separateurCreated with Sketch.

Ces affichages dans le métro qui vendent du sexe mais interdisent la religion

METRO-PARIS-shutterstock
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Jean Duchesne - publié le 12/02/26
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
450 panneaux dans 252 stations du métro parisien pendant dix jours : l’industrie du sexe a les moyens, et la RATP n’y trouve rien à redire. C’est ainsi, observe l’essayiste Jean Duchesne,  la publicité décrète le "confessionnel" plus indécent que les jouets érotiques... 

Carême 2026

Et si Aleteia n’existait pas ? Aidez-nous à continuer d’annoncer l’Espérance.

Je soutiens la mission d'Aleteia

Les usagers du métro parisien ont eu droit du 20 janvier au 2 février 2026, à des affiches publicitaires que tous n’ont peut-être pas comprises. On y voit en effet, en gros caractères sur un fond sombre et opaque, des mots d’une langue apparemment étrangère. Elle semble scandinave, puisqu’il y a un petit cercle ou deux points (comme un tréma ou un umlaut allemand) sur certaines voyelles. Quand le regard intrigué essaie de déchiffrer, il s’aperçoit que sont phonétiquement écrites là des expressions tournant autour de l’apogée du plaisir sexuel et attirant l’attention sur des produits censés aider à l’atteindre et un moyen de se les procurer. C’est ce que laisse entendre ce qu’on voit écrit plus bas en plus petit. Cela mérite-t-il le moindre commentaire ?

L’art du sous-entendu

Il est difficile de parler de provocation. Les messages sont chiffrés de sorte que la responsabilité de l’interprétation glisse sur celui qui les décode. Mais ne pas saisir de quoi il s’agit relève non pas de l’innocence, et plutôt d’une ignorance probablement rare chez les adultes, même si l’imagination cale et si l’on n’a pas envie d’entrer dans les détails. Ne parlons pas des plus jeunes. Certains, si leur œil a été accroché par les mots inconnus, ont pu froncer un sourcil, avant (peut-on supposer) de hausser les épaules, en découvrant au-dessous la précision énigmatique (en français ordinaire et sans lettres bizarrement ponctuées — à part une scription "inclusive" en finale), qu’existe une "référence suédoise" du "plaisir intime", sous forme de "cadeaux pour les grand.es" (sic), disponibles dans certaines boutiques.

PUBLICITE-METRO-LELO-PASSAGE-DU-DESIR

L’adresse de ces points de vente n’est pas donnée (seulement leur nom), il n’y a aucune image ni aucun terme un peu cru, et il est indirectement spécifié qu’il faut avoir l’âge requis. Juger choquant que soient complaisamment évoquées des pratiques d’ordre éminemment privé, c’est alors s’exposer en retour à l’accusation de pudibonderie et de ringardise, si ce n’est d’aveuglement plus ou moins hypocrite. Dans le climat actuel d’individualisme hédoniste, la satisfaction sexuelle tend à être implicitement tenue pour un droit, sous la double réserve formelle (et fragile) de la majorité civile et du consentement. La chasteté et la continence sont décrétées impossibles ou inhumaines. On le voit bien dans les dénonciations acharnées du célibat sacerdotal.

Pudeur contre pulsions

La décence et la pudeur ne sont plus à la mode. Elles sont pourtant irrépressibles, et sans doute plus encore que les pulsions irrationnelles qui, même si elles sont récurrentes, n’ont pas de sens ni de but au-delà d’elles-mêmes et s’avèrent en fin de compte handicapantes ou destructrices. On peut dire que les vertus classiques de réserve sont naturelles ou instinctives. C’est manifeste chez l’enfant et l’adolescent. L’idée que l’activité sexuelle est un jeu sans conséquences, comme du sport ou même une sorte d’hygiène, est imposée par une éducation subreptice, sur le mode de la séduction, ou sous couvert d’information, ou au nom d’une morale inavouée qui fait de la consommation le critère et le summum de la vie espérable. 

Or ce n’est là qu’un conformisme qui se pose en libération. Que ce soit une entourloupe est confirmé par la normalisation du recours à des accessoires propres à assurer artificiellement ou quasi mécaniquement des effets physiologiques passagers, déclarés désirables en soi. Mais les traumatismes durables des victimes d’abus sexuels vérifient que le corps ne peut pas être séparé de la personne. On est alors amené à se demander si cette habile publicité pour des jouets érotiques est aussi "neutre" qu’affirme l’être la régie publicitaire qui l’a validée.

