctionné, mais réparé." Cette affirmation s’inscrit pleinement dans la Révélation. Dans les Écritures, la justice de Dieu ne se réduit pas à une stricte rétribution, elle est ordonnée à la restauration. Sur la Croix, le Christ assume le péché du monde et ouvre un chemin de réconciliation. Le carême nous fait entrer dans ce dynamisme. La conversion chrétienne dépasse une simple correction morale, elle consiste à être configuré au Christ qui réconcilie. L’homme réconcilié avec Dieu est alors capable de réconciliation avec les autres. Ainsi, la justice évangélique redessine progressivement la vie personnelle et sociale en l’orientant vers la communion et la paix.
La conversion touche tout l’homme : l’intelligence, la volonté, mais aussi les habitudes et les rythmes de vie.
Pourquoi proposer des pistes concrètes pour le carême ?
La conversion touche tout l’homme : l’intelligence, la volonté, mais aussi les habitudes et les rythmes de vie. La tradition spirituelle de l’Église montre que les décisions concrètes fortifient l’exercice de la liberté et soutiennent la persévérance. Sans engagement précis, le désir de conversion demeure fragile et souvent sans conséquence. Un temps quotidien de prière, un jeûne discerné, une aumône régulière, nous inscrivent dans la constance. Ces gestes ne constituent pas une autosuffisance spirituelle, construite à "la force du poignet" ; ils expriment le consentement libre de la personne à l’action sanctifiante de Dieu. Le carême est ainsi une pédagogie de la coopération à la grâce, où l’homme, soutenu par l’Esprit, apprend à ordonner ses désirs et à se rendre disponible à l’œuvre divine.
Quel est le défi spirituel principal du carême aujourd’hui ?
La vie intérieure. Beaucoup de nos contemporains vivent dans une activité constante, mais sans véritable intériorité. Or la tradition chrétienne enseigne que la vie théologale - foi, espérance, charité - s’enracine dans un cœur recueilli. Sans vie intérieure, la foi s’affaiblit et se réduit à des opinions ou à des habitudes culturelles, voire identitaires. Le carême invite à redonner à l’âme sa profondeur. Il appelle à la prière silencieuse, à la méditation de l’Écriture, à l’examen de conscience. Ce travail intérieur ne nous retire pas du monde, il permet au contraire d’y être présent avec un regard purifié et une liberté plus grande. La vie intérieure constitue le lieu où l’homme se tient en vérité devant son créateur et sauveur. Le lieu où il reçoit la grâce qui le transforme.
La prière rétablit la relation filiale avec Dieu, le jeûne ordonne le rapport aux biens créés, l’aumône ouvre à la charité fraternelle.
Comment le carême peut-il aider les chrétiens à trouver un sens dans le quotidien et à se rapprocher de Dieu ?
Les trois piliers traditionnels - prière, jeûne, aumône - correspondent aux dimensions fondamentales de l’existence. La prière rétablit la relation filiale avec Dieu, le jeûne ordonne le rapport aux biens créés, l’aumône ouvre à la charité fraternelle. Ces pratiques répondent aux désordres introduits par le péché et réorientent la vie vers son centre, qui est Dieu. Lorsque l’amour retrouve son juste ordonnancement, le quotidien cesse d’être fragmenté. Les tâches ordinaires s’inscrivent dans une perspective plus large : la glorification de Dieu et le service du prochain. Le carême rend visible cette orientation et la grave dans le temps concret de nos jours.
Quels conseils donneriez-vous à un chrétien qui se sent dépassé par le rythme du carême et ne sait pas par où commencer ?
Ne cherchez pas à faire de grandes choses. Laissez-vous guider par le Psaume 130 : "Je n'ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent." Les grands projets peuvent parfois cacher notre orgueil. Le carême nous fait entrer dans l’humilité de notre condition humaine. Commencez petit et cherchez ce qui est petit : un quart d’heure de prière, un effort simple, un geste concret de pardon… Dieu ne nous demande pas des performances. Il nous demande un cœur ouvert. Le carême n’est pas une compétition spirituelle, c’est un chemin de pauvreté confiante. Et dans cette pauvreté, Dieu fait des merveilles.
Pratique :










