Des couleurs chatoyantes de l’Amérique latine à faire pâlir de jalousie les couturiers parisiens les plus audacieux, au feu brûlant de l’Esprit saint en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie, ce sont des milliers de kilomètres que Benoît de Blanpré, directeur de l’Aide à l’Église en Détresse (AED), et ses équipes ont parcourus - dans 140 pays, à travers 5.000 projets soutenus - à la rencontre de ces "témoins de l’Espérance" : ces chrétiens menacés, persécutés ou plongés dans une extrême pauvreté. De ces expériences intenses de joie de confiance et de souffrance, entre piété et oppression, auprès de ces églises silencieuses et résistantes, ils en tirent cette conclusion lumineuse : "l’Église n’est pas une vieille institution en régression à l’échelle mondiale, elle joue un rôle social irremplaçable", et surtout, ils nous exhortent à nous sortir de notre torpeur. Tandis que, parfois, notre confort occidental peut nous conduire à atténuer la radicalité et taire le message de l’Évangile, nous oublions le prix payé par nos aïeux et nos frères d’Orient pour rester chrétiens. "Le sang des martyrs est semence de chrétiens" disait Tertullien. Puisse cet ouvrage, c’est le souhait de ses auteurs, "réanimer le feu qui paraît dormir en nous. […] combler le fossé qui semble nous séparer d’eux. Nous avons autant besoin de leurs témoignages qu’ils ont besoin de nos prières".
Aleteia : En France, se rendre à la messe est souvent perçue "comme une activité de loisir" écrivez-vous, quand dans certains pays, certains y vont au risque de leur vie. Cet ouvrage a-t-il pour objectif de nous faire prendre conscience de notre tiédeur ?
Benoît de Blanpré : Je pense que ce n’est jamais bon de se comparer. Nous avons la chance de pouvoir vivre librement notre foi. Il s’agit plutôt de faire prendre conscience que notre liberté religieuse est très précieuse et que, dans beaucoup de pays, vivre sa foi chrétienne n’est pas si évident. Beaucoup de chrétiens sont menacés ou persécutés simplement parce qu’ils sont fidèles à l’Évangile. À l’AED, notre première mission est un rôle d’information et de témoignage. Nous voulons faire connaître la situation de ces chrétiens qui souffrent au nom du Christ.
L’espérance est spirituelle. C’est la certitude de se savoir aimé de Dieu quoi qu’il arrive.
Dans le même temps, nous voulons mettre en lumière les visages de ces chrétiens – religieuses, prêtres, laïcs – que nous appelons les témoins de l’espérance. Au cœur des épreuves, ils restent confiants, non pas forcément dans l’avenir, mais en Dieu. J’ai l’habitude de dire que l’espérance se purifie au feu de la persécution. Les chrétiens que nous rencontrons sont tout à la fois souffrants et pleins d’espérance. C’est eux que nous avons voulu mettre en lumière, pour ne pas les oublier et pour pouvoir les soutenir spirituellement et matériellement.
En RDC, vous avez expérimenté au contact des chrétiens ce que signifiait réellement l’espérance, "ils irradiaient d’une autre source d’énergie que leurs qualités propres", pouvez-vous nous la décrire ?
L’espérance n’est pas de nature humaine. Les situations vécues en RDC, au Sahel, en Asie, en Amérique latine ou au Moyen-Orient sont souvent inhumaines, dramatiques et sans issue. D’un point de vue humain, diplomatique ou militaire, la situation est très difficile. Cela provoque la détresse et le désespoir humain. Mais l’espérance est spirituelle. C’est la certitude de se savoir aimé de Dieu quoi qu’il arrive. Ils nous disent que Celui qui ne les quitte jamais et qui ne les trahit jamais, c'est Dieu. Les hommes les trahissent, les gouvernements les trahissent parfois, les enjeux internationaux viennent bousculer des équilibres, mais le seul qui reste fidèle et du coup qui procure une joie profonde, c'est Dieu lui-même.
N’avons-nous pas finalement besoin autant de leurs témoignages qu’ils ont besoin de nos prières ?
