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FSSPX : y aura-t-il un schisme cet été ?

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Messe en plein air de la FSSPX.

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Paul Airiau - publié le 07/02/26
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Pour la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) et le Saint-Siège, le schisme est théoriquement impossible, mais entre les deux, l’entente est fort peu probable, analyse l’historien Paul Airiau. 

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Trente-huit ans après 1988 — "il y aura des sacres d’évêques sans mandat épiscopaux" —, la Fraternité Saint-Pie X a donc décidé de transformer en serial son one shot à succès — à succès, oui : le nombre de prêtres qu’elle ordonne chaque année (un peu plus de 200 prêtres en 1988, 733 en 2025) et ses résultats financiers positifs ont de quoi faire pâlir d’envie certains évêques qui enterrent plus leur clergé qu’ils ne le renouvellent et chassent des fonds pour combler tant bien que mal son budget déficitaire. Lassée des tergiversations du producteur officiel, le Saint-Siège, elle répond aux penchants de ses scénaristes maisons, aux attentes de son public et à la nécessité de produire pour continuer à exister.

D’un point de vue fort cynique, c’est ainsi qu’on pourrait voir l’annonce faite le lundi 2 février par le supérieur de la Fraternité : des sacres d’évêques lefebvristes le 1er juillet. De manière plus mesurée, on peut aussi voir dans cet épisode la poursuite d’une logique enclenchée dès le début des années 1970 : entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X, le schisme est impossible et l’entente est improbable.

Un schisme normalement impossible

Schisme impossible en effet. La Fraternité Saint-Pie X ne peut vouloir le schisme, car ce serait aller radicalement contre l'identité qu'elle revendique, celle de la préservation absolue de l’authentique foi catholique romaine. Ce serait acter qu’elle ne tient plus Rome pour Rome mais pour une Église non catholique, affirmer que la foi de Pierre a failli, revendiquer pour elle l’exclusivité de l’identité catholique romaine contre le pape — c’était pourtant une nette tendance de son fondateur, Mgr Marcel Lefebvre. Du côté du Saint-Siège, le schisme est tout aussi impossible, car ce serait reconnaître son échec à monopoliser l’interprétation du catholicisme et son expression institutionnelle, à rebours de tout ce qu'il a fait depuis 1870. Ce serait laisser se développer une Église parallèle revendiquant l'authenticité catholique, celle de la foi, des mœurs et des rites, accepter d’être concurrencé sur ce qui fonde son identité telle qu’elle s’est forgée depuis au moins le IVe siècle. Ce serait aussi acter son incapacité à assurer la pluralité catholique au sein de l’Église, et donc reconnaître qu’il a failli à ce qu’il estime être sa fonction de présider à la charité dans une Église désormais pensée comme communion. 

Opération survie

Cette impossibilité d’assumer ou de vouloir un schisme impose en particulier à la Fraternité Saint-Pie X de justifier sa décision. Comme Marcel Lefebvre en 1988, elle invoque "l’état de nécessité" : devoir de droit divin de conserver la foi catholique authentique alors qu’elle n’a plus que deux évêques (loin d’être séniles, cependant) pour ordonner des prêtres et confirmer. Ce faisant, elle perpétue la logique de son fondateur dans son "opération survie". Elle réduit ses évêques à de simples distributeurs de sacrement, purs instruments fonctionnels sans charge de gouvernement des catholiques qui forment à leur manière un peuple qu’elle s’est attribué et qui se reconnaît en elle. À sa manière, elle est fidèle à une logique développée depuis fort longtemps par la Curie romaine, lorsque l’épiscopat est devenu l’étape d'une carrière administrative déconnectée de tout peuple véritable, si ce n’est par la fiction de la charge in partibus infidelium

Une entente improbable

Si le schisme est (théoriquement) impossible, l'entente est d’un autre côté tout autant (fort) improbable. En effet, la Fraternité Saint-Pie X, si elle veut être fidèle au Marcel Lefebvre de 1988, ne peut accepter d’accord avec le Saint-Siège que si celui-ci est revenu à la Tradition — c’est-à-dire s’il renie Vatican II. Or, pour elle, François fut une nouvelle étape dans l’apostasie de Rome : lettre apostolique Amoris lætitia (2016) autorisant sous conditions (vagues) la communion aux divorcés remariés, présence de statuettes de la Pachamama à Saint-Pierre de Rome lors du synode sur l’Amazonie (2019), large tolérance du "chemin synodal" de l’Église catholique allemande (2019-2023). Ces événements ont créé la certitude que le Saint-Siège rompait explicitement avec toute revendication du monopole de la vérité en matière de foi et de mœurs, ce qui a produit une radicale rupture de confiance, que les concessions canoniques de François (validation des mariages et des confessions) n’ont jamais rattrapée. 

Cependant, pointer ces éléments, c’est aussi pour la Fraternité Saint-Pie X éviter de se confronter à une réalité brutale : à vue humaine, le catholicisme ne reviendra jamais à ce qu’il était avant 1962, ne serait-ce que parce que la société qui avait suscité l’intransigeance magistérielle a suffisamment muté pour que cette intransigeance elle-même ait dû muter en néo-intransigeance digérant des éléments de la modernité libérale afin de conserver une pertinence sociale. Or, refuser ce fait, c’est tendre à se fossiliser dans une réaction conservatrice, en ignorant sa propre dimension moderne et ses réinventions de traditions, et être incapable, à la différence d’une partie des tradi-intégristes canoniquement intégrés à l’Église, de produire du progrès théologique, spirituel et pastoral.

L’historicité foncière du catholicisme

Du côté du Saint-Siège, l'entente est tout aussi improbable. Intégrer la Fraternité Saint-Pie X serait en effet donner une situation institutionnelle à un groupe qui se définit par le refus de plus en plus viscéral (au moins dans l’expression) de ce que l’Église veut être depuis Vatican II. Ce serait intégrer un organisme qui, à une échelle sans commune mesure avec les tradi-intégristes intégrés, serait un rappel permanent (et vindicatif) que Vatican II est une partielle solution de continuité ni véritablement assumée ni vraiment théorisée par le magistère. Ce serait subir en son sein une pression permanente en faveur d’un reformatage intransigeant du catholicisme, notamment par un usage effectif de l’autorité et de la sanction magistérielles. Ce serait l’œil qui était dans la tombe et qui regardait Caïn — une mauvaise conscience omniprésente, un scrupule incessant. Bref, on peut penser que, si des sacres ont lieu le 1er juillet, le Saint-Siège préférera juger qu’il est urgent de ne rien faire, à l’instar de ce qui se passe lorsque l’Association patriotique des catholiques chinois ordonne des évêques sous pilotage du Parti communiste chinois.

Au final, entre schisme impossible et entente improbable, ce "je t’aime moi non plus" qui dure depuis le début des années 1970 aboutit à ne jamais traiter sérieusement ce qui a causé cette situation : le rapport à l’historicité foncière du catholicisme (comment cela peut-il changer en demeurant la même chose et demeurer la même chose en changeant), le traitement à réserver à l’intransigeance qui a défini le catholicisme depuis la fin du XVIIIe siècle et continue plus ou moins directement à le déterminer.

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