Le mois de mars est celui du printemps. Comme nous l’attendions ! Les Français vont enfin pouvoir s’exprimer sans avoir besoin de bloquer les ronds-points ou de paralyser les services publics. Pour la première fois depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, ils auront l’occasion de donner leur avis dans les urnes. Ils s’enfermeront dans des isoloirs exigus et secrets comme des confessionnaux. Ils glisseront un bulletin dans une enveloppe. L’odeur complexe du lieu — papier, colle, café froid et transpiration — fera éclore en eux la délicieuse réminiscence d’une réalité qu’autrefois ils ont aimé : la République. Pour une fois, leur vote pourra changer quelque chose à leur vie, puisqu’il s’agira d’élections municipales.
Bien vivre ensemble
Ces jours-ci, des centaines de milliers de Français se retrouvent le soir pour parler de l’intérêt général. À l’heure des séries télévisées, ils sortent de chez eux pour se retrouver dans une salle commune. Ils préparent une liste de candidats : ils ont jusqu’au 26 février pour la déposer. Un travail silencieux et bénévole irrigue le pays. Les technocrates répètent à longueur de temps que la France a trop de communes. Une fois de plus, ils se trompent. Les 35.000 communes de France sont une richesse démocratique unique et précieuse. Comme un goutte-à-goutte, nos instances municipales instillent la liberté dans nos paysages et dans nos esprits. Partout, des dévouements individuels sont convoqués pour s’intéresser au sort collectif. Ce ne sont pas les grandes idées sur la géopolitique qui occupent leurs disputes, mais l’art de vivre ensemble. Dans ces réunions du soir, on ne s’envoie pas à la figure des mots qui renvoient à d’autres mots ; on ne se fâche pas pour des concepts : on se confronte pour des poubelles qui débordent, des écoles qui se vident ou des salles des fêtes qu’il faut mettre aux normes. La vraie vie.
Enfin voter utile
En juin 2024, des élections avaient plongé le pays dans la crise politique. Seule des élections peuvent l’en sortir. On nous avait promis des référendums et nous avions eu raison de ne pas croire à cette promesse. On nous avait annoncé de nouvelles élections législatives et nous avons eu raison de penser que cela ne pourrait rien régler. Avec les municipales, nous allons enfin voter utile. La démocratie reprendra son souffle en attendant les échéances nationales.
Les listes bloquées et paritaires désormais imposées aux communes de moins de 1000 habitants sont des casse-têtes pour les candidats et une castration pour les électeurs.
Il faut sauver nos communes. Il faut que notre État malade cesse de vouloir soigner nos communes en bonne santé. On ne cesse de rogner le pouvoir des électeurs locaux. Les listes bloquées et paritaires désormais imposées aux communes de moins de 1000 habitants sont des casse-têtes pour les candidats et une castration pour les électeurs. Ces fausses bonnes idées sont nées dans des cervelles parisiennes ignorant que plus de dix millions de Français vivent dans 25.000 communes de moins de 1.000 habitants. Qu’on les laisse voter tranquilles !
Évitons les coûts technocratiques
Qu’on cesse aussi de nous expliquer que nous avons trop de collectivités et que cet empilement coûte trop cher. C’est faux. Si l’on veut faire des économies, cessons d’imposer des intercommunalités désincarnées et renonçons aux ridicules fusions de communes. Ce n’est pas le nombre des communes qui coûte cher, c’est la dispersion de l’habitat et la longueur des réseaux. N’ajoutons pas à un coût géographique un coût technocratique.
Aidons plutôt les candidats potentiels à se décider. Ne les décourageons pas d’avance par un enchevêtrement de règles qui les mettent en insécurité. Évitons la carence de candidats et le recours aux commissions spéciales qui signent un échec de la démocratie. Le poisson pourrit par la tête, dit un proverbe chinois. La France renaîtra par sa base.









