Campagne de Carême 2026
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Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) n’est plus un angle mort de la pédopsychiatrie. Mieux identifié et mieux compris, il demeure pourtant, pour de nombreuses familles dont l’enfant est concerné, synonyme de difficultés scolaires, d’instabilité et d’obstacles à venir. Et si l’on choisissait de changer de regard ? C’est ce que proposent Michel Cymes et Olivier Revol dans Heureux comme des TDAH (éd. Albin Michel). Les deux médecins, tous deux concernés par ce trouble du neurodéveloppement, racontent sans détour leurs mésaventures et leurs stratégies de compensation.
Entre confidences personnelles, éclairages scientifiques et conseils concrets, les deux amis proposent un autre récit du TDAH : lucide sur les difficultés, mais résolument optimiste. Leur conviction est simple : bien accompagné, le TDAH peut devenir un atout (et non une fatalité). Rencontre.
Aleteia : Longtemps ignoré, puis mal compris, le TDAH est aujourd’hui mieux diagnostiqué, même si l’annonce reste souvent perçue comme une mauvaise nouvelle, notamment par les parents, qui craignent parfois que leur enfant ne réussisse pas dans la vie. Dans votre livre, vous montrez pourtant que ce trouble n’est ni une honte ni une fatalité.
Olivier Revol : Pendant très longtemps, on a sous-évalué le nombre de personnes atteintes de TDAH et, aujourd’hui, il y a une meilleure reconnaissance de ce trouble. On sait aussi qu’il s’agit d’un trouble neurologique : le cortex frontal fonctionne moins efficacement chez ces personnes, qui sont tout aussi intelligentes que les autres, mais dont cette partie du cerveau est plus excitable. Lorsqu’elles voient quelque chose, leur attention se porte immédiatement dessus. Dans le livre, nous racontons toutes les galères que nous avons traversées et que nous traversons encore. Cela peut être très démotivant, peu rassurant. Vous n’imaginez pas le nombre de choses que je perds ou que j’oublie. Mais le message que Michel et moi voulions faire passer dans notre livre, c’est que l’on peut être heureux avec un TDAH, à partir du moment où il est diagnostiqué et où l’on met en place, le plus tôt possible, des stratégies pour le compenser. On peut même en faire un atout !
La parole autour du TDAH s’est libérée, mais on a désormais tendance à étiqueter très rapidement les enfants… et les adultes. Comment trouver l’équilibre entre une meilleure reconnaissance du trouble et le risque de diagnostiquer trop vite ?
Olivier Revol : Il faut préciser que tous les enfants qui bougent n’ont pas un TDAH. L’agitation est un symptôme, pas une maladie. L’OMS définit six symptômes d’inattention et/ou d’hyperactivité dans le cadre d’un diagnostic. Celui-ci ne doit pas être posé par l’enseignant ou l’entourage. C’est toujours un médecin qui pose un diagnostic. Je conseille donc aux parents d’aller voir leur médecin de famille pour faire un point sur la situation. Il vous connaît mieux que quiconque et les généralistes ont tous reçu des formations sur ce sujet.
Vous utilisez l’image de la Formule 1 pour décrire le cerveau TDAH. Pouvez-vous expliquer ce que cela signifie concrètement dans la vie quotidienne d’un enfant ou d’un adulte ?
Olivier Revol : Le cerveau d’une personne TDAH fonctionne bien, voire très bien, sauf une partie : la région frontale, qui sert à réfléchir avant d’agir, à fixer l’attention et à éviter les distracteurs. Les enfants comme les adultes ont tendance à oublier leurs affaires, un enfant va aller ranger la chambre et d’un coup va tomber sur un livre et se mettre à le lire, ou bien on lui demandera d’apporter du sel et il reviendra avec le sucre… Leur cerveau va très vite, ils ont beaucoup d’idées.

Mais comment canaliser toute cette énergie ?
Olivier Revol : Il faut mettre en place des stratégies, comme le perfectionnisme compensatoire. Par exemple, on sait que l’on a tendance à rêvasser et donc à être en retard : on décide alors de partir particulièrement en avance. Autre conseil que je donne à mes patients : stop (arrête-toi) – think (réfléchis) – do (agis). Avant de faire quelque chose, il faut s’arrêter, réfléchir à ce qui est demandé ou nécessaire, et agir seulement ensuite. Mais ces stratégies ne peuvent être mises en place qu’à partir du moment où l’on sait contre quoi l’on lutte.
Je n’aurais jamais fait tout ce que je fais aujourd’hui si je n’avais pas été TDAH.
