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Courtefontaine, le prieuré qui revit grâce à la passion d’une famille

Prieuré de Courtefontaine.

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Cécile Séveirac - publié le 09/02/26
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Au cœur du Jura, le Prieuré de Courtefontaine incarne plusieurs siècles d’histoire, de spiritualité et de transformation. De monastère augustinien à atelier d’artisanat d’art, ce lieu emblématique traverse les âges entre péripéties et renouveau, porté aujourd’hui par la passion d’une famille qui lutte pour préserver ce patrimoine unique, victime fin décembre d'un incendie.

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Dans le Jura, au cœur de la forêt de Chaux, le Prieuré de Courtefontaine témoigne d’une histoire riche et mouvementée. Fondé en 1137 par des religieux augustiniens cherchant à se retirer du monde, il s'implante dans un lieu isolé propice à la prière et à la contemplation. Au fil des siècles, ce lieu chargé de spiritualité a connu de nombreuses péripéties : partiellement incendié lors des guerres sous Louis XII et Louis XIV, vendu comme bien national à la Révolution française, il a ensuite successivement accueilli une école normale, un séminaire, une maison de retraite, un hôpital militaire pendant la guerre, avant de devenir un simple élevage de poules. Ces multiples vies témoignent de la richesse et de la complexité de ce site, marqué par l’histoire et les profondes transformations de la société française.

C'est en 1978 que s'écrit le début d'un nouveau chapitre. Bernard Aubertin, maître d’art reconnu pour la facture d’orgues, rachète cette bâtisse délabrée pour y installer son atelier. "Sans lui, le Prieuré se serait sans doute effondré !", confie son fils Alexandre, qui aujourd’hui, à 39 ans, perpétue une tradition familiale vieille de 300 ans. Grâce à leur travail acharné, Bernard Aubertin et son épouse redonnent vie et éclat à ce témoin de l’Histoire. Depuis cet atelier unique, ce sont des centaines de chefs-d’œuvre qui prennent vie : des orgues y partent pour l’abbaye du Barroux, l’église Saint-Louis-en-l’Île (Paris) ainsi que des commandes venues du Japon, d’Angleterre, de Suisse ou d’Écosse.

Travail sur-mesure

À la suite de son père, après un parcours d'ébéniste puis à l'Institut Supérieur des Beaux-Arts de Franche-Comté, Alexandre Aubertin établit son activité dans ce lieu hors du commun. Il fonde l'atelier de haut artisanat d'art et de design du Prieuré, où ancien et moderne se mêlent avec harmonie. Entre gravure, estampe, maroquinerie gaufrée, ébénisterie ou encore création d’icônes, Alexandre et son équipe réalisent des pièces sur mesure, entre tradition et innovation, aussi bien à destination des professionnels que des particuliers.

Alexandre Aubertin

Parmi les objectifs d'Alexandre, celui de relancer la fabrication d’images pieuses françaises, face à une production mondiale souvent industrielle et délocalisée, parfois faite dans des conditions peu respectueuses. "Nous voulons relancer une production abordable, française, artisanale, et catholique", explique Alexandre, pour qui la foi est particulièrement primordiale dans la création d'œuvres religieuses. "Je crois fermement en la sanctification par le travail, et je crois également qu'on ne peut pas prétendre à produire de l'art sacré sans être catholique", poursuit l'artisan. Alexandre le sait mieux que quiconque, lui qui est revenu à la foi il y a quatre ans, après une longue période d'athéisme puis d'agnosticisme. "Je sais de quoi je parle. On ne peut pas ressentir la mystique christique d'une œuvre sans y croire. Aujourd'hui, si je fais de l'art sacré, c'est que j'y crois, et surtout que je veux porter la foi des gens par le beau", confie-t-il.

Un incendie destructeur

Mais l’atelier du Prieuré traverse aujourd’hui une épreuve majeure. Le 27 décembre dernier, un incendie causé par une cheminée non tubée a ravagé une partie des ateliers, détruisant la cheminée et fragilisant la structure. Les dégâts liés à l’eau utilisée pour éteindre le feu ont aussi affecté les planchers et l’électricité, rendant le lieu difficile à exploiter, surtout en hiver sans chauffage. La situation est délicate : les travaux de réparation sont coûteux, et malgré une cagnotte qui a déjà recueilli 42.000 euros, il reste encore un long chemin avant d’atteindre l’objectif des 100.000 euros nécessaires. "Les assurances ne couvrent plus ce type de dégâts sur des bâtiments aussi anciens", précise Alexandre, qui se retrouve donc tributaire de la générosité collective et de ses propres moyens.

"On y croit, mais la situation est vraiment difficile, et travailler dans ces conditions est éprouvant. Cela nous épuise et nous ralentit", confie l'artisan. Malgré la fatigue et les obstacles, Alexandre et son équipe continuent de travailler, portés par la conviction que préserver cet atelier, c’est aussi sauvegarder un patrimoine vivant et une mission spirituelle : "Sauver le Prieuré, c’est participer à la transmission d’un savoir-faire ancestral et soutenir une œuvre qui mêle foi, beauté et artisanat d’excellence."

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