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L’euthanasie ou l’espérance interdite

5 min de lecture
Les plaintes pour viol ont triplées en huit ans en France

Crédit : MikeDotta | Shutterstock

Interdire l’espérance de mourir dignement dans la paix, et interdire le droit de s’opposer en conscience à l’obligation de donner la mort, c’est le projet "d’aide à mourir" soumis aux parlementaires. À l’urgence du droit à la mort, répond le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, il faut opposer le désir d’aimer toujours.

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Il n’est pas un couloir d’hôpital, une discussion à laquelle se mêlent médecins, infirmiers, personnel soignant où ne revienne la question anxieuse et, il faut le dire, incrédule : "Vous croyez qu’elle va passer la loi ?" Cette loi, c’est celle sur l’euthanasie. Les deux chambres du Parlement ne l’ont pas adoptée, pour des raisons diverses. On aurait pu imaginer, en ce temps où il faut six mois pour voter le budget de la France, où l’on nous parle de risques de guerres, de nécessités vitales pour notre pays, qu’il y ait affaire plus urgente. N’importe quel individu raisonnable travaillerait aux réformes nécessaires pour redresser l’économie, restaurer la confiance, susciter le désir d’engagement vers un cap enthousiasmant et fédérateur. Las, la seule urgence c’est le droit à la mort, le seul objectif c’est d’aider non pas à payer sa facture de chauffage, à remplir son frigo ou à trouver un boulot, mais bien d’aider à mourir.

Un projet liberticide

C’est toujours la même chose, lorsque les dirigeants politiques perdent la main, ils tentent le "sociétal" pour redorer leur cote de popularité. On nous explique que la population tout entière gémit de détresse en réclamant la loi. La réalité c’est que la plupart des gens, lorsqu’ils sont interrogés, disent qu’ils ne veulent pas d’euthanasie pourvu qu’on leur donne les moyens médicaux et psychologiques de ne pas être réduit à néant par la souffrance et les effets de la maladie. En les ramenant à la promesse d’une "mort douce", on leur refuse cette espérance. Les évêques de France, dans un récent communiqué appellent "l’ensemble des députés à écouter l’immense inquiétude des soignants, des patients et de leurs familles" plutôt que de céder aux diktats des consignes de vote. 

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Il n’y a pas un pays au monde qui oserait se doter aujourd’hui d’un texte aussi liberticide et, il faut bien le dire, fasciste puisqu’il exclut le droit à l’objection de conscience et pénalise toute contestation.

Il n’y a pas un pays au monde qui oserait se doter aujourd’hui d’un texte aussi liberticide et, il faut bien le dire, fasciste puisqu’il exclut le droit à l’objection de conscience et pénalise toute contestation. Les députés français pourraient décider de cette exception désastreuse. S’il advenait qu’ils succombent à cette funeste tentation, toute personne demandant à être euthanasiée devrait pouvoir l’être dans l’établissement où elle demeure. On imagine ce qui se passerait chez les Petites Sœurs des Pauvres et les diverses communautés religieuses qui accueillent des personnes âgées. On imagine aussi les dérives effroyables que tout cela pourrait produire dans des établissements privés dont les récents scandales montrent combien, parfois, les intérêts économiques vont à l’encontre de ceux des pensionnaires. Tout cela est absurde, fou. Et il semble que les seuls qui ne s’en rendent pas compte sont ceux qui sont élus pour proposer, voter et promulguer des lois censées nous protéger et aider notre société à progresser. 

La mort, une réalité sociale

On peut être sidéré, à juste titre, devant la violence dont font preuve aux États-Unis d’Amérique les para-policiers de l’ICE qui arrêtent, et parfois tuent leurs propres concitoyens dans une impunité et un arbitraire glaçants. Qu’adviendra-t-il demain chez nous des nonnes, des médecins ou des infirmières, ou de tout citoyen, qui osera refuser de donner la mort ou qui s’interrogera simplement publiquement sur la légalité et la justice de ces mesures ?

La mort n’est pas seulement une affaire intime et personnelle. Elle est une réalité sociale essentielle. Elle est par nature une affaire communautaire. Sinon pourquoi l’État aurait-il une politique de santé ? 

Le désir d’aimer toujours

On entrevoit déjà l’acte II, lorsque les établissements refusant l’euthanasie auront fermé et que les personnels récalcitrants auront été châtiés et licenciés. Alors, des cas d’urgence, désespérés et bouleversants se multiplieront. Ils nous seront présentés en boucle sur nos écrans. Alors, certains affirmeront la larme à l’œil qu’il faut plus de moyens pour pallier à ces souffrances inhumaines, que l’urgence n’est décidément pas aux forts coûteux soins palliatifs, mais bien plutôt à rendre encore plus accessible la petite piqûre libératrice. Peut-être les pharmaciens se verront octroyer ce droit de délivrance, comme un devoir moral. Droit qui leur sera contesté au fil du temps par d’autres commerçants. Peut-être même qu’un jour, il sera possible, de déposer dans son caddie un petit kit, non sans avoir auparavant signé un formulaire électronique libérant le vendeur de toute responsabilité... 

Être attentif à la dignité des plus fragiles, accompagner les personnes jusqu’au bout : les baptisés savent bien combien de tous temps, le commandement unique donné par Jésus à ses disciples les oblige à imaginer, entreprendre, manifester dans le concret des jours le désir d’aimer toujours. Comme à d’autres périodes de l’Histoire, ne renonçons pas à être prophètes de Celui qui est la Vie. Telle est la mission de l’Église et celle de chacun de ses membres.