Depuis le XIXe siècle, le Vatican joue un rôle de médiateur dans les crises mondiales. Sa neutralité lui permet d’être accepté par un grand nombre de parties en conflit. Auteur de "Géopolitique du Vatican" (PUF), Jean-Baptiste Noé montre comment la diplomatie vaticane veille à ne pas se laisser instrumentaliser.
Donald Trump a invité le Saint-Siège à siéger à son Conseil de la Paix pour Gaza. La demande a été reçue et, selon la terminologie officielle, est en cours d’étude, la diplomatie vaticane n’ayant pas encore exprimé son accord ou non. Cette invitation est en tout cas la preuve que le Saint-Siège est bien un acteur central des relations internationales, et qu’il demeure un atout pour les discussions et les échanges informels.
Négocier et relier
Ce rôle de médiateur a été théorisé et mis en pratique pour l’époque contemporaine par Léon XIII (1878-1903). Après l’occupation de Rome par les troupes de Savoie et la fin des États pontificaux, Léon XIII, qui fut un diplomate au service du Saint-Siège, a maintenu l’Église dans les relations internationales en lui créant un rôle nouveau. Il s’agissait de transformer une perte, celle de la souveraineté territoriale, en atout : puisque l’Église n’intervenait plus dans les affaires du monde comme puissance étatique, elle pouvait y intervenir comme puissance de neutralité et d’impartialité. C’est ainsi qu’en 1885, le chancelier Bismarck, pourtant opposé à l’Église et aux catholiques dans son combat pour le Kulturkampf, demanda à Léon XIII de servir de conciliateur dans le conflit des îles Carolines qui opposait l’Empire allemand à l’Espagne. Ce fut l’une des premières fois, à l’époque contemporaine, que le pape jouait ce rôle.
Durant la Première Guerre mondiale, Benoît XV tenta, en vain, de servir de médiateur entre Paris et Berlin afin de trouver une issue à la guerre. Sous Jean-Paul II, ce furent le Chili et l’Argentine qui s’en remirent à la médiation du souverain pontife au sujet d’un différend autour du canal de Beagle. Puis, Benoît XVI et François jouèrent les intermédiaires dans les négociations entre Cuba et les États-Unis, comme Jean XXIII était intervenu en 1963 entre Moscou et Washington lors de la crise des missiles. Plus récemment, le Vatican a joué son rôle de diplomatie discrète pour négocier des libérations d’otages en Iran et de prisonniers en Russie. Rome est également le lieu de rencontre de délégations plus ou moins informelles pour trouver des solutions à la guerre en Ukraine.
La neutralité au service de la paix
Si le Saint-Siège peut jouer ce rôle de médiateur, c’est en raison de sa neutralité et de son impartialité dans les conflits. Grâce aussi à son réseau diplomatique étendu, qui lui permet d’être présent dans un grand nombre de pays et, avec la population catholique et les services sociaux des chrétiens, d’avoir des informations et des intérêts à l’échelle mondiale. Cette neutralité est mise au service de la paix et lui permet d’être reconnu comme tel par de nombreux États.
Mais la condition de la neutralité n’est possible que si le Saint-Siège est indépendant, et donc qu’il esquive les tentatives de manipulation. Durant la Guerre froide, Paul VI répétait à plusieurs reprises qu’il n’était pas "l’aumônier de l’Occident". Si le pape n’était pas communiste, il n’était pas non plus aligné sur la ligne diplomatique des États-Unis. Ce qui lui conféra une marge de manœuvre quand il fallut intervenir sur le Vietnam ou ensuite, pour Jean Paul II, de manifester son opposition aux guerres en Irak en 1991 et en 2003. Il en va de même pour Léon XIV qui, tout en étant Américain, n’est pas un rouage de la politique américaine. C’est pourquoi, la proposition de Donald Trump est prise avec beaucoup de distance. Le Vatican est bien évidemment favorable à la paix à Gaza et en Palestine, mais il ne pourra siéger au Conseil de la Paix que si celui-ci est neutre et désintéressé.
Pas d’instrumentalisation
La diplomatie pontificale veut éviter d’être manipulée ou instrumentalisée par la diplomatie américaine. Le risque est que ce Conseil de la Paix, présidé par Donald Trump, soit une chambre d’enregistrement des décisions de Trump. En somme, une courroie de transmission et non pas un véritable conseil. Ce serait préjudiciable à la paix en Terre Sainte et ce le serait aussi pour les participants. C’est bien cette garantie de neutralité et de liberté d’action que le Saint-Siège veut conserver avant de pouvoir s’engager à siéger dans cette organisation.












