En flânant dans les ruelles de Locuon, le regard suit le granite qui affleure à chaque pas. Au détour d’un chemin, l’église Saint-Yon, bâtie au XVIe siècle, se laisse apercevoir, mais c’est en poursuivant la promenade, en descendant vers un élégant escalier du XVIIe siècle, que le promeneur découvre le joyau du village : la chapelle Notre-Dame de la Fosse. Blottie contre la paroi d’une ancienne carrière antique miraculeusement conservée, elle porte sur ses murs les traces des carriers et semble surgir de la pierre elle-même.

Un sanctuaire de dévotion populaire
Érigé sur un plateau granitique, le village de Locuon a fourni, grâce à ses carrières, la pierre des maisons locales et des villes voisines, à l’image de Carhaix, puissante cité d’Armorique à l’époque romaine. Mais Notre-Dame de la Fosse n’est pas seulement un témoin de cette activité : par son nom – issu du breton loc, "lieu consacré" – elle révèle la permanence d’une vocation sacrée très ancienne progressivement remplacée par le christianisme.
La statue d’une déesse-mère (scellée sur l’escalier du XVIIe siècle) et probablement sculptée par les carriers de l'époque, ainsi que deux autels gallo-romains — dont l’un creusé en bénitier dans l’église — témoignent de ce culte antique. La christianisation du lieu est également attestée par les croix potencées gravées sur l’un des autels et sur la paroi derrière la chapelle, vestiges d’une foi qui s’est progressivement imposée. Au-dessus, des trous quadrangulaires dans la pierre indiquent l’emplacement des poutres d’un toit en appentis, probablement celui d’une chapelle primitive.
Une chapelle blottie dans la roche
Reconstruite au XVIIᵉ siècle, probablement en réutilisant des éléments d’un édifice antérieur datant du XVIᵉ siècle, la chapelle a été fondée par les Lescobic, seigneurs de Kerfandol. Elle doit son nom – Notre-Dame de la Fosse – à la proximité d’une fontaine sacrée, située en contrebas. Longtemps réputée pour ses vertus miraculeuses, cette dernière continue d’attirer fidèles et curieux .
Sur sa façade, un bas-relief représentant saint Roch, protecteur traditionnellement invoqué contre la peste, rappelle l’ancienne vocation spirituelle du lieu. Sur le mur sud, le blason des Lescobic de Kerfandol, surmonté d’un sanglier, témoigne, quant à lui, de l’ancrage de la chapelle dans l’histoire locale et dans les familles qui ont marqué le territoire.

En tournant le regard, on découvre, juste à côté de la chapelle, dans le front de taille même de la carrière, une cavité connue localement sous le nom de "grotte de Lourdes". À côté de la statue de la Vierge, installée ici au XIXe siècle, on peut apercevoir les traces anciennes de la découpe abandonnée d'un bloc de pierre. La carrière de Locuon est d’ailleurs la seule en Bretagne datant de l’époque gallo-romaine à conserver un front de taille intact, offrant un témoignage précieux des techniques d’extraction antiques.
Plus qu’un simple édifice religieux, Notre-Dame de la Fosse est un lieu de mémoire vivante, où se croisent les traces d’une Bretagne antique et chrétienne. Dans sa pierre granitique, elle garde l’empreinte des carrières gallo-romaines, des croyances anciennes et de la foi d’un territoire qui a su préserver ce trésor discret mais précieux du patrimoine breton.










