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[HOMÉLIE] Les Béatitudes, un itinéraire de simplicité pour l’éternité

6 min de lecture
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Crédit : Brooklyn Museum

Le sermon des Béatitudes, par James Tissot, Brooklyn Museum

Curé de la cathédrale Saint-Pierre de Vannes, le père Patrice Marivin commente l’évangile du quatrième dimanche du temps ordinaire. Les Béatitudes balisent la route du chrétien, à la suite du Christ, comme un bonheur de simplicité et d’intériorité pour l’éternité. 

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L’évangile de Matthieu que nous méditons depuis le début de notre année liturgique nous présente aujourd’hui le "grand discours sur la Montagne" de Jésus entouré de ses disciples, devant la foule, au tout début de sa vie publique. Ce discours commence par les Béatitudes. Elles sont huit dans l’évangile de Matthieu, et elles sont comme un porche d’entrée dans ce que sera tout l’enseignement du Christ-Messie.

Un bonheur de simplicité

Résumons : la pauvreté du cœur, la douceur, les larmes de la compassion, la faim et la soif de la justice, la miséricorde, la pureté du cœur, l’engagement pour la paix et contre la persécution. Quel sondage placerait aujourd’hui les Béatitudes sur une échelle de valeurs à rechercher pour être heureux ? Pourtant, ce que Jésus annonce est promis : pas un bonheur de facilité, mais un bonheur de simplicité ! Pas un bonheur de vanité, mais un bonheur d’intériorité ! Pas un bonheur momentané, mais un bonheur pour l’éternité ! 

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Comprenons bien ! Les Béatitudes ne canonisent ni la misère, ni la faiblesse, ni les épreuves. Les Béatitudes n’ignorent pas la peine, les drames et l’insupportable de trop d’existences. Les Béatitudes sont ouverture et balisage sur la route. Saint Jean Paul II en parlait comme d’un programme de toujours :  

"Il ne s’agit pas d’inventer un nouveau programme. Le programme existe déjà : c’est celui de toujours, tiré de l’Évangile et de la Tradition vivante. Il est centré en dernière analyse, sur le Christ Lui-même, qu’il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en Lui la vie trinitaire et pour transformer avec Lui l’histoire jusqu’à son achèvement dans la Jérusalem Céleste. C’est un programme qui ne change pas avec la variation des temps et des cultures, même s’il tient compte du temps et de la culture pour un dialogue vrai et une communication efficace. Ce programme de toujours est notre programme pour le troisième millénaire" (Jean-Paul II, Novo millennio ineunte, 29).

Dans la suite du Christ

Les Béatitudes n’ont de sens que dans la suite du Christ, une suite vécue avec des frères et des sœurs dans la foi. À travers son enseignement, Jésus nous rappelle que sur terre notre bonheur sera mêlé d’épreuves. Alors, concrètement, me direz-vous ? Avant tout, repérons les mots qui reviennent dans les lectures de ce dimanche : humilité, douceur, justice, faiblesse, sagesse. Ils balisent l’itinéraire que nous propose Jésus dans les Béatitudes. 

Heureux les pauvres de cœur : restons dans l’humilité en fuyant la "starisation" de nos existences sur les réseaux sociaux ! Usons des biens de la terre, sans les accumuler et sans nous y attacher. Mettons notre trésor dans ce qui a valeur pour l’éternité. 

Heureux les doux : ne soyons pas agressifs dans nos débats, que ce soit en famille, au travail ou en Église ! La douceur ne signifie pas le manque de convictions, mais plutôt la force d’âme, la maîtrise de soi et le respect des autres.

Heureux ceux qui pleurent

Heureux ceux qui pleurent : pleurer, c’est lâcher-prise, c’est accepter l’évidence de notre fragilité. Pleurons sur ce qui fait mal au monde, et aussi sur nos fautes et sur nos limites pour nous ouvrir au pardon de Dieu. Pensons à l’apôtre Pierre qui pleura amèrement après son triple reniement. Il fut, ô combien, consolé et rendu à la joie d’être sauvé. 

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : dans l’Ancien Testament, désirer la justice, c’est chercher Dieu. "Écoutez-moi, vous qui désirez la justice, vous qui cherchez Yahvé" (Is 51, 1-3). Avoir soif de justice, c’est avoir soif de Dieu, parce qu’Il est toute Justice. Faisons grandir en nous le désir de Dieu, c’est Lui qui nous rend justes, à son image. 

Heureux les miséricordieux

Heureux les miséricordieux : être miséricordieux, c’est ressentir de la pitié pour ceux qui sont dans la misère ou dans le besoin, sans les juger, ni les blâmer. Soyons miséricordieux par un regard qui ne condamne pas, des mains qui ne refusent pas, un cœur qui ne se ferme pas.

Heureux les cœurs purs : avoir un cœur pur, c’est avoir un cœur sans duplicité. Pas d’écart entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. C'est aussi ne pas se mentir à soi-même… Reconnaître ses erreurs. Interdisons-nous la fausseté, l’hypocrisie et le mensonge à l’égard de nous-mêmes, des autres et de Dieu. 

Heureux les persécutés pour la justice 

Heureux les persécutés pour la justice : avouons-le, cette béatitude fait peur ! Pourtant, nous avons tous subi des "petites persécutions", des vexations, à cause de nos convictions et de notre foi. Et nous les avons vécues comme des morts à nous-mêmes "à cause" de Jésus, Lui, notre Justice. Continuons d’assumer le risque de l’incompréhension, puisque c’est la victoire du Christ ressuscité qui donne sens à cette Béatitude toujours actuelle, non seulement pour les chrétiens persécutés dans les pays de dictature, mais pour nous-mêmes, chrétiens devenus minoritaires dans notre pays. 

Après tout, n’est-ce pas le Christ qui nous entraîne à prendre la croix et à Le suivre ?  Alors, suivons-Le avec Sa joie et pourquoi pas avec un peu d’humour : "Heureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière" (Michel Audiard) ; "Heureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, ils n’ont pas fini de s’amuser" (Joseph Folliet) !

Lectures du 4e dimanche du temps ordinaire (année A) :