À l'AED, on dit toujours que nous sommes un pont, entre les bienfaiteurs et les et les chrétiens en détresse. Ce n'est pas un sens unique. Ils méritent toute notre attention, parce que ce sont nos frères et quand un membre est souffrant, tous partagent sa souffrance. Mais en retour, le cadeau de leur espérance et de leur foi vient raviver notre flamme. À travers le livre, il y a des chapitres qui sont difficiles, quand on parle des sujets en RDC, en Chine, il y a les chrétiens qui sont épiés, au Nigeria, les exemples sont très nombreux en RDC. Et dans le même temps, il y a ces pépites, ces trésors, de foi, de joie, de courage, d'espérance qu'on ne peut pas garder pour nous et qu'on a envie de partager parce qu'ils viennent, ils nous encouragent eux aussi à leur tour.
Vous décrivez une paix étonnante chez les religieux pris en otage…
Sœur Gloria a été enlevée et a été libérée en 2020. Elle raconte magnifiquement comment elle a prié pour les ravisseurs. "Je souhaitais qu'aucun d'entre eux ne meurt. Je les ai présentés. Au Seigneur et à Marie, ma prière quotidienne est pour les otages, les missionnaires et pour mes ravisseurs, afin qu'ils convertissent leur cœur." Donc sœur Gloria, otage, devient l'artisan de la médiation et l'artisan de la conversion, selon le cœur de Dieu, de ses propres otages. C'est absolument admirable !
Dites-leur que notre première qualité, c'est la joie et que notre espérance est bien plus grande que nos problèmes.
Sans nier la colère qu'ils peuvent avoir parfois, j'ai rarement vu chez les chrétiens en détresse de sentiment de vengeance ou de haine. Ils cherchent plutôt à être artisan de paix. Comment, au milieu de ces situations, l'Église, les chrétiens peuvent être la solution, par la charité, par l'action. L'Église peut se mettre au service de tous et essayer de semer la paix là où il y a la division. Par exemple au Pakistan, les écoles ouvertes par l'Église sont fréquentées, dans certaines régions, majoritairement par des élèves musulmans. Elles deviennent le creuset de l'apprentissage pour les enfants afin de découvrir la religion de l'autre. Quand l'Église soigne, quand elle accueille, éduque, ou réconforte, elle le fait pour tous. L'Église n'est pas le problème, les chrétiens ne sont pas les problèmes dans le monde, ils font partie de la solution. Au Moyen-Orient, c'est très clair. Là où on veut les chasser, au contraire, s'ils sont là, je pense au Liban qu'on évoque largement dans le livre ou en Syrie, les chrétiens sont sur leur terre et ils sont des artisans essentiels pour bâtir la paix entre les communautés.
Quelle est l’expérience qui vous a le plus marqué personnellement ?
Nous avons vécu dix jours dans le nord du Nigeria où nous avons rencontré les communautés locales. Je me rappelle un moment très touchant où deux communautés musulmanes d'un même village ne s'entendaient plus et c'est l'évêque qu'ils ont appelé pour recréer le dialogue et il a réussi à les faire parler ensemble, à renouer des liens entre des communautés fracturées. En ce sens, l'Église est souvent la solution et vecteur de paix. Également à l'issue de cette mission avec Mgr Manza au Nigeria, quand je suis allé le voir en lui disant "Monseigneur, pour terminer, que souhaitez-vous que je dise aux chrétiens de France ?" Je m’attendais à ce qu’il dénonce la situation dramatique des chrétiens au nord du Nigeria, peut-être le gouvernement trop faible, impuissant ou peut-être qui ferme les yeux, la communauté internationale qui fait preuve d'un silence coupable. Et bien pas du tout ! Il est venu me chercher là où je ne l'attendais pas. "Dites-leur que notre première qualité, c'est la joie et que notre espérance est bien plus grande que nos problèmes." Un peu comme quand les disciples interrogent le Christ, il leur apporte une réponse qui renverse tout. J'ai gardé cette phrase pour moi, pour mon travail et pour ma vie spirituelle personnelle. Nous avons tous des problèmes, les chrétiens en détresse en ont d'immenses, mais l'espérance surpasse tout et nous plonge dans une joie intime et profonde. Et en ce sens, les chrétiens en détresse sont nos maîtres d'espérance.
Pratique :









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