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“Reconstituer le déroulement d’un conclave ressemble à la réalisation d’une mosaïque”

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Agnès Pinard Legry - publié le 10/02/26
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 Les journalistes Gerard O’Connell et Elisabetta Piqué publient "Le dernier conclave" (Les Nouvelles Éditions Arpa), récit de ces quelques jours qui ont dessiné l'élection du pape Léon XIV. "Reconstituer le déroulement d’un conclave ressemble à la réalisation d’une mosaïque", confie à Aleteia Gerard O’Connell. Entretien.

Les cardinaux participants au conclave ont juré de garder le secret, sous peine d'excommunication s'ils révèlent ce qui s’y passe. Un serment respecté qui n’a jamais empêché certains d’entre eux de raconter la manière dont ils l’ont personnellement vécu. L’Irlandais Gerard O’Connell et l’Argentine Elisabetta Piqué, vaticanistes, ont publié le 5 février en France Le Dernier Conclave, récit documenté du conclave 2025 qui a mené à l’élection de Léon XIV. "Beaucoup de cardinaux se sentent libres de raconter la manière dont ils ont personnellement vécu ce moment", explique à Aleteia Gerard O’Connell.

Aleteia : Votre livre repose sur de nombreux témoignages internes. Les cardinaux parlent-ils facilement du conclave, ou faut-il des années pour qu’ils acceptent de raconter ce qu’ils ont vécu ?
Gerard O’Connell : Les cardinaux ne parlent pas facilement de ce qui s’est passé lors du conclave. Ils sont très conscients d’avoir prêté un serment de secret. Beaucoup d’entre eux, cependant, se sentent libres de raconter la manière dont ils ont personnellement vécu ce moment, que la plupart décrivent comme une expérience profondément spirituelle, certains allant jusqu’à dire qu’il s’agit peut-être de l’une des expériences spirituelles les plus intenses de leur vie. Recueillir des informations sur ce qui s’est déroulé dans le conclave, comme nous l’avons fait, suppose de parler avec les cardinaux électeurs. C’est une tâche délicate, qui exige une grande capacité d’écoute. Il arrive que, en parlant de leur propre vécu, les cardinaux mentionnent spontanément des faits survenus durant le conclave ; ces éléments peuvent alors constituer des pièces d’information importantes pour des journalistes comme nous, qui cherchent à reconstituer ce qui s’est réellement passé. Il est bien sûr plus facile de dialoguer avec les cardinaux lorsque l’on a noué avec eux, au fil des années, une relation de confiance. C’était notre cas.

Chaque conclave est, pour les cardinaux qui y participent, un événement spirituel et profondément marqué par la prière. Mais c’est aussi un événement très humain

Reconstituer le déroulement d’un conclave ressemble à la réalisation d’une mosaïque : on rassemble de nombreuses pièces d’information, puis il faut les assembler pour offrir une vision cohérente de l’ensemble. Le livre de Gerry sur le conclave de 2013, The Election of Pope Francis: An Inside Story of the Conclave that Changed History, est le fruit de cinq années de recherche et a été publié en avril 2019. Notre ouvrage sur le conclave de 2025, en revanche, a été écrit dans les trois mois qui ont suivi l’élection du pape Léon. Évidemment, avec davantage de temps, nous aurions pu recueillir encore plus d’informations, mais nous sommes convaincus d’avoir réussi, en un laps de temps relativement court, à livrer un récit fidèle de ce qui s’est réellement passé.

Comment avez-vous pu recouper des informations sur un événement où, par définition, personne n’est censé parler ?
Il est essentiel – même si ce n’est pas facile – de corroborer les informations, et cela suppose de disposer de plus d’une source pour chaque élément rapporté. Ce fut le cas, par exemple, lorsque nous avons appris pour la première fois qu’un cardinal âgé avait un téléphone portable dans sa poche lors de la première session du conclave, le 7 mai. Par la suite, nous avons pu vérifier cette information auprès d’autres sources.

Il existait entre les cardinaux une unité bien plus grande que ce que les médias avaient laissé entendre.

Dans ce que vous avez recueilli, le conclave apparaît-il d’abord comme un événement spirituel vécu dans la prière, ou comme un moment de décision politique sous très forte contrainte ?
Chaque conclave est différent. Avec Elisabetta Piqué, nous en avons couvert trois : ceux de 2005, 2013 et 2025. Il ne fait aucun doute que chaque conclave est, pour les cardinaux qui y participent, un événement spirituel et profondément marqué par la prière. Mais c’est aussi un événement très humain – on pourrait même dire politique – qui requiert l’exercice de l’intelligence et du discernement, ainsi que le dialogue et les échanges entre les participants, afin de parvenir à un large consensus sur le candidat à élire. Nous décrivons dans le livre comment cela s’est concrètement déroulé lors du dernier conclave.

Quels sont, selon vous, les fantasmes les plus répandus sur le conclave… et ceux que votre enquête confirme, au contraire ?
Mentionnons-en deux. Tout d’abord, beaucoup ont cherché à faire croire que les 133 cardinaux électeurs, venus de 70 pays, étaient profondément divisés à l’entrée en conclave, et que l’élection du Pape pourrait prendre plusieurs jours. Or, le fait que les cardinaux soient parvenus à une décision en moins de 24 heures a montré que ce n’était pas le cas. Il existait entre eux une unité bien plus grande que ce que les médias avaient laissé entendre. Une autre idée, largement relayée par la presse italienne, voulait que le cardinal Parolin soit entré en conclave avec un important « paquet » de voix, allant de 35 à 40, voire davantage. Mais comme nous le rapportons dans le livre, cette affirmation relevait du fantasme, ce que le dépouillement des votes a clairement démontré.

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