"Quand Charlotte, la petite dernière, nous a annoncé qu’elle entrait au Carmel, cela a d’abord été une sidération…", se souvient sa maman. "Mon mari n'a pas dit un mot. Moi, je me suis lancée dans une conversation idiote : ‘tu sais que tu seras toujours en sandales, tu vas porter une bure’ etc." complète cette mère de cinq enfants qui habite en Vendée.
Choc, incompréhension, ou joie enthousiaste… l’annonce d’une vocation religieuse est un bouleversement pour les parents. Même pour ceux qui, au fond d’eux-mêmes, ne sont pas surpris par cette décision. "À la relecture, il y avait des petits signes. Un matin, il y a quelques années, Charlotte avait laissé sur mon lit une biographie de sainte Thérèse d'Avila avec ce petit mot : j’espère que ce livre vous transportera autant qu’il m’a transportée". "Elle nous a dit qu’elle pensait à la vocation depuis l'âge de 7 ans. Et que l’appel avait été renouvelé lors de sa confirmation, à 15 ans" confie sa maman.
Ne pas hésiter à se faire accompagner
Mais parfois, cette annonce est un véritable tsunami pour les parents. Comme ce couple du nord de la France qui n’a pas souhaité témoigner.
Pour André Jeanson, diacre dans le diocèse d’Amiens, "on a le droit d’être en colère contre Dieu qui a pris son enfant. C’est un drame de perdre son fils, sa fille. Or il s'agit de passer de cette colère au stade de l'offrande. ‘Je te redonne mon enfant que j'ai reçu de toi’, car tout vient du Père, et tout retourne au Père". Un cheminement qui prend du temps. Il est parfois nécessaire de se faire accompagner par un prêtre ou un laïc, ou d’échanger avec d’autres parents. L’Association nationale des parents de prêtres, religieux, religieuses et laïcs consacrés (APPRR) qui fêtera ses 100 ans d’existence cette année, aide ainsi les parents à se soutenir et prier les uns pour les autres.
De par sa fonction dans l’association, Pierre Roland-Gosselin qui en est le président, a pu être témoin "d’hésitations" de la part de certains d’entre eux. "Le choc, souvent, c'est au tout début. ‘Est-ce que j'accepte que mon enfant entre dans ce style de structure quand on voit tout ce qui se passe dans certaines institutions… Quelle espérance pour mon enfant ? Sera-t-il heureux dans cette vie consacrée au Seigneur que nous n’avions pas imaginée pour lui ?’" Pour ce père d’un fils prêtre, l’annonce a été bien vécue. "Nous étions très contents. Il y avait des signes avant-coureurs : notre fils allait à la messe en semaine, à l'âge de 20 ans" se remémore le père de famille.
Sentir son enfant heureux et à sa place
Les parents de Laure, qui vivent à Orléans, se sentent paisibles de savoir leur fille chez les Cisterciennes, en Suisse. "Nous la sentons libre. Elle s'y trouve bien, dans sa voie. Quand la mère-prieure nous a demandé comment nous sentions notre fille, nous lui avons dit : ‘On la retrouve comme elle’ et cela lui a fait très plaisir".

Car un autre signe qui conforte les parents, est de voir que l’engagement de leur enfant ne l’a "pas changé" et "semble heureux". C’est ce qu’a observé Anne, "sereine" face au cheminement de son fils en 3e année de séminaire. "Il m’en avait touché deux mots au collège. Puis il a gardé cela pour lui et n’en a reparlé qu’à la fin de sa licence. Il nous a écrit une longue lettre pour nous rassurer : ce n'était pas un coup de tête, sa décision était mûrement réfléchie. Seulement après, il l’a annoncé à ses frère et sœurs" raconte cette mère de famille qui "prie régulièrement pour la vocation de ses enfants". "Aujourd’hui, j’en suis profondément heureuse. Mais ça ne coule pas de source, je suis encore mal à l'aise pour en parler tant qu'il n'est pas prêtre".
Discrétion
Une discrétion qu’on retrouve chez de nombreux parents et de jeunes eux-mêmes, tant que l’engagement définitif n’a pas été prononcé. Le père Matthieu Williamson, supérieur de la propédeutique (maison Saint Jean-Baptiste) au séminaire de Versailles et délégué diocésain aux vocations, est amené à rencontrer de nombreux parents de futurs prêtres. "Je dis aux jeunes qu’il leur a fallu du temps pour discerner. Il faut permettre aussi aux parents de cheminer. Une telle annonce est un événement. Et cela ne dépend pas forcément de la foi des parents. La plupart du temps, quand ils voient leur fils heureux, cela se passe bien" observe le prêtre. "C’est appréciable quand les parents respectent la liberté de leur enfant sans s’impliquer dans leur discernement. Cela leur permet d’avancer. Même s’il est bon qu’ils expriment leurs inquiétudes".
Des craintes bien légitimes, d’autant que parfois, la vocation religieuse conduit le jeune au bout du monde. Religieuse au Vietnam, Ombeline ne peut rentrer chez ses parents que tous les trois ans. Comment garder le lien ? "Quand je prends un temps d’adoration, je me dis qu’elle aussi prie devant le Saint-Sacrement, c’est le Christ qui nous lie" confie Isabelle sa maman, édifiée par cette vie donnée.









