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Gipsy (Cirque Gruss) : “Nous faisons notre signe de croix avant d’entrer sur la piste”

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Aline Iaschine - publié le 30/01/26
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Icône du cirque équestre, Gipsy Gruss, 79 ans, a consacré sa vie à l’art du cirque avec grâce et élégance. Fildefériste, jongleuse, écuyère, mais aussi épouse, mère et grand-mère, elle a transmis son savoir-faire et ses valeurs à ses enfants et petits-enfants. Dans cet entretien avec Aleteia, elle revient sur son parcours, son amour pour la piste et sa famille.

Née Camilla Bouglione, Gipsy Gruss s’est imposée au fil des décennies comme une figure emblématique du cirque français. Dès l’âge de sept ans, elle commence à marcher sur le fil, à danser, à jongler et, plus tard, à monter à cheval, avec la grâce et l’élégance qui la caractérisent tant. Avec son mari Alexis Gruss (✝ 2024), elle a bâti un empire circassien à partir de rien, traversant les épreuves, transmettant son art à ses enfants et petits-enfants, et faisant rayonner l’héritage familial à travers la France. 

Aleteia : Gipsy, à quel âge avez-vous commencé à exécuter vos numéros ? 
Gipsy : J’ai commencé à m’entraîner à sept ans. Un an plus tard, j’ai présenté un petit numéro sur le fil, avec un tutu blanc. C’était une petite présentation, très douce : je dansais la valse. C’était joli pour une petite fille. 

Quand je suis sur la piste, je suis chez moi.

Que ressentez-vous lorsque vous êtes sur la piste ?
Quand je suis sur la piste, je suis chez moi. Avant de commencer, il y a beaucoup de stress. C’est du spectacle vivant, et on n’est jamais sûr de ce qui peut arriver. En faisant plein d’exercices d’équilibre, de jonglage ou d’acrobaties, il y a toujours un petit risque. Même avec les chevaux, il peut y avoir des surprises. Mais une fois le spectacle terminé, ce n’est que du bonheur.

Qui vous a transmis votre savoir-faire ?
Pour le fil, c’est ma mère qui m’a tout appris. Elle était fildefériste, tout comme sa mère avant elle, qui travaillait à l’hippodrome de Clichy et avait rencontré mon père, acrobate à cheval. Donc, avec ma mère, ma grand-mère, moi, ma fille et ma petite-fille qui commence, cela fera cinq générations de fildeféristes. Le jonglage est arrivé plus tard, grâce à un artiste nommé Lello. En parlant avec lui, j’ai eu l’idée de jongler sur le fil.

Quant à l’équitation, avant de rencontrer mon mari, Alexis, je n’étais jamais montée à cheval. Mon père était dompteur au cirque Bouglione, mais il s’occupait surtout des fauves et de la ménagerie. C’est avec Alexis que j’ai commencé à connaître les chevaux. Mon apprentissage de la danse, de la musique, du jonglage et du fil m’a donné de l’équilibre et les compétences nécessaires pour attaquer d’autres disciplines, comme l’équitation.

Quand avez-vous rencontré Alexis Gruss ?
C’était en 1964. Ma famille était près de la Suisse pour un spectacle, et Alexis aussi, avec le cirque de son père. J’avais 14 ans et je faisais un numéro sur le fil en duo avec ma cousine : deux pin-up face à face, dansant le twist et le tango, en faisant des grands écarts et du monocycle, pour finir en dansant le cancan. Il m’a remarquée tout de suite. Il avait 18 ans. À notre retour à Paris, il est venu me voir. À l'époque, c'était sérieux, on ne courait pas trop à droite, à gauche. Ce n'était pas comme maintenant. Des oncles nous surveillaient. L’un d’eux l’a même recadré : "Écoute, toi, le petit Gruss. Tu es trop jeune, ne cours pas autour de ma nièce." Mais nous ne nous sommes jamais perdus de vue. Nous avons commencé à nous écrire, puis il a demandé ma main à mes parents. Ensuite, il est reparti avec son cirque, et moi je l’ai fait attendre… huit ans.

On se marie dans un mois ou pas du tout.

