C’est au contact de parents qui ont vécu l’expérience douloureuse de perdre un enfant in utero ou à la naissance que Stéphane Glogowski s’est intéressé au devenir de ces petites âmes qui n’ont pas vu le jour. Il raconte comment ces parents continuent à prier pour leurs enfants, leur ont donné un prénom, et ont vécu un véritable chemin de consolation et de foi pour surmonter cette épreuve.
Aleteia : Qu’offre l’Église aux parents qui ont perdu un enfant ? L’aide spirituelle qu’elle propose est-elle récente ?
Stéphane Glogowski : Oui et non. Il y a eu durant des siècles en France ce que l’on appelait des sanctuaires à répits. Les parents qui avaient perdu leur enfant sans avoir pu lui donner le sacrement du baptême faisaient parfois une longue route pour rejoindre un de ces sanctuaires (on a recensé plus de 200 sanctuaires, souvent liés à une forte dévotion mariale). On sonnait les cloches, on se mettait en prière, l’enfant était posé à côté du baptistère ou de l’autel. Parfois, au bout de quelques heures, apparaissaient des "signes de vie". Alors un prêtre baptisait l’enfant ; puis au bout de quelques heures, ces signes de vie disparaissaient et l’enfant retournait auprès de Dieu après avoir reçu la grâce baptismale. Aujourd’hui, de nombreux sanctuaires (Notre-Dame de Montligeon, la Sainte-Baume, Cotignac, etc.) proposent une démarche aux parents qui ont perdu un enfant : leur donner un prénom, prier pour eux, etc.
Durant des siècles, l’Église enseignait que les enfants morts sans baptême ne pouvaient pas être damnés, puisqu’ils n’avaient aucune faute personnelle à se reprocher.
Quelle est la destinée de ces enfants ? L’existence des limbes, pour désigner le sort des enfants morts sans baptême, n’a -t-elle pas été écartée par le Saint Siège il y a peu ?
C’est une idée effectivement assez répandue : tous les enfants morts sans baptême seraient au Ciel. Mais la réponse est plus nuancée. Durant des siècles, l’Église enseignait que les enfants morts sans baptême ne pouvaient pas être damnés, puisqu’ils n’avaient aucune faute personnelle à se reprocher ; mais ils ne pouvaient pas non plus accéder à la vision béatifique, étant marqués par la faute de nos premiers parents : le péché originel. Selon saint Thomas d’Aquin, ils n’étaient toutefois pas privés de tout bonheur naturel. Et certains théologiens parlent même d’une forme de paradis naturel. En 2007, la commission théologique internationale a publié un rapport intitulé L’Espérance de salut des enfants morts sans baptême. Loin de trancher la question, elle estime que l’existence des limbes demeure une hypothèse théologique, mais qu’il faut aussi envisager la possibilité que certains de ces enfants soient au Ciel. Elle rappelle également l’existence dans la tradition de l’Église de suppléances, c’est-à-dire de la possibilité pour ces enfants de bénéficier d’une grâce équivalente à celle du baptême, par exemple lorsqu’ils ont été tués en haine de la foi.
Les enfants morts sans baptême peuvent-ils bénéficier de cette suppléance ?
Généralement les enfants morts sans baptême n’entrent pas dans cette possibilité, d’autant que la seconde suppléance, ce qu’on appelle le baptême de désir, est réservée aux catéchumènes adultes qui sont morts peu de temps avant de recevoir le sacrement. Compte-tenu de leur désir d’être baptisé, on leur applique les mêmes grâces que le sacrement de l’eau. Mais ce baptême de désir ne peut pas bénéficier aux enfants non-nés, car nous dit le pape Pie XII, ils ne peuvent exprimer le désir d’être baptisés.
Pour autant, il y a la miséricorde de Dieu…
C’est le pape saint Jean Paul II qui a recentré la théologie des petits défunts sur la miséricorde de Dieu, rappelant dans son encyclique Evangelium Vitæ : "Vous pouvez confier avec espérance votre enfant au Père et à sa Miséricorde." "Confier" est probablement la clé de compréhension de ce à quoi Dieu nous appelle : prier et intercéder pour ces petites âmes. Un religieux vietnamien qui a vécu au XXe siècle, Marcel Van, et dont la cause de béatification est en cours, a "mis les pieds dans le plat" si l’on peut dire. Il a posé clairement la question à l’Enfant-Jésus, avec lequel il avait eu la grâce surnaturelle de pouvoir converser, de savoir ce qu’il arrivait aux enfants morts sans baptême. L’Enfant Jésus l’a invité à prier pour ces petites âmes, et lui a promis que, par cette voie d’intercession, de nombreux enfants seraient incorporés dans sa sainte Église et pourraient jouir de la vision béatifique. On ne peut ainsi que se réjouir de ce que le jour de la fête de la Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth, des messes pour les enfants non-nés soient désormais célébrées dans de nombreuses églises en France et de par le monde.
Propos recueillis par Philippe de Saint-Germain.
Pratique :










