L’aventure spatiale nous montre que la vie de l’homme est faite pour rêver et s’élever. Comme les navigateurs ou les astronautes, souligne le père Benoist de Sinety, visons cet au-delà auquel on peut ne pas croire mais auquel on ne doit jamais renoncer.
Plus près des étoiles... Le 12 février dernier, Ariane VI s’élevait dans le ciel de Kourou. Le lendemain, l’équipage de SpaceX composé de deux Américains, un Russe et une Française, Sophie Ardenot, suivait le chemin vers l’apparent infini de l’espace. Des millions d’hommes s’étaient réveillés la nuit du 21 juillet 1969 pour suivre en direct les premiers pas sur la Lune des passagers d’Apollo 11. Les années quatre-vingt, jusqu’à 2003, furent marquées par les fameuses navettes spatiales qui nous donnaient à chaque fois l’impression de suivre le déroulement en direct d’un film de James Bond, jusque dans la fin tragique de Challenger (1986) puis de Columbia (2003).
La compagnie des astres
De Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry à Claudie Haigneré et Thomas Pesquet, dix de nos compatriotes ont tutoyé l’au-delà du visible pour l’œil humain. Je me souviens à une fête de collège, au stand de signatures des livres, avoir fixé le premier astronaute français, du haut de mes quatorze ans. Il était entouré par une foule de curieux, d’admirateurs, tous enthousiastes à l’idée de lui serrer la main et de voir un homme devenu le temps d’une mission extra-terrestre, en chair et en os. Derrière moi un monsieur murmurait à son épouse, tellement ému : "Tu te rends compte, cet homme-là, il a vu la Terre depuis l’espace..." L’heure était à l’émerveillement.
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Les années ont passé. Les modes changent et les passions se succèdent. Les décollages de fusées et de vaisseaux font désormais de belles images qui viennent un peu distraire des litanies épuisantes. Il y a cependant quelque chose d’admirable dans le courage et la volonté de tous ces explorateurs qui s’élèvent ainsi hors de notre temps et de nos frontières pour aller observer et découvrir ce qu’ils ne connaissent pas. Même si les missions d’aujourd’hui consistent plus à tourner autour de la Terre que de marcher sur d’autres sols, même si tout est fait pour frôler le risque zéro, il n’en demeure pas moins que la compagnie des astres n’est pas celle qui procure le plus de sécurité !
Toujours le même rêve
Les navigateurs qui entraînaient des équipages apeurés à bord de la Pinta, de la Trinidad, du Sao Gabriel ou du Pourquoi Pas ? étaient des rêveurs magnifiques. Ils n’étaient pas que cela, mais ils l’étaient avant tout. De Christophe Colomb à Charcot, en passant par Magellan ou Vasco de Gama, ils s’élançaient sans savoir quand et comment ils atteindraient leur but. Ni d’ailleurs souvent quel était ce but en fait. Ils larguaient les amarres de nations bien assises, avides de trésors et de progrès, sans savoir s’ils y retourneraient un jour. Fort d’une espérance qu’il y a toujours quelque chose de nouveau, d’inattendu à découvrir, que l’horizon ne saurait s’épuiser dans un regard, qu’il y a cet au-delà auquel on peut ne pas croire mais auquel on ne doit jamais renoncer.
Les astronautes partent, forts de leurs armures, dans le tonnerre des réacteurs avant de goûter au silence sidéral et de s’y sentir si léger. Leurs vaisseaux sont affrétés par de riches empires, par des mécènes plus puissants que des rois mais au bout du compte, c’est toujours le même rêve qui conduit leur engagement.
Viser plus haut
C’est ce rêve qui devient si précieux dans nos vies bien terrestres. Non de s’échapper du réel pour s’abstraire de nos vies, mais au contraire, pour rappeler à nos mémoires fatiguées qu’il y a plus à voir et à goûter autour de nous que ce qu’on nous en dit. Et que la vie d’un homme est bien faite pour cela : ne jamais renoncer à rêver, ne jamais faire le deuil de vivre ce que l’on pense être grand.
C’est d’ailleurs le message de celle qui se trouve maintenant en orbite pour un séjour de neuf mois environ : "D’ici, on nous rappelle qu’on est tous connectés. Osons rêver grand ensemble. Prenez soin de chacun, et continuez à viser plus haut. C’est comme cela que l’humanité avance et que l’on se rend fier." Comme le lui avait lancé Thomas Pesquet avant son départ : "Vas-y Sophie, allume le ciel ! On est tous avec toi !"