J’étais heureuse chez mes parents, j’étais gâtée, entourée de mes cousins et cousines, j’étais bien. Mais un jour il est revenu et il m’a donné un ultimatum : "On se marie dans un mois ou pas du tout." Alors on s’est marié. C’était en 1970, j’avais 22 ans, lui 26. Vous voyez, je le faisais attendre, mais je savais que c’était lui. Je pense que, de son côté, c’était pareil. C’était une belle histoire d’amour : nous nous comprenions sur le métier, les numéros, les enfants, sur plein de choses. 

Combien d’enfants avez-vous ?
Nous avons eu quatre enfants. L’un de mes fils aîné n’est plus là, il est décédé à 20 ans, mais il fait partie de la famille. Il est en photo partout. Il est toujours là. J’ai aussi huit petits-enfants, quatre garçons et quatre filles. Tous se produisent sur la piste, à l’exception de deux garçons qui travaillent chez Disney. Ils sont toujours dans le métier. Mais ils ne travaillent pas avec nous. Il y a aussi des histoires dans notre famille. Comme partout…

Vous avez tout construit ensemble avec Alexis ?
Oui, nous sommes partis de rien. Nous avons monté un chapiteau, et le premier à avoir utilisé le nom Gruss, c’est Alexis. Dans sa famille, ce nom n’avait jamais été utilisé car, à cause de la guerre, il paraissait trop germanique. Ils avaient plutôt choisi des noms comme Grand Cirque de France ou Cirque Radio Luxembourg ou Cirque Zavatta. Nous avions deux enfants, deux chevaux et nos numéros. Nous avons rencontré des difficultés pour payer les artistes, c’est comme ça que j’ai commencé à créer de nouveaux numéros.

Gipsy et Alexis Gruss

Nous nous sommes agrandis peu à peu, nous avons beaucoup voyagé et commencé à nous faire connaître. Au début, nous changions de ville chaque jour. Puis, les spectateurs ont commencé à se déplacer. Nous avons commencé à rester une semaine, puis un mois dans chaque ville. Aujourd’hui, à Paris, nous restons sept mois et le public se déplace. Pendant les autres périodes, nous allons à Piolenc, où nous préparons le nouveau spectacle et nous nous occupons de nos 50 chevaux. Il faut savoir que les artistes et les chevaux ne peuvent rester plus de dix jours sans travailler, sinon on perd beaucoup.

Quel est le plus beau souvenir de votre vie ou de votre carrière ? 
J’ai plusieurs souvenirs. Tout d’abord, le jour de mon mariage avec Alexis, à l’église Sainte-Élisabeth à Paris. C’était un très grand mariage Gruss-Bouglione. On était en calèche dans Paris et nous sommes montés sur le dos des éléphants, pour des photos, c’était magnifique. Puis, une grande première avec ma fille : nous avons réalisé un exercice rarissime sur le fil, en équilibre sur la tête, avec lâcher des bras et retour sur le fil… Je ne connais personne d’autre qui fasse encore ce numéro.

J’aime énormément les enfants. Plus ils sont nombreux chez moi, plus je suis heureuse.

Quel genre de maman et de grand-mère êtes-vous ?
J’aime énormément les enfants. Plus ils sont nombreux chez moi, plus je suis heureuse. Quand ils étaient petits, ils dormaient tous sur mon grand canapé, parfois à trois ! Maintenant, mes petites-filles sont plus grandes. Mes enfants disent parfois que j’étais un peu sévère… c’est vrai, mais il n’y a pas de mal à cela. C’est très bien. Je tenais à leur transmettre la discipline et la politesse.

Quel rôle la spiritualité joue-t-elle dans votre vie ?
Dans notre famille, nous sommes tous croyants et catholiques. Les enfants sont baptisés, ils font leur communion. Nous avons aussi un petit rituel : nous faisons tous notre signe de croix avant d’entrer sur la piste. Depuis 40 ans, nous célébrons également la messe chaque 24 décembre sous le chapiteau, avec des évêques et 3.000 personnes.

Pratique

Pour en savoir plus sur le Cirque des Folies Gruss
Carrefour des Cascades, 75016 Paris
Tarifs : à partir de 20 euros
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