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"Je prendrai toujours le métro avec toi." "Je ne laisserai jamais de vaisselle dans l’évier." Ces phrases en apparence banales ne sont pas les dernières trouvailles de communicants pour des publicités de sites de rencontres. Ces slogans faussement familiers qui pullulent dans le métro parisien, depuis le début de l’année 2026, accompagnent un pendentif immaculé, suggérant la présence rassurante d’un "ami" disponible à tout moment. La start-up américaine Friend.com propose ainsi, pour 113 euros, un collier embarquant une intelligence artificielle de compagnie qui écoute et dialogue, sans interruption, avec son utilisateur. L’objet, né fin 2025 outre-Atlantique sous l’impulsion de son fondateur, Avi Schiffmann, 23 ans, a déjà fait polémique à New York, où sa campagne publicitaire avait été largement taguée et critiquée en octobre 2025.
L’IA, un ami… vraiment ?
Ce pendentif blanc porté autour du cou se veut un "remède à la solitude". Par son micro embarqué, il écoute en permanence son environnement et devine les activités du porteur, qu’il soit en train de faire du sport, dans un café ou chez lui. L’intelligence artificielle réagit en envoyant un message sur le téléphone de l’utilisateur pour l’encourager, le questionner, ou répondre à la moindre sollicitation. Pour Avi Schiffmann, l’ami de demain est un "être numérique" stockant en mémoire les confidences de celui qui le porte, une promesse de soutien et d’accompagnement, à tout moment de la journée.
De nombreux internautes français dénoncent pourtant déjà l’objet comme un "outil de surveillance" ou une "fausse amitié", sur les réseaux sociaux. Au fil des témoignages, la frontière entre soutien bienfaisant et isolement technologique s’avère ténue : un jeune homme "chrétien", interrogé dans une vidéo promotionnelle diffusée sur le site de la start-up, affirme que ce compagnon numérique n’interfère pas avec sa relation à Dieu. Sa famille, démunie face à sa solitude, y voit pourtant davantage un palliatif qu’une réponse profonde. Face aux critiques, le fondateur de Friend.com ne change pas de discours, bien au contraire. En octobre 2025, celui-ci avait qualifié le lancement de ce produit de "réussite", l’entreprise étant déjà parvenue, selon lui, à toucher plus de "200.000 utilisateurs".
Le paradoxe de la fascination technologique
Le fondateur de Friend.com revendique un "ami numérique" conçu pour le "soutien émotionnel". Il assure que les données sont stockées localement et chiffrées. Pourtant, les mises en garde se multiplient : plusieurs scientifiques soulignent que l’attachement à ces IA peut au contraire exacerber l’isolement, et que des dérives tragiques ont déjà été constatées. Friend.com détourne même la définition traditionnelle de l’ami dans une FAQ présente sur son site internet : "Les amis sont des êtres numériques hébergés par friend.com. Vous pouvez discuter avec eux n'importe où (...) et grâce à leur mémoire impressionnante, ils se souviendront de tout ce que vous direz."
Un objet qui n’est pas sans rappeler le film dystopique américain "Her", sorti en 2014, où le héros en vient à entretenir une relation amoureuse et "sexuelle" avec une IA. Dans le cas du pendentif Friend, la fascination technologique masque un paradoxe : se croire entouré, tout en restant radicalement seul. Derrière ces slogans rassurants, la définition même du mot "ami" s’efface : l’entreprise réduit la relation à une interaction permanente… mais avec une entité sans affect ni véritable présence. Une conception de la relation à rebours de la compréhension chrétienne de l’amitié qui ne se vit que dans un réel échange avec l’autre, commandement central que nous livre Jésus au Chapitre 15 de l'Évangile de Jean "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés." Dans une vision chrétienne de l’anthropologie qui définit l’homme comme étant à l'image de Dieu, un Dieu qui est relation, comment ce pendentif, aussi "intelligent" soit-il, peut-il permettre à l’homme de réaliser réellement sa vocation ?