Michel Cymes : J’ai été diagnostiqué tout récemment, mais sans le savoir ni le vouloir, j’ai trouvé des techniques pour mieux vivre avec ce trouble. Par exemple, je ne présente jamais une émission seul : j’ai toujours quelqu’un avec moi. Je le fais parce que j’aime cela, mais surtout parce que cela m’aide. Quand je présentais Le Magazine de la santé avec Marina Carrère d'Encausse, même si je préparais mon émission, au moins cinq à dix fois mon esprit partait très loin, et heureusement qu’elle était là pour tenir le gouvernail. C’est aussi ce qui faisait que je plaisantais souvent. Si j’avais été seul, mon trouble de l’attention aurait pu faire que je ne suive pas la fin de la réponse de mon interlocuteur.
Chez beaucoup de parents, la question du traitement médicamenteux suscite de fortes craintes. Quelles informations essentielles devraient-ils avoir pour dépasser les idées reçues et faire des choix sereins?
Olivier Revol : En novembre 2024, la Haute autorité de santé (HAS) a mis à jour des recommandations concernant le diagnostic et la prise en charge du TDAH chez les enfants et les adolescents. La Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) le considère comme un handicap. Certains enfants, adolescents ou adultes sont tellement pénalisés dans leur vie quotidienne que ce trouble peut conduire à un traitement médicamenteux. On sait aujourd’hui que les personnes TDAH présentent un déficit de dopamine dans leur cortex frontal. Le médicament augmente la transmission de la dopamine et vient compenser ce manque. Il n’entraîne pas d’accoutumance, comporte très peu d’effets secondaires, n’a pas de dose toxique connue et peut être arrêté à tout moment. On commence généralement par de petites doses, en fonction du poids et du profil cognitif de l’enfant, car il existe souvent un lien entre haut potentiel et le TDAH. Parallèlement, un suivi médical est assuré.
À quel moment va-t-on proposer un médicament ?
Olivier Revol : Tout dépend de la personnalité de l’enfant, qui se construit comme sur un trépied : la vie sociale, la vie familiale et la vie scolaire. À cause de son trouble, est-il en difficulté à la maison (est-il bruyant, oublie-t-il des choses, etc.) ? A-t-il du mal à se faire des amis ? Est-il en difficulté scolaire (lassitude, perte de points par inattention...) ? Si la réponse est non à ces trois questions, il n’y a pas lieu d’envisager un traitement. En revanche, si la réponse est oui, et que l’enfant est démotivé, la question peut se poser.
De plus en plus de personnalités parlent de leur TDAH, et c’est votre cas, Michel Cymes. Malgré les difficultés que vous évoquez dans le livre, en quoi ce fonctionnement différent a-t-il aussi été une force pour vous ?
Michel Cymes : Évidemment que c’est un atout pour moi. Le TDAH fait que je m’ennuie très vite et, pour ne pas m’ennuyer, je dois être créatif. Mon cerveau va très vite et j’ai beaucoup d’idées, auxquelles s’ajoute mon impulsivité qui me pousse à être constamment en mouvement. Sur quinze idées, il y en a peut-être une qui est bonne, mais c’est celle-là qui me permet de faire tout ce que je fais, en ajoutant couche après couche dans mes activités. Je pense que je n’aurais jamais fait tout ce que je fais aujourd’hui si je n’avais pas été TDAH. Et paradoxalement, si je l’avais su plus tôt, je n’aurais peut-être pas fait médecine, car je me serais dit que je n’y arriverais pas.
Avec Olivier, nous sommes tous les deux des "champions olympiques" du TDAH, et pourtant nous avons réussi nos vies. Il ne faut pas avoir peur du diagnostic.
Justement, comment ne pas se démotiver ? Avez-vous un message ou un conseil à adresser à une personne qui vient d’apprendre qu’elle est TDAH ?
Michel Cymes : Soyez heureux de vivre à une époque où le diagnostic est possible. Aujourd’hui, il existe des solutions pour que la vie soit plus agréable pour vous (et avec vous). Avant que l’on sache que le TDAH existait, certains enfants étaient laissés sur le bord de la route parce qu’ils étaient jugés insupportables. Nous avons la chance de vivre à une époque où le TDAH est reconnu. Avec Olivier, nous sommes tous les deux des "champions olympiques" du TDAH, et pourtant nous avons réussi nos vies. Il ne faut pas avoir peur du diagnostic.
Olivier Revol : Je diagnostique des enfants tous les jours et je leur dis trois choses. Crois en toi, tu es unique. Tu ne le fais pas exprès (perdre tes affaires, des points à l’école, couper la parole, etc.), mais je vais te donner des stratégies pour compenser cela. Enfin, tu peux t’en sortir, parce que moi aussi j’y suis arrivé. Il existe de nombreux aspects positifs du TDAH que les gens ne voient pas : l’ingéniosité, la solidarité, la créativité, l’humour. Nous venons simplement apaiser ce qui gêne (le trouble de l’attention et l’hyperactivité). Une fois ces difficultés mieux régulées, tout le reste peut s’exprimer pleinement.
Pratique