Au nom de la neutralité

Ces affiches ne sont pas assimilables aux réclames pour des lessives ou des yaourts, qui vantent les mérites d’un produit d’une marque connue, d’utilisation courante par n’importe qui sans être obligé de le cacher ni de le justifier. Ici, au contraire et mine de rien, ce sont des pratiques tout de même assez particulières qui se trouvent banalisées, présumées n’étonner personne et présentées comme susceptibles d’intéresser tout le monde (sauf les mineurs).

La pierre d’achoppement n’est pas simplement la neutralité laïque, mais une incohérence dans le traitement de l’intime et du privé.

On se gardera bien de verser dans le complotisme en décelant là une stratégie subversive. L’agence qui a accepté cette publicité ne semble pas suivre une ligne définissable. Elle s’est certes désistée fin 2024 du lancement d’un livre du président du Rassemblement national (et a été condamnée sur la forme, mais non sur le fond). Mais elle a aussi participé sans barguigner en avril 2025 au soutien d’un ouvrage contestant férocement le consensus scientifique sur l’origine anthropique du réchauffement planétaire, avec le slogan : "Stop à l’anxiété climatique !" En 2005, pour une campagne de lutte contre l’homophobie, une photo de deux hommes s’embrassant avait été jugée trop risquée et remplacée par un cliché moins explicite.

L’intime : à protéger ou à refouler ?

Enfin, toujours en invoquant son devoir de neutralité, lié à sa mission de "service public" (bien qu’elle soit une entreprise privée qui gère les espaces publicitaires de la RATP et de la SNCF), cette régie a refusé en octobre dernier d’annoncer la sortie du film Sacré-Cœur, sous prétexte de son "caractère confessionnel et prosélyte". Elle avait retiré en 2020 (à la demande de partisans de l’IVG et des PMA et GPA, soutenus par la maire de Paris) des messages d’Alliance Vita préconisant le respect de la maternité et de la paternité (et avait perdu au tribunal, sans pour autant reprendre l’affichage). En 2021, c’est une photo du chanteur Billal Hassani déguisé en Madone qui a été censurée, non parce que c’est une "icône" LGBT+ ou parce que l’image aurait été blasphématoire, mais à cause d’une "référence religieuse".

Au total, la pierre d’achoppement n’est pas simplement la neutralité laïque, mais une incohérence dans le traitement de l’intime et du privé. D’un côté, tout ce qui est confessionnel est proscrit et rejeté dans le for intérieur ou dans les lieux de culte. C’est une entrave à la liberté d’expression, qui se disculpe en alléguant que les consciences sont en droit de n’être pas agressées par des convictions qu’elles ne partagent pas. Mais à ce compte-là, d’un autre côté, la personne invitée à se conduire d’une manière qu’on lui dit tout à fait profitable, mais qui lui répugne, peut non moins se sentir blessée dans son intégrité personnelle par ce prosélytisme. En d’autres termes, si la religion peut être considérée comme indécente et à refouler, pourquoi l’invitation à certaines pratiques sexuelles laborieuses ne le serait-elle pas ? 

Le sexe à sa juste place

Il ne s’agit bien sûr pas de se retrancher dans une espèce d’angélisme qui nierait la réalité du sexe, le limiterait au devoir de la procréation dans le cadre strict de la conjugalité et veillerait à y penser le moins possible. C’est une tentation. Mais, comme souvent, elle a son symétrique, qui est le déballage, voire l’étalage, et l’illusion que la satisfaction en ce domaine est la solution à tous les problèmes immédiats du moment. Le défi est donc de donner au sexe sa juste place dans le réseau complexe des relations personnelles et sociales. Retenons que c’est d’abord un rapport singulier à un(e) autre différent et égal, dans un don réciproque de soi qui ne peut rester purement ponctuel et physique et a donc des antécédents et des prolongements, dans le temps et aussi dans l’interaction avec le milieu. D’où l’importance de l’image et de la compréhension du sexe, fussent-elles tacites, dans l’espace public et la culture. Cela fait partie de ce qu’Aristote appelait hexis et saint Thomas d’Aquin habitus : les acquis permettant de faire face au quotidien. C’est pourquoi il n’est pas vain de piquer une rogne quand la publicité réduit le sexe à des techniques de jouissance.

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)