Quelle langue la Vierge Marie parle-t-elle ? À première vue, la question a une réponse simple : l’araméen. Langue sémitique, qui a engendré l’hébreu et l’arabe, ce dialecte a pris le nom biblique des confins du Liban et de la Syrie actuels. C’est la langue orale du temps de Jésus, et elle apparaît même quelques fois dans les évangiles, pourtant rédigés en grec car écrits pour annoncer le Christ au plus grand nombre, aux païens.
Pourtant, le 11 février 1858, lorsqu’elle apparaît pour la première fois à Bernadette Soubirous à la grotte de Massabielle de Lourdes (Hautes-Pyrénées), la mère de Dieu s’adresse à elle en gascon occitan, le patois local. D’après la jeune fille, peu instruite, elle lui dit : "Que soy era Immaculada Councepciou", "Je suis l’Immaculée Conception" en français, langue que ne parle pas la future religieuse. De même, au XVIe siècle, à Guadalupe, au Mexique, c’est en nahuatl, le dialecte local, que le même mère de Dieu parle avec l’indien Juan Diego.
L’exemple de la Pentecôte
Ces deux exemples d’apparitions mariales, parmi les plus connus au monde, semblent indiquer que Marie est en fait polyglotte, voire qu’elle parle toutes les langues. Chose impossible, bien sûr. Pour comprendre ce miracle de communication, il n’est pas inintéressant de relire l’épisode de la Pentecôte (cf. Ac 2).
Ce jour-là, pour la fête juive de Shavouot, "il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel" raconte l’auteur, qui, entendirent les apôtres parler dans toutes les langues : "Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu."
Marie parle surtout la langue maternelle
Là encore, une évidence : les apôtres n’ont pas tout d’un coup parlé des langues qu’ils ne maîtrisaient pas quelques minutes auparavant. Mais locuteurs et auditeurs se comprennent, non pas factuellement mais spirituellement. Unis par Dieu, à l’écoute de l’Esprit saint alors répandu en langues de feu sur les Onze, tous perçoivent une vérité qui leur est révélé dans leur cœur. Ce n’est pas tant leur esprit qui comprend que leur âme qui reçoit un don.
L’expérience peut d’ailleurs n’avoir rien de surnaturel et arriver dans la vie quotidienne : il n’est pas rare que nous comprenions ce que veut dire un ami ou un proche sans même que les mots pour le dire viennent formaliser la chose. Ainsi Marie, que le Christ sur la Croix a donné pour mère à tous, parle-t-elle la langue maternelle au sens le plus fort de cette expression. Elle comprend et sait se faire comprendre de ses enfants, quels que soient les mots qu’elle prononce. Bernadette ne l’a pas théorisé, elle l’a vécu : la Vierge Marie s’est mise à sa hauteur.










