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La levée du secret de la confession, une prétention ignorante

Confession

Image d'illustration.

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Benoist de Sinety - publié le 08/02/26
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Pour prévenir les violences en milieu scolaire, deux députés ont déposé le 28 janvier une proposition de loi prévoyant la levée du secret de confession. Le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, souligne combien cette prétention ignore la réalité et la pratique du sacrement.

Ce qu’il ne faut pas faire pour atteindre quelques secondes de notoriété ! Certains élus, en ces temps électoraux, semblent frappés d’une fièvre médiatique, désireux de susciter dépêches, likes et autres commentaires. L’important n’est pas le fond mais le coup de poing d’une phrase, la punchline qui sera reprise le plus longtemps possible. Inutile de travailler le sujet, nul n’en a cure, il faut simplement frapper les esprits. Ainsi d’un projet de loi destiné à lutter contre les violences dans les établissements scolaires et qui prévoit la levée du secret de confession

Ignorance et menaces

Le sujet est d’importance à l’heure où les scandales explosent tant dans l’enseignement catholique que dans l’enseignement public. La légitime demande adressée aux responsables afin que changent des mœurs qui s’imaginent protéger l’institution en abandonnant les victimes à leur sort, et qu’enfin des réponses claires et concrètes soient proposées pour détecter, prévenir et protéger, tout cela ne devrait pas donner lieu à des propositions destinées d’abord à faire parler de soi et d’obtenir une attention à quelques jours des élections municipales. Voici donc que, de nouveau, la menace de la levée du secret de confession est brandie par des élus qui manifestement n’y connaissent pas grand-chose.

On aimerait peut-être que le piège se referme en nous sommant de choisir entre les lois de l’État et celles de l’Eglise, comme si rien n’avait jamais été dit ou écrit à ce sujet. Mais nos apprentis-légistes semblent ignorer un certain nombre de points : sur la pratique de ce sacrement d’une part, sur le droit, d’autre part.

Un droit constitutionnel

Sur le droit d’abord, parce que le secret de confession est un droit reconnu constitutionnellement et que ce genre de chose appelle à réfléchir à deux fois avant d’agiter des idées de manière inconsidérée. Si cette demande est motivée par des situations précises où le secret de la confession aurait été un facteur aggravant, alors il faut évidemment que ces cas soient exposés, démontrés et en tirer toutes les conséquences. Une chose est que des prêtres utilisent la confession parfois, dans un blasphème effroyable, comme outil de prédation, cela est malheureusement avéré. Mais sans aucun lien avec le fameux secret. 

Tous ceux qui ont eu la redoutable mission d’écouter des victimes, savent ce qu’il en a été et ce qu’il en est encore pour notre honte. Oui, il y a bien des prêtres qui par des paroles ou des gestes, commettent des crimes ou des délits envers des enfants ou des adultes venus demander la miséricorde de Dieu dans leur vie et ne recevant en retour que la violence et la destruction. Mais cela n’a rien à faire avec la levée éventuelle du secret de confession !

Des aveux anonymes

Source de bien des fantasmes, le sacrement de la réconciliation donne lieu à bien des questions : "Que faites-vous si l’on vous avoue un crime ?" À part dans un film d’Hitchcock, je n’ai jamais été, en 29 ans de sacerdoce, confronté à cette situation. Aucun des confrères auxquels j’ai pu poser la question n’en a souvenir (et il y a fort à parier que le cas échéant ils l’auraient). Ensuite, la personne qui souhaite demander ce sacrement, le fait toujours anonymement. Nous pouvons bien sûr reconnaître tel ou tel visage et en savoir parfois les noms, mais le plus clair du temps, ce n’est pas le cas. Il est probable qu’un criminel qui souhaiterait faire une telle démarche le ferait en un lieu où il n’est pas connu. 

Il est bien triste dans un sujet aussi grave de ne chercher que l’effet d’annonce. Il aurait peut-être fallu parler avec des personnes compétentes.

Enfin, comment obtenir d’une telle personne qu’il atteste de son identité et puisse ainsi être dénoncé ? Nos députés imaginatifs suggèrent-ils que nous menottions les pénitents en début de confession et ne les libérions en cas d’aveu criminel que contre leur passeport ? À moins qu’ils ne souhaitent demander pour le clergé un statut assermenté qui fasse de nous des policiers ecclésiastiques ?

Les conditions du pardon

Il est bien triste dans un sujet aussi grave de ne chercher que l’effet d’annonce. Il aurait peut-être fallu parler avec des personnes compétentes. Sans doute auraient-elles dit que lorsqu’un baptisé vient demander le pardon de Dieu, il lui faut, pour recevoir l’absolution, réunir un certain nombre de conditions : l’aveu franc de ses péchés, le désir de se convertir et l’acceptation d’une pénitence qui est comme une incitation à manifester son désir de conversion. Ainsi, il est tout à fait possible pour le prêtre, lorsque de telles horreurs (viols, crimes pédophiles, meurtres...) seraient confessées de donner comme pénitence d’aller se dénoncer à la justice, faute de quoi le pardon demandé ne pourra être reçu. Si la personne effectue une telle démarche, c’est bien qu’elle souhaite ce pardon. Rien n’empêche de le conditionner à cet acte de conversion qui consiste à accueillir dans sa vie l’expression de la justice.

Mais le problème, encore une fois, c’est qu’une telle situation est absolument rarissime pour ne pas dire inexistante. Il faudrait parfois que nos élus sortent de l’univers des séries Netflix pour étudier la vraie vie des gens. Et qu’ils ne transforment pas la protection des plus faibles en recherche de notoriété personnelle pour des campagnes locales.

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