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Devant la terreur en Iran, le monde se pose-t-il les bonnes questions ?

Manifestations à Paris pour la fin de la République islamique d'Iran, janvier 2026.

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Jean-Étienne Rime - publié le 02/02/26
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Le choc de la répression en Iran avec l’opulence inquiète des pays du Golfe est celui de la confrontation de deux mondes, à la fois ennemis et complices. Pour notre chroniqueur Jean-Étienne Rime, cette confrontation dit aussi beaucoup de l’impasse du matérialisme de nos sociétés.

"Le sable avait envahi les rues, les places, il avait recouvert les canaux et les lacs artificiels ; quelques tours étaient encore debout, d’autres gisaient les unes sur les autres, comme un domino géant oublié par un enfant. Les habitants avaient fui. Restaient quelques égarés, squattant les rares habitations encore à peu près intactes. Ils se nourrissaient dans les restes des congélateurs qui fonctionnaient encore avec une énergie solaire et erraient, hagards, dans un monde dont ils pouvaient douter de l’éphémère existence. Nous sommes au mitan du XXIIe siècle, quelque part dans une ville du golfe persique." 

À portée de missiles

Fiction, évidemment. Les villes incroyables qui sont sorties du désert si récemment sont fragiles, elles dépendent d’une énergie considérable pour maintenir une température agréable, s’y déplacer, administrer les tours et les nouveaux bâtiments. Si elles disposent de ressources naturelles tout aussi considérables, elles réfléchissent à leur remplacement par des énergies renouvelables. Leurs États, leurs dirigeants, leurs habitants sont inquiets. Comme le monde entier, leurs yeux sont fixés sur Téhéran et ce régime de terreur qui leur est si proche. Plus encore que d’autres, ils regardent vers le nord : les côtes de l’Iran sont si proches, le détroit d’Ormuz n’a que 50 kilomètres environ de largeur, et ces villes modernes et intrépides sont à la portée d’un missile vengeur. Dans les eaux où pêchent encore des bateaux ancestraux, on croise les navires des flottes militaires qui tentent de préserver ce passage où transite un quart de l’énergie que nous consommons. La tension est forte, l’inquiétude permanente même si l’on en parle peu.

La confrontation de deux mondes

Nous avons là la confrontation de deux mondes qui savent d’ailleurs se parler et collaborer, car certains pays du golfe servent de place financière internationale et sont ouverts aux investissements et aux pratiques pas toujours des plus vertueuses. Que faire ? Constater, regarder et essayer de comprendre. En ce qui concerne la question iranienne, la situation est tragique, les issues incertaines, les conséquences épouvantables. La réalité des pays qui se font face est différente. Leur système repose sur l’énergie et le dollar, et leur réussite est uniquement matérielle. Les populations émigrées, les Philippins par exemple, sont des ouvriers et des employés sans espoir de grandir dans l’échelle sociale, alors que d’autres migrants venant d’Europe, d’Amérique, d’Inde ou d’ailleurs et sortant de grandes écoles viennent ici pour faire fortune. 

Dans le tourbillon du monde, dans la frénésie et les incertitudes des temps actuels, notre réaction repose sur la culture française et européenne. Elle peut, elle doit apporter des réponses.

On a bien cherché à insuffler un vent de culture en créant des musées à prix d’or, en accueillant orchestres et grands événements sportifs, mais ce sont des produits de consommation et non d’implication des habitants. Nous pourrions faire une analyse plus profonde, il reste que la vie dans ces régions nouvelles est fondée sur des valeurs matérielles, une culture mono centrée sur la réussite financière. Certes, la religion reste un fondement, elle est partout et les autres religions minoritaires sont généralement respectées, mais quel avenir pour ces peuples sans poésie, privilégiant une culture matérielle et solitaire ? 

Économies artificielles

Difficile à prévoir, et si le scénario apocalyptique évoqué ci-dessus n’est qu’un mauvais rêve, il n’en reste pas moins que l’inquiétude face à la situation régionale est là et devrait permettre de se poser des questions. Est-ce que l’on peut construire un système humain uniquement fondé sur la consommation ? Les régimes opulents, nourris par le travail des pauvres et l’exploitation de biens naturels finis, ont-ils de l’avenir à long terme ? Ces questions ne sont pas uniquement celles des pays du Golfe, il nous faut aussi nous les poser. Le moteur de ces économies artificielles est aussi le nôtre ; il faut veiller à ne pas se laisser envahir par ces faux-semblants qui mènent aux conflits, aux guerres dont on parle aujourd’hui avec une juste terreur. Dans le tourbillon du monde, dans la frénésie et les incertitudes des temps actuels, notre réaction repose sur la culture française et européenne. Elle peut, elle doit apporter des réponses. C’est la force d’une nation dont les racines profondes peuvent nourrir les énergies et relever les défis d’une humanité inquiète.

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