Campagne de Carême 2026
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Il faut monter, quitter l’agitation du Quartier latin et laisser derrière soi les terrasses et les librairies pour découvrir l’étonnante et composite façade de l’église Saint-Étienne-du-Mont, à Paris. Mêlant avec finesse l’art gothique et la Renaissance, cette église parisienne, érigée en paroisse il y a 400 ans, ne se regarde pas d’un seul coup. Elle se découvre, lentement, comme une histoire que l’on prend le temps d’écouter.
Tout commence avec Clovis
Et son histoire remonte loin, dès le VIe siècle, lorsqu’un célèbre roi franc fait un choix décisif. Clovis, récemment converti au christianisme, décide d’ériger au sommet de la colline une basilique dédiée aux apôtres Pierre et Paul. Ce n’est pas seulement un acte de piété : c’est un geste politique et spirituel. Il ancre le pouvoir chrétien dans la terre parisienne.
Clovis y sera enterré, aux côtés de son épouse Clotilde. Plus tard, l’église prendra le nom de celle qui devint l’âme de Paris : sainte Geneviève. Protectrice de la ville face aux invasions, figure de foi inébranlable, elle donne aussi son nom à l’abbaye qui s’élève à côté. La colline devient sacrée. On y prie, on y enseigne. Le cœur spirituel et intellectuel bat son plein. Mais au XIIIe siècle, Paris grandit et autour de l’abbaye Sainte-Geneviève, les collèges se multiplient, les fidèles affluent et l’église abbatiale ne suffit plus. On décide alors de bâtir, contre son flanc nord, une église paroissiale destinée au peuple : elle sera placée sous le patronage de Saint-Étienne, premier des martyrs.
Très vite, cette première église devient trop petite. On entreprend alors, en 1492, la construction de l’édifice que l’on connaît aujourd’hui. Mais le chantier est long et lent. Au gré des hésitations et des reprises, Saint-Étienne-du-Mont s’érige et devient l'œuvre complexe d’un siècle de travaux. Lorsque Saint-Étienne-du-Mont est enfin consacrée, en 1626 par l’archevêque Jean-François de Gondi, elle porte dans sa pierre toute l’histoire qu’elle a traversée.
Un chantier interminable
Franchir le seuil de Saint-Étienne-du-Mont, c’est pénétrer dans une saisissante synthèse où le gothique déploie son élan vertical tandis que la Renaissance affirme ses justes équilibres.

Au centre de l’église surgit l’inattendu : le jubé, dernier survivant de Paris. Dentelle de pierre suspendue, il marquait jadis la frontière entre le chœur des clercs et l’espace des fidèles. Du haut de la tribune, le célébrant commençait ses prédications par cette phrase Jubé, Domine, Benedicer - Daigne, Seigneur, bénir - qui a donné son nom au "jubé". S’ils ont été quasiment tous détruits au XVIIe et XVIIIe siècle, après le concile de Trente, pour rapprocher les fidèles de la célébration eucharistique, le jubé de Saint-Étienne-du-Mont fait figure d’exception. Il serait l'œuvre d’Antoine de Beaucorps. Éblouissant par le foisonnement de son décor qui trouve son inspiration dans le répertoire végétal, il est construit comme un arc de triomphe et rappelle la victoire du Christ sur la mort.
Quatre siècles de dévotion à la protectrice de Paris
En avançant dans l’église, deux grandes toiles votives suspendues sur le chemin qui mène à la chapelle Sainte-Geneviève attirent le regard. Ces deux ex-voto monumentaux, commandés par les prévôts des marchands et les échevins de la ville, témoignent de moments de détresse où la capitale se tourna vers celle qu’elle n’a jamais cessé d’invoquer.
Le premier, peint par Nicolas de Largillière, commémore la grande procession de 1694. Cette année-là, la famine frappe durement le royaume. On fait alors sortir la châsse de sainte Geneviève et on la porte à travers Paris, implorant la fin du fléau. Dans la partie supérieure du tableau, la sainte apparaît assise sur un nuage, les mains jointes dans une prière ardente pour la ville. Autour d’elle, les nuées sombres s'amoncellent, dessinant la promesse d’une pluie bienfaisante. En dessous, les échevins, vêtus de leurs riches habits, désignent celle qui a intercédé pour eux rappelant au spectateur que le Salut vient d’en haut.
Le second ex-voto, signé Jean-François de Troy, répond au premier comme un écho de gratitude. En 1725, Paris est cette fois accablée par des pluies diluviennes. La ville remercie sainte Geneviève pour leur cessation. Ici, le ciel s’ouvre, les nuages se dissipent dans la partie supérieure de la composition laissant place à un temps apaisé. Le message est clair : la sainte veille, encore et toujours.

