C’est à Oman que devraient se tenir les discussions entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la crise entre les deux pays. Le choix d’Oman n’est pas neutre. Ce singulier sultanat, situé à la pointe de la péninsule arabique, face au continent indien, est un pays tolérant, aux influences multiples, analyse le géopolitologue Jean-Baptiste Noé. Il abrite une Église vivante dont les chrétiens sont originaires de régions évangélisées aux tout premiers siècles.
Aux confins de l’Arabie heureuse de l’Antiquité, face à l’Inde, le Sultanat d’Oman et sa capitale, Mascate, ont toujours été des lieux d’échanges, de commerce, de rencontres. Le commerce avec Zanzibar (le long de la Tanzanie actuelle), le Kerala, l’Indonésie n’a jamais cessé. Mascate est une ville de comptoir qui a bâti sa puissance sur la thalassocratie et le commerce maritime. Cette permanence de l’histoire se retrouve aujourd'hui dans la diversité de la population vivant à Oman : les Arabes y sont minoritaires, les populations d’Inde, du Pakistan au Bangladesh, fournissent l’essentiel de la population venue pour travailler, à laquelle s’ajoutent des Philippins et des populations d’Afrique, ainsi que de très rares Occidentaux. Ce sont ces échanges de population qui ont implanté le christianisme, les catholiques y représentant près de 60 000 personnes.
Pierre et Paul en terre arabe
Dans la capitale, la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul est érigée au centre d’un complexe religieux qui comprend une école, des salles de réunion, des centres d’accueil pour les enfants et les adultes. Un peu à l’écart de la ville, l’ensemble bénéficie d’un vaste parking permettant à la population de se rendre sur place. Consacrée en 1977, l’église a dû être réaménagée et agrandie pour pouvoir accueillir une population plus nombreuse, le nouveau bâtiment étant consacré en 1995 par le cardinal Jean-Louis Tauran. Un prêtre philippin et un autre, Indien du Kerala, sont les visages vivants et multiples d’une Église en Asie, à l’image des fidèles.
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À partir du XVIe siècle, Oman fut un protectorat portugais, l’Empire de Lisbonne s’ouvrant ainsi des routes vers leurs possessions indiennes et asiatiques. Ce sont les navigateurs et les missionnaires portugais qui redécouvrirent les chrétiens indiens, notamment au Kerala, qui avaient été évangélisés dès l’Antiquité par l’apôtre Thomas. Une seconde évangélisation arriva, plus profonde, mais non sans heurts avec les anciennes habitudes. Cette église qui semble périphérique, loin des centres de gravité européens, est en réalité insérée dans la chrétienté depuis les premières années et l’apostolat des apôtres. Les chrétiens d’Oman venus d’Inde sont originaires de régions qui ont été évangélisées plusieurs siècles avant l’Amérique latine et l’Afrique. À bien des égards, ils sont les héritiers directs des premiers chrétiens, alors que l’on porte sur eux le regard d’une évangélisation récente, dont la seconde vague a tout de même débuté trois siècles avant l’évangélisation de l’Afrique noire. Les chrétiens d’Oman sont donc tout à la fois une permanence historique et une rencontre géographique.
La marque de l’Inde
Oman est un pays arabe influencé par l’Inde. Les populations venant de l’ancien Empire indien y sont nombreuses, venues du Pakistan, du Bangladesh, d’Inde, du Sri Lanka, pour la plupart musulmanes. Elles témoignent à quel point l’océan Indien est bien véritablement "indien", tant la diaspora indienne y est présente, à Oman, dans le Golfe, en Afrique de l’Est, jusqu’à La Réunion, Maurice et l’Afrique du Sud. Un grand nombre de chaînes de magasins appartiennent à des Indiens, dont les hypermarchés LuLu, omniprésents dans le Golfe et en Inde, où la nourriture vendue est au croisement de toutes les cultures de l’Asie.
À Oman comme aux Émirats, la règle est simple : chacun dans son couloir. Les chrétiens peuvent pratiquer librement leur culte, avoir des églises et des écoles, transmettre la foi, à condition de ne pas chercher à déborder. En 2018, une nouvelle église fut ainsi érigée à Salalah, à 1000 km au sud de la capitale. L’islam ibadite pratiqué à Oman se veut tolérant, loin des rigueurs wahhabites et fréristes. Mais le sultan doit diriger un pays multiethnique et multiculturel, où la population arabe est minoritaire. Pour maintenir la paix sociale et l’unité du pays, chaque communauté est sommée de rester chez soi et entre soi. Ce qui produit un pays original, au centre de l’Asie tout en étant aux confins de l’Orient, du monde arabe et de la chrétienté.












