Campagne de Carême 2026
Ce contenu est gratuit, comme le sont tous nos articles. En ce temps de Carême, soutenez-nous par un don déductible de l'impôt sur le revenu.
"Cela n’a pas été facile de s’échapper de la rue, de la prostitution et du réseau… Cela a demandé du temps, de la confiance, de la prudence et parfois de l’imprudence… Mais surtout une volonté de s’en sortir !" Si aujourd'hui Amy est pleine de projets, elle a dû parcourir un long chemin pour retrouver sa liberté.
Née dans l’État d’Edo, au Nigeria, sa jeunesse a été marquée par la dureté de la vie et par les abus sexuels de son père, un secret dont elle n’a jamais osé parler. En 2016, alors qu’elle est apprentie en formation de boulangerie, une rencontre avec une femme lui fait miroiter une vie meilleure. "Elle m’a proposé de quitter ma vie au Nigeria pour aller en Italie. Elle s’étonnait de mon sérieux, de mes capacités, de ma taille, de ma beauté. Elle me disait que je pourrais travailler dans de grandes boulangeries ou même dans des entreprises en Italie, qu’elle connaissait des gens importants et qu’elle allait m’aider. Tout cela était tellement crédible…", se souvient Amy, alors séduite par cette perspective d’évasion. Elle accepte, sans se douter de ce qui l’attend.
La traversée de l'enfer
Son rêve vire au cauchemar avant même de commencer. Sa "bienfaitrice" la prévient que le voyage jusqu’à l’Europe coûte 35.000 euros, une somme que la jeune femme s’engage à rembourser à son arrivée, en prêtant serment lors d’une cérémonie traditionnelle, le "rite du juju". "À l’époque, 35.000 euros, ça ne voulait rien dire pour moi… On s’imagine qu’en Europe l’argent n’a pas la même valeur qu’ici ! Je promettais d’obéir aux personnes qui me prendraient en charge et de rembourser ma dette. Si je manquais à mes promesses, ma famille et moi serions en danger."
Après un séjour de six mois en Libye, où elle est forcée de se prostituer, elle rejoint l’Italie par bateau. "Mon arrivée en Italie, après la traversée de la mer, relève d’un miracle qui m’a évité la noyade, se souvient la jeune femme. Et alors que je pensais que le pire était derrière moi, cette même dame m’a dit que l’argent de la prostitution en Libye ne remboursait pas le voyage… et ne concernait pas la somme que nous avions convenue au départ… Qu’il allait falloir que je continue à payer". Surveillée, menacée, elle n’a d’autre choix que de continuer à se prostituer.
Lorsqu’elle arrive en France en 2017, la violence continue. Dans les rues de Paris, elle subit vols, abus et manipulations. "Je ne pouvais même pas aller à la police, j’avais trop peur d’être arrêtée ou renvoyée dans mon pays", confie-t-elle. Vulnérable et ne parlant pas français, elle se sent seule.
Une main tendue et une dignité restaurée
Puis, un jour, elle rencontre l’association Aux captifs, la libération, fondée par le père Patrick Giros en 1981, qui prend soin des personnes en situation de grande précarité ou de prostitution . L’espoir revient ! "Les bénévoles m'affirment que tout peut aller bien, que je peux retrouver une vie normale. Ils ne me jugent pas quand je leur dis que j’utilise le sexe pour payer les factures, la nourriture et gagner de l’argent. Ces gens me font comprendre que je peux être protégée et qu’ils peuvent me sortir de la prostitution et de la rue. Et je le ferai ! Avec et grâce à eux !", raconte la jeune femme.

Petit à petit, la confiance s’installe. Cela commence par des cours de français, des ateliers informatiques, puis des cours de couture, des sorties dans Paris, et plus tard un séjour au Mont-Saint-Michel… Tous ces temps de repos, de rupture avec la rue et de convivialité s’accompagnent aussi de rendez-vous administratifs, de démarches pour accéder à ses droits, d’entretiens pendant lesquels Amy se confie, travaille son insertion et ses projets professionnels. Ces lieux de convivialité et ces temps de répit permettent à la jeune femme, comme à tant d’autres, d’être considérées comme une personne à part entière. "Leurs proxénètes les voient comme un portefeuille. Chez les Captifs, on leur rend la conscience de leur dignité. Tous ces lieux de rencontre leur permettent de rompre avec un quotidien qui peut être violent et agressif", explique Céline Weymann, Directrice opérationnelle Pôle Prostitution et TEH Aux captifs, la libération.
Grâce à l’accompagnement global de l’association, Amy a trouvé en elle la force et le courage de rompre avec son ancienne vie. Aujourd’hui, après deux ans de Parcours de sortie de la prostitution, en lien avec la préfecture de police de Paris et les Captifs, elle est heureuse de sa nouvelle identité. "Je travaille et je vis le meilleur de moi-même", se réjouit-elle, remerciant le Seigneur. "Merci à Dieu tout-puissant pour ses conseils et le soutien qu’Il m’a apportés tout au long de ma vie !"









