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Entre trail et blouse blanche, Isaure s’engage pour les soins palliatifs sur Instagram

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Cécile Séveirac - publié le 08/02/26
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À 22 ans, Isaure Delhay mène de front ses études de médecine, sa passion pour le trail et un engagement profond pour les soins palliatifs. Sur Instagram, elle raconte sans détour ses combats, ses doutes et sa foi, incarnant la voix d’une jeune génération de médecins à la fois humaine et engagée face aux enjeux éthiques de la fin de vie.

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À 22 ans, Isaure Delhay surprend. Sa douceur et sa timidité semblent contraster avec la force qui se dégage de ses publications Instagram. "Traileuse, princesse, future médecin". La description de ce compte aux 3.700 abonnés a elle aussi de quoi intriguer. En réalité, elle rassemble les trois passions de cette jeune femme de 22 ans.

Étudiante en cinquième année de médecine à Paris, Isaure Delhay a toujours su qu'elle voulait devenir médecin. "C’est le seul métier qui allie le service aux autres et la réflexion intellectuelle", confie-t-elle. Sa vocation s’est précisée en médecine générale, une spécialité où le lien humain est primordial.

Son aventure sur Instagram commence en septembre 2025, autour d’une idée simple : donner plus de sens à sa passion sportive. La nature la touche, probablement parce qu’elle a grandi comme scout d’Europe. Et l’idée germe, un été, en écoutant un podcast d’un coureur dédié à sa mère, morte d’un cancer : pourquoi ne pas mettre le sport au service d’une cause ? "Courir pour moi, c’est bien, mais courir pour les autres, c’est mieux. J'avais une soif de donner", explique-t-elle.

Soutenir les personnes atteintes de maladies graves et en fin de vie s'impose comme une évidence. Isaure lance fin novembre une collecte de dons lors de la SaintéLyon, raid nocturne emblématique entre les villes de Saint-Étienne et de Lyon. 80 km, 1.950 mètres de dénivelé positif, 2.265 mètres de dénivelé négatif : une performance de haut niveau, dont les fruits récoltés, une somme de 1.200 euros, sont reversés au centre Léon Bérard, hôpital spécialisé en cancérologie. Forte de ce joli succès, Isaure se lance dans un deuxième objectif : lever des fonds jusqu'à fin juillet pour les soins palliatifs avec l'association Helebor, dédiée au développement des soins palliatifs en France. Une cause très chère au cœur de la jeune femme, qui a fait son stage d'externat dans une unité de soins palliatifs : "C'est une expérience qui m'a marquée et touchée. Il s'agit du service le plus humain que j'ai connu : contrairement aux préjugés, c'est un lieu qui transpire la joie, où les équipes soignantes sont soudées et prennent le temps d'accompagner les patients", décrit Isaure. "Ce n'est pas un accompagnement seulement médical, mais véritablement humain. C'est ce qu'un hôpital peut avoir de plus précieux".

Encourager la culture palliative

D'autant plus précieux que les soins palliatifs sont une denrée rare... En France, plusieurs départements souffrent d'un cruel manque d'accès à de telles unités. Près de 20 départements en sont ainsi privés. Pourtant, la promesse de doter la totalité du territoire national se heurte au débat sur la légalisation de l'"aide médicale à mourir", en d'autres termes, de l'euthanasie et du suicide assisté.

Guérir parfois, soigner souvent, réconforter toujours.

Une réforme éthique et sociétale majeure qui inquiète profondément Isaure. Sur son compte Instagram, elle en parle sans détour, évoquant notamment le rôle crucial du médecin dans la procédure qui conduirait le patient à s'injecter la dose létale. Malgré une apparente collégialité prévue par la loi, le médecin serait bien le seul à prendre la décision de permettre ou non le suicide assisté du patient. Elle dénonce également avec force le "délit d'entrave à l'aide à mourir", que la loi mettrait en place si elle était adoptée. "Parce que ce qui est encore un crime est en train de devenir un acte médical encadré, présenté comme un progrès au nom d’une liberté absolue. Prendre la parole expose. Mais rester silencieuse serait déjà consentir", écrit-elle ainsi sur un de ses posts, visionné par près de 300.000 utilisateurs d'Instagram.

"Ce qui me fait le plus peur, c’est de devoir participer, même de loin, à un acte d’euthanasie. Si je ne suis pas d’accord avec un patient qui en ferait la demande, je serais tenue de le réorienter vers un autre médecin, sous peine de sanctions. Cela me travaille profondément : où est-ce que je place ma conscience, ma foi ? Est-ce que j’aurai le courage de dire non ?", questionne l'étudiante en médecine.

Isaure n'hésite pas à témoigner de sa foi dans ses vidéos, tout en assurant qu' "il n'y a pas besoin d'être chrétien ou croyant pour s'opposer à de tels projets de société". "Beaucoup de soignants s'opposent à la loi sur la fin de vie, et ne sont pas nécessairement religieux", souligne-t-elle. Entre deux conseils pour améliorer ses performances sportives, elle glisse à ses abonnés une autre de ses passions : les bals et la valse. La blouse blanche et la tenue de sport s'effacent et laissent apparaître des robes au volume XXL, que bien de jeunes filles ont sans doute rêvé de porter une fois dans leur vie. "C'est mon autre bol d'air", confie Isaure. "L’an dernier, mon frère a voulu apprendre la valse. Trois mois plus tard, je l’ai rejoint, et ce fut une vraie découverte. Nous avons pris des cours, formé un cercle d’amis, et aujourd’hui je vais à un bal tous les quinze jours à Paris. C’est une discipline en plein essor !"

Malgré ses doutes et ses inquiétudes, Isaure garde espoir. "Je sais que la loi va probablement passer, mais cela ne remet pas en cause ma vocation", affirme-t-elle. Elle se répète souvent cette phrase qui guide son engagement : "Guérir parfois, soigner souvent, réconforter toujours." Aujourd’hui, dans une époque où la médecine est souvent pensée en termes de performance, Isaure rappelle qu’il existe un autre pan, essentiel, celui de l’humain. Et les soins palliatifs en sont l’exemple le plus vivant.

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