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Marianne, trois pèlerinages seule et à pied pour renaître intérieurement

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Caroline Moulinet - publié le 30/01/26
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Marianne de Boisredon a effectué seule trois pèlerinages : Compostelle, en Espagne, par le Camino del Norte, Shikoku, au Japon, en passant par les 88 temples bouddhistes et Assise, au départ de Vézelay. Témoignage d’une femme en quête de renaissance.

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Marianne fête ses 50 ans quand son mari Hubert lui demande ce qui lui ferait plaisir. Elle répond spontanément : "Marcher. En temps long. Sur le chemin de Compostelle. Seule." À cette époque, Marianne a un agenda très structuré et rempli. Elle s’occupe de sa famille nombreuse – quatre enfants, plus deux accueillis suite au décès d’une cousine – et elle est également chargée de nombreuses responsabilités. Elle ressent une invitation à ralentir. La voilà donc partie pour trois semaines sur le chemin de Compostelle. Un début prometteur. Marianne rêve de repartir.

Plus tard, alors qu’elle pense le bon moment arrivé pour poursuivre son pèlerinage, le poste de responsable de Fondacio lui est proposé. Elle accepte, mais demande simplement une semaine pour finir la partie française du Camino, avant de se lancer dans sa mission. C’est seulement après ses cinq années de service, alors qu’elle est au bord du burn-out, très fatiguée par son rythme effréné, que le désir de reprendre la marche se rappelle à son esprit. Un besoin physique de ralentir, recouvrer ses forces, et un désir intense de continuer le chemin depuis la frontière espagnole, par le Camino del Norte. Un chemin pourtant exigeant physiquement, mais qui s’impose à elle comme une évidence.

Des outres neuves

Le temps n’est pas encore venu de s’engager dans d’autres activités, Marianne écoute ses besoins. À l’approche de ses 60 ans, une nouvelle saison de la vie se dessine et elle se questionne : "Qu’est-ce que je veux pour les 30 années à venir ?" Non pas se détacher du quotidien mais apprendre à goûter chaque instant différemment. Elle se souvient : "Une amie m’a dit que, pour ses 60 ans, elle aimerait avoir des outres neuves pour y mettre du vin nouveau. Cette phrase a résonné lumineusement en moi ! C’était exactement la démarche de mon pèlerinage !"

Mais alors, partir seule ? Vraiment ? Marianne et Hubert en parlent en couple. Hubert accueille le désir de son épouse tout en espérant l’accompagner, mais cela lui semble difficile compte tenu de sa situation. Ensemble, les époux décident qu’Hubert accompagnera Marianne pour la première semaine. "La première semaine est la plus dure", explique-t-elle. "C’est la mise en route. Cependant, cela permettait à Hubert de se rendre compte de ce que c’est de marcher, de comprendre ce que j’allais vivre. Ensuite, nous nous téléphonions quotidiennement, chacun partageant les joies et les difficultés de sa journée." Dans cette distance géographique, le couple grandit autrement, une richesse supplémentaire vient nourrir les échanges. "J’étais disponible à 100% pour lui quand il appelait ; quant à Hubert, il téléphonait au meilleur moment pour lui. Le dialogue était le même que si nous étions physiquement ensemble, mais la qualité d’écoute était bien meilleure", partage Marianne. Des mots qui sont comme une boussole de communication pour tous les couples.

Au gré des kilomètres, Marianne regarde sa vie "comme un film que je rembobine, je mets sur pause des moments qui m’avaient échappé dans la vie “courante”, alors qu’ils regorgent de tendresse", témoigne-t-elle. Ce pèlerinage est une discussion intérieure.

Le temps reprend son cours lorsque, fin 2022, le désir de marcher s’impose de nouveau. En ce temps d’Avent, le cœur de Marianne se met à l’écoute plus intensément. Elle découvre le témoignage d’une femme partie marcher au Japon, 1.300 kilomètres et 88 temples bouddhistes. "C’est possible de le faire pour une femme ! Et seule !". Marianne se réjouit déjà. Elle qui avait habité deux ans au Japon ne connaît pas ce pèlerinage, mais l’appel se clarifie dans sa prière. Elle décide de s’offrir ce cadeau pour son anniversaire.

Un appel intérieur

Quel est le moteur de tant de pèlerinages ? Marianne encourage chacun : "Le premier pas, c’est d’y croire. Se dire “Et si ça pouvait se faire ? Si ça marchait ?” C’est un défi, une intuition. Les chrétiens appellent ça “un appel intérieur”. Il ne faut pas mettre un couvercle dessus, étouffer cet élan en se disant “Je ne peux pas me permettre cela, pour qui je me prends, etc.”. Je voulais recevoir ce cadeau intérieurement, en écoutant, non pas à l’extérieur de moi, mais en écoutant ma relation à Dieu."

Marianne marche donc sur ce chemin bouddhiste, contemporain du chemin de Compostelle mais de l’autre côté du globe. "Je voulais faire ce pèlerinage en tant que chrétienne, rejoignant les bouddhistes dans leur recherche de la paix", explique Marianne. "Je croisais peu de monde sur ces chemins, alors à chaque rencontre, je faisais un exercice intérieur conscient de vouloir du bien à cette personne, de demander la bénédiction de Dieu pour elle. Cela transforme le regard." Marianne continue à s’exercer aujourd’hui, dans le métro ou dans la rue, souhaitant intérieurement à chacun que sa vie soit belle.

Une démarche porteuse de sens, la marche longue permettant de se dépouiller de beaucoup de choses.

Vient Assise au départ de Vézelay. Une démarche porteuse de sens, la marche longue permettant de se dépouiller de beaucoup de choses. Assise et la pauvreté de saint François étaient un appel naturel. Malheureusement, le seizième jour, c’est la chute. Double entorse et double fracture du tibia. La catastrophe, impossible de finir, ni les Alpes ni l’Italie n’ont été atteintes. Alors Marianne décide que, même immobile, la jambe surélevée dans son salon, elle cheminera intérieurement. L’imprévu fait partie de la vie, tout ne va pas toujours bien. Marianne n’avait pas pris de risque, elle s’était même réservée une journée de repos la veille, pourtant, elle a glissé sur un caillou. "J’étais contrariée parce que des bûcherons travaillaient et le chemin initial était impraticable, mais je n’ai pas été imprudente. En revanche, toutes les oppositions entendues auparavant m’ont assaillie : “Il ne faut pas partir seule, c’est dangereux”. Il fallait que je retrouve confiance. Et puis j’aurais aussi bien pu tomber du trottoir en sortant de chez moi." Cependant, une chute n’impose pas la fin, et Marianne termine plus tard son pèlerinage.

Les trésors de telles expériences ? Lâcher prise, accepter l’imprévu, goûter la vie sans programme ni agenda, et surtout, devenir une présence bienfaisante pour soi-même. Jeune femme occupée avec six enfants à la maison, Marianne se souvient de marcher, une fois par mois, une bouffée d’air et de prière. Un temps de lecture de la Parole, de silence et d’échange avec un groupe de mamans de l’école, un point d’ancrage dans une vie bien occupée. Après 60 ans ? Marianne marchera encore. Peut-être pas aussi longtemps que ces trois pèlerinages exceptionnels, peut-être une semaine par-ci, une semaine par-là, pour garder en tête les mots d’Henry Miller choisis pour dédicacer son livre : "Une destination n’est jamais un lieu, mais une nouvelle façon de voir les choses."

Pratique

Marcher pour renaître, Compostelle, Shikoku, Assise, Marianne de Boisredon, Salvator, janvier 2026, 18,50 euros.
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