Quelques pas plus loin, on entre dans la chapelle Sainte-Geneviève, véritable petit écrin. Ici, l’église change de ton. Le style flamboyant s’y fait plus délicat, plus précieux. Au centre, une châsse du XIXe siècle, en cuivre ciselé et doré, conserve un fragment du tombeau de la sainte miraculeusement sauvé des destructions révolutionnaires en plus de quelques fragments de la sainte provenant d’églises voisines. Au sommet, les figures des Vierges sages et des Vierges folles rappellent, dans une mise en garde silencieuse, les destins opposés de ceux qui veillent et de ceux qui oublient.

La lumière, ici, raconte à son tour. Les vitraux consacrés à la vie de sainte Geneviève, réalisés au XIXe siècle, déroulent un récit lumineux où Paris apparaît en toile de fond. Plus loin encore subsistent des verrières plus anciennes, datant du début du XVIIe siècle, derniers vestiges du cloître disparu. Parmi elles, le Pressoir mystique saisit par sa force symbolique : le Christ y est représenté pressé comme une grappe de raisins, son sang recueilli pour le salut des Hommes.
Arrivé au bout de du chemin, un dernier regard sur la tribune laisse apercevoir l’un des trésors les plus captivants de Saint‑Étienne‑du‑Mont : son grand orgue, dont le buffet sculpté par Jehan Buron entre 1631 et 1633 est considéré comme un chef‑d’œuvre de menuiserie du XVIIe siècle. Le plus ancien de Paris encore dans son état d’origine. L’instrument achevé vers 1636 par le facteur Pierre Pescheur s’est enrichi au fil des siècles grâce au talent de grands artisans comme François‑Henri Cliquot au XVIIIe siècle ou Aristide Cavaillé‑Coll au XIXe.
Un haut-lieu de l’Histoire
La Révolution laissa des traces profondes : les révolutionnaires brûlèrent publiquement les reliques de sainte Geneviève, patronne de Paris, que conservait l’église. Sous le Directoire, Saint‑Étienne‑du‑Mont fut transformée en "temple de la Piété filiale" et il fallut attendre 1801 pour que le culte catholique y retrouve sa place. Les turbulences ne s’arrêtèrent pas là : le 3 décembre 1857, l’archevêque de Paris, Mgr Dominique Sibour, y fut assassiné par l’abbé Jean‑Louis Verger, prêtre frappé d’interdit pour avoir contesté à plusieurs reprises le dogme de l’Immaculée Conception.
C’est également sur le territoire de la paroisse, l’un des quartiers les plus miséreux de Paris au XIXᵉ siècle, que Frédéric Ozanam, le jeune étudiant venu de Lyon réunit, en 1833, la première conférence de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, fondée avec ses amis. Œuvre laïque de charité et d’évangélisation, cette initiative préfigure le catholicisme social tel que le définira le pape Léon XIII dans l’encyclique Rerum Novarum (1891). C’est à Saint-Étienne-du-Mont que le pape Jean Paul II a béatifié Frédéric Ozanam le 22 août 1997 à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse.
Quatre siècles après sa consécration, Saint‑Étienne‑du‑Mont continue de vibrer au rythme de l’histoire et de la foi. Cette année encore, fidèle à la tradition, la châsse de sainte Geneviève a été portée en procession lors de la neuvaine du 3 au 11 janvier. Un signe que la dévotion envers la protectrice de Paris demeure bien vivante. Et pour célébrer cet anniversaire exceptionnel des 400 ans de la consécration de la paroisse, une messe sera célébrée ce dimanche 15 février à 11h00 par Mgr Laurent Ulrich, évêque de Paris.










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