Carême 2026
Et si Aleteia n’existait pas ? Aidez-nous à continuer d’annoncer l’Espérance.
C’est un lieu unique et pour le moins étonnant. Adossé aux remparts de la Vieille ville de Jérusalem, se tient un bâtiment dont la pierre blanche tranche avec des volets de couleur bleue. En son sein, des patients qui attendent leur dernière heure et des soignants qui leur dédient toute leur attention, depuis près de 170 ans. "Dans l'élan du soin se vivent des instants d'éternité", confie à Aleteia Ségolène Ozgul, 46 ans, directrice des soins de l’hôpital Saint-Louis.
Cette institution française créée en 1882 est le plus ancien hôpital de Jérusalem. Il appartient aux Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, congrégation missionnaire fondée par sainte Émilie de Vialar à Gaillac, en France, en 1832. Équipé de 57 lits, il dispose de trois services : un service de gériatrie dédié aux soins des personnes âgées, un service de soins de longue durée et un service d’oncologie et de soins palliatifs. Ici, on soigne juifs, chrétiens et musulmans sans distinction. Médecins et infirmiers eux-mêmes sont aussi bien Israéliens que Palestiniens, de toutes confessions. "Tous ont un objectif commun : le bien-être du patient", résume la directrice de l’hôpital. Dans les chambres en enfilade, doucement, la vie s’efface, et avec elle les animosités et les souffrances de peuples qui ne se comprennent pas. "On ne débat pas de religion, ni de politique. Nous permettons à chacun de vivre selon sa tradition. Face à la maladie et à la souffrance, les barrières s’effondrent, pour ne faire face qu'à l'essentiel", résume Ségolène.
Le défi des volontaires
Depuis 2023, l’hôpital fait face à un défi majeur, celui du recrutement de volontaires qui assistent dans leurs missions les 80 employés de l’hôpital. Mais avec le début de la guerre à Gaza, tout a changé. "La guerre a porté un sacré coup au volontariat. Tous ceux qui étaient là lorsque le conflit a éclaté sont partis et très peu reviennent", explique Ségolène Ozgul. Alors que l'hôpital accueille en temps normal une vingtaine de volontaires, seuls quatre déambulent aujourd'hui dans les couloirs pour prêter main-forte au personnel salarié : trois Françaises et une Hollandaise.
Une parole, cinq minutes d'écoute supplémentaires au chevet du patient, un sourire même, peuvent changer la journée d'un malade. Ici, on célèbre bien plus la vie que l’on attend la mort.
"Le retour des jeunes se fait encore beaucoup attendre", constate tristement Alex Hadweh, directeur de l’hôpital. Il y a trois ans, ce dernier déplorait déjà auprès d’Aleteia cette pénurie de volontariat, entamée dès 2020 avec la pandémie de Covid 19. "Nous espérons vraiment les voir revenir car ils apportent une véritable valeur ajoutée au quotidien des malades", poursuit Alex Hadweh. Auprès des patients, la présence des volontaires est précieuse. Leur disponibilité, leur regard neuf et leur énergie apportent un accompagnement différent, plus intense. "Ils ne sont pas encore gagnés par la routine, ils arrivent sans le poids du quotidien des équipes permanentes", souligne-t-on à l’hôpital. Leur engagement contribue enfin à l’identité même de Saint-Louis : une communauté internationale, multiculturelle, multilingue et multiconfessionnelle, que Ségolène Ozgul décrit comme "une véritable fête de l’humanité".

Pour expliquer cette désaffection, Ségolène Ozgul évoque aussi une évolution des mentalités. "Le volontariat est sans doute un projet moins répandu chez les jeunes aujourd’hui. Les crises successives — sanitaires, économiques, géopolitiques — ont installé beaucoup d’incertitude. Elles appellent davantage à la prudence, à la sécurité, et sortir de sa zone de confort peut devenir angoissant", analyse-t-elle. Un renoncement qu’elle juge profondément regrettable, tant l’expérience du volontariat à Saint-Louis peut être déterminante. Ancienne volontaire elle-même, elle témoigne de parcours transformés par ce temps donné aux autres. "J’ai vu des jeunes changer complètement de trajectoire après leur passage ici, parce qu’ils voulaient donner du sens à leur métier. L’un travaillait dans la finance et est devenu directeur de maison de retraite, un autre dans la maintenance a repris des études d’infirmier, un autre encore s’est orienté vers la médecine."
Un partenariat avec Jeanne Garnier
Les conséquences de la guerre se ressentent aussi sur le quotidien des salariés. "On constate plus de retards, notamment pour ceux qui viennent de Palestine. Les checks points peuvent être fermés, les fouilles prolongées… certaines fois, il n’est même pas possible de passer", relate Ségolène. Malgré tout, la bienveillance et la volonté indéfectible d'accompagner la vie jusqu’à son dernier souffle continuent de régner à Saint-Louis. Pour mener à bien cette mission et améliorer constamment ses soins, l’hôpital a noué un partenariat avec la maison de soins palliatifs Jeanne Garnier, à Paris. Si la guerre a retardé ce programme d’échanges, deux soignants s’apprêtent bientôt à passer un mois dans cette structure de référence en soins palliatifs. Un échange qui s’annonce particulièrement enrichissant, souligne Ségolène Ozgul.
Cette coopération prend un relief tout particulier alors que la France hésite à franchir le pas de l'euthanasie et du suicide assisté : fin janvier, le Sénat a rejeté tout principe d’"aide à mourir", tandis que l’Assemblée nationale doit reprendre ce dossier épineux en février. À Jérusalem, l’hôpital Saint-Louis porte depuis près de deux siècles une mission fondamentale : accompagner chaque vie avec dignité, respect et humanité, jusqu’au dernier souffle.
Rien d'autre qu'une antichambre de la mort, diraient certains. Pas pour Ségolène et ses équipes. "Une patiente m'a dit récemment : 'Avant de venir ici, je voulais mourir, je n'attendais que ça. Mais aujourd'hui je veux vivre.' Elle a organisé une grande fête pour ses 80 ans avec l'aide du personnel et de sa famille", se souvient la directrice de l'hôpital. "Les grandes choses auxquelles Dieu nous appelle se trouvent parfois dans les plus petits gestes. Une parole, cinq minutes d'écoute supplémentaires au chevet du patient, un sourire même, peuvent changer la journée d'un malade. Ici, on célèbre bien plus la vie que l’on attend la mort."








![[REPORTAGE] À la rencontre des “pierres vivantes” de Terre sainte](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/11/AleteiaenTerresainte-11_611ca9.jpg?resize=300,150&q=75)
![[REPORTAGE] Taybeh la chrétienne de Palestine](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/11/Taybeh-Aleteia-5.jpg?resize=300,150&q=75)