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Sorti le 17 décembre dernier sur les écrans français, le film de Vincent Munier, Le Chant des forêts connaît un succès public qui ne se dément pas avec à ce jour plus d'un million d'entrées, ce qui est tout à fait exceptionnel pour un film documentaire. Vincent Munier est d'abord un photographe animalier habitué de grands voyages à travers le monde pour capturer l'image de grandes espèces sauvages, emblématiques ou menacées, telles que le harfang des neiges, le bœuf musqué, l'ours brun, le yacht sauvage ou bien encore le loup arctique. Il a réalisé un premier film en 2021 consacré à la panthère des neiges, suite au voyage qu'il a effectué avec Sylvain Tesson au Tibet et dont ce dernier avait tiré le récit La Panthère des neiges, couronné par le prix Renaudot en 2019.
Les longues nuits d'attente
Avec Le Chant des forêts, Vincent Munier récidive mais dans un genre sensiblement différent. Si cette fois encore, l’œuvre est centrée sur la recherche d'un animal rare, en l'occurrence le grand tétras, l'auteur a voulu également effectuer une démarche beaucoup plus intimiste. Tout d'abord avec la présence de son père Michel et de son fils Simon, dans un hommage rendu à celui qui l'a initié à l'observation de la nature et le souci de transmettre ce qu'il a appris à celui qu'il aimerait voir lui succéder dans sa quête. Ensuite avec un récit qui se passe dans la forêt des Vosges d'où Vincent Munier, natif d’Épinal, est originaire, avec une courte incursion en Norvège où le grand tétras est plus visible qu'en France.
Le réalisateur nous fait ainsi partager les longues nuits d'attente pour débusquer un animal se faisant de plus en plus rare et difficile à approcher. De longs plans sur le mouvement des nuages dans le ciel accroissent encore l'idée de lenteur voulue délibérément par l'auteur soucieux de montrer que rien ne s'acquiert sans patience, et que le temps passé à attendre permet de scruter des réalités inconnues de ceux qui courent sans regarder.
Attendre et entendre
Regarder et aussi entendre car le titre du film signifie clairement que la forêt n'est pas l’abîme de silence que sa profondeur pourrait laisser imaginer. Au fur et à mesure que la nuit tombe, la forêt au contraire se réveille et bruisse de mille bruits discrets mais distincts, qu'une oreille attentive parvient à distinguer et comprendre. Le spectateur se laisse assez facilement embarquer dans cette aventure dont la réalité peut être cependant plus aride. Le jeune Simon, avec la spontanéité de son âge, le dit explicitement en affirmant préférer aller dormir plutôt que d'effectuer une nouvelle nuit de veille. Rien ne s’acquiert non plus sans effort, qu'il faut aussi savoir ménager.
Le Chant des forêts est une ode à la nature et un manifeste pour dénoncer une nouvelle fois les effets néfastes du réchauffement climatique, la disparition du grand tétras dans la forêt vosgienne en étant une claire illustration. Mais en choisissant le parti pris d'une présentation mettant l'homme au cœur de son environnement, le cinéaste évite le piège de sublimer une nature exempte de toute humanité.
Gardien de la Création
Plus qu'un simple respect d'une nature dont le caractère sacré interdirait d'y pénétrer, Vincent Munier nous invite au contraire à nous fondre avec elle pour faire corps dans une fusion osmotique. L'image d'une vie renouvelée par l'humus constitué de nos propres restes décomposés mêlés à ceux des autres espèces animales et végétales en traduit la vision.
Gageons cependant que la nature ne soit pas seulement sauvegardée par notre propre destruction mais que notre vie elle-même, par la contemplation ou par l'action, par l'émerveillement ou par l'intervention, soit la garante de sa pérennité. N'est-ce pas ce qui est attendu de l'homme, gardien de la Création ?
Pratique :










