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Nucléaire : le Saint-Siège face au danger d’une nouvelle course aux armements

5 min de lecture
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Crédit : Antoine Mekary | ALETEIA

Ce 5 février 2026, le traité New Start régissant le contrôle des armes nucléaires entre la Russie et les États-Unis est arrivé à échéance. L’absence de nouveau traité pour le remplacer marque la fin d’un monde et l’entrée dans une nouvelle ère, analyse le géopolitologue Jean-Baptiste Noé. Léon XIV n’a pas manqué de réagir pour éviter une nouvelle course aux armements.

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Signé en 2010 par Barack Obama et Dimitri Medvedev, alors président de la Fédération de Russie, le traité New Start est entré en vigueur en février 2011. Dans cet autre monde, cette autre époque, le contrôle des armes nucléaires et l’endiguement de la prolifération étaient encore possibles. New Start était l’héritier des grands traités de désarmement des années 1980 et d’un moment de détente dans les tensions entre les États-Unis et l’URSS. Avec son expiration et surtout son non-renouvellement, c’est la fin d’un monde qui est acté, celui de l’entente et de la diplomatie entre Washington et Moscou.

Le traité avait connu une première et large entorse en 2022 : à la suite de l’invasion de l’Ukraine, la Russie avait suspendu les visites des observateurs chargés de vérifier la véracité du contrôle et de la réduction de son stock d’armement. L’expiration de 2026 est donc la continuation logique et imparable de la suspension de fait de 2022. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, le monde n’est plus régi par des traités organisant le contrôle des armements nucléaires. Mais cette fin d’un monde démontre surtout que nous sommes entrés dans une nouvelle époque, où le nucléaire n’est plus le monopole des grands. 

Prolifération de fait

Si les États-Unis et la Russie concentrent 80% des stocks d’armes nucléaires, cela fait bien longtemps qu’ils ne sont plus les seuls pays dotés. En Occident, la France et le Royaume-Uni sont membres du club nucléaire, tout comme Israël. Mais la grande nouveauté des dernières décennies est la prolifération nucléaire en Asie : Pakistan, Inde, Chine, Corée du Nord ; le continent regroupe l’essentiel des pays membres du club nucléaire et surtout là où l’armement est le plus actif. La Corée du Nord multiplie les essais et accroît son arsenal ; la Chine est le pays qui connaît la plus forte croissance de ses armements nucléaires. Si on ajoute l’Iran, qui aimerait disposer de la bombe et demeure une potentielle menace nucléaire, la géographie de la bombe est bien asiatique. 

La France considère le nucléaire comme un moyen de dissuasion : il ne s’agit pas de faire usage de la bombe pour attaquer, mais d’en disposer pour dissuader les autres de le faire.

Léon XIV, dans la ligne continue de ses prédécesseurs depuis Pie XII, a réitéré sa crainte de la prolifération nucléaire et sa demande de désarmement. Le 4 février, il déclare : "Demain arrive à échéance le traité "New Start", signé en 2010 par le président des États-Unis et celui de la Fédération de Russie, une étape significative pour contenir la prolifération des armes nucléaires." Et le Pape lance "un appel pressant afin que cet instrument ne soit pas abandonné sans chercher à lui garantir une suite concrète et efficace. […] La situation actuelle exige de faire tout le possible pour éviter une nouvelle course aux armements, qui menace encore davantage la paix entre les nations".  

Le nucléaire et la dissuasion

Le principal problème rencontré par les papes dans leur opposition au nucléaire est que les arguments moraux qu’ils avancent ne sont jamais considérés par les puissances nucléaires, dont la grande majorité n’est pas chrétienne. Au moment de l’obtention de la bombe, seuls trois pays étaient dans la sphère culturelle chrétienne : États-Unis, Royaume-Uni et France, l’URSS étant officiellement athée et antichrétienne. Les paroles des papes, celles de Léon XIV comme celles avant lui, ont peu d’écho dans les pays asiatiques, qu’ils soient musulmans ou communistes. Un autre problème porte sur la pensée de l’usage du nucléaire et de sa doctrine.

La France considère le nucléaire comme un moyen de dissuasion : il ne s’agit pas de faire usage de la bombe pour attaquer, mais d’en disposer pour dissuader les autres de le faire. C’est la même stratégie pour la Corée du Nord, pour qui l’arme atomique est sa garantie de survie et son assurance de maintien du régime. La guerre d’Ukraine a validé en creux cette stratégie de la dissuasion : si les Occidentaux sont si mesurés dans l’aide apportée à l’Ukraine, notamment pour les missiles longue portée, c’est bien parce qu’en face se trouve une Russie dotée. Si Moscou ne disposait pas de l’arme, la réponse militaire, sur son territoire, aurait été beaucoup plus massive. L’Iran en est un autre exemple : tant que le pays est sous le seuil nucléaire, il peut être bombardé par les États-Unis. Si Téhéran venait à acquérir la bombe, l’Iran serait invulnérable. La question nucléaire relève donc d’un problème global, celui de la sécurité des États et de leur volonté de protection face à un monde qu’ils estiment hostiles.