Redécouvrir le concile Vatican II, comme y appelle Léon XIV, c’est redécouvrir l’art qui appartient à son histoire, mais qui ne fut pas toujours apprécié, rappelle l’historien de l’art Pierre Téqui. Il reste que le concile a introduit quelque chose de décisif dans le rapport que l’Église avec les artistes : une relation d’amitié.
Pendant que les travaux de l’histoire de l’art nous permettent de commencer à redécouvrir avec attention l’art chrétien des années 1950-1960, notre Pape a ouvert un cycle de catéchèses consacré au concile Vatican II. Léon XIV relève que, soixante ans après cet événement majeur, les théologiens qui y ont participé ne sont plus parmi nous, mais que les documents conciliaires demeurent. Or, nous dit-il, il nous faut précisément les redécouvrir "non pas par ouï-dire ou à travers les interprétations qui en ont été données, mais en les relisant et en méditant sur leur contenu".
Un vent de modernité
Non par "ouï-dire". N’est-il pas temps, en effet, de redécouvrir aussi des œuvres inaugurées il y a soixante ans, dont les créateurs ne sont plus parmi nous ? N’est-il pas temps de réapprendre à voir des œuvres dont les ouï-dire ont, hélas, si souvent conditionné le regard ? Car l’art moderne appartient lui aussi à l’histoire du concile. Lorsque Vatican II s’ouvre, un vent de modernité souffle sur l’Église comme sur le monde de l’art. Peut-être nos pères ont-ils parfois été un peu rapides en besogne. On a trop souvent confondu le souffle de la modernité avec le souffle de l’Esprit, trop facilement applaudi toute création nouvelle comme une proposition nécessairement prophétique, parce que contemporaine, supposée ajustée d’elle-même aux mystères du monde d’aujourd’hui, et presque automatiquement légitime.
Bienvenue sur le nouveau site d'Aleteia !
Nous sommes heureux de vous accueillir sur un site entièrement repensé, réalisé grâce au soutien de nos généreux donateurs.
Si vous appréciez cette nouvelle expérience de lecture, vous pouvez, vous aussi, nous aider à faire vivre Aleteia.
On confond alors critique d’art et pastorale. Accueillir une proposition artistique suppose certes un état d’esprit ouvert, car l’on va à la rencontre de l’autre. Mais accueillir l’art ne signifie pas proclamer qu’il est juste parce qu’il est nouveau. L’art, dans l’Église, ne s’impose pas : il se met au service.
Être l’ami du Christ
Revenir au concile, donc. Car le concile a introduit quelque chose de décisif dans le rapport que l’Église est appelée à entretenir avec l’art et les artistes : une relation d’amitié. Dans sa seconde catéchèse sur Vatican II, Léon XIV souligne que l’un des points fondamentaux de la foi chrétienne, rappelé par la constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine, est que, avec le Christ, la relation de l’homme avec Dieu devient une relation d’amitié. Un ami. Être l’ami du Christ, c’est répondre à l’invitation de Jésus dans l’évangile selon saint Jean : "Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître" (Jn 15, 15).
Et cette relation d’amitié est aussi celle que le pape Paul VI propose aux artistes dans le message qu’il leur adresse en clôture du concile, il y a un peu plus de soixante ans :
"À vous tous, maintenant, artistes, qui êtes épris de la beauté et qui travaillez pour elle : poètes et gens de lettres, peintres, sculpteurs, architectes, musiciens, hommes du théâtre et cinéastes… À vous tous, l’Église du Concile dit par notre voix : si vous êtes les amis de l’art véritable, vous êtes nos amis !"
L’amitié se cultive
Cette relation d’amitié avec les artistes, l’Église doit la cultiver. Une amitié, en effet, se cultive. Or certains, lorsqu’ils pensent à l’art contemporain, ne voient que blasphèmes, outrances ou caricatures. Ils se réfugient dans les formes du Moyen Âge ou de la Renaissance, comme si les créateurs dignes d’amitié ne pouvaient appartenir qu’aux siècles passés. En enfermant ainsi l’autre dans un jugement qui condamne, ils affirment : l’art d’aujourd’hui est hermétique, conceptuel ; je ne veux pas aller à sa rencontre. Combien de fois ai-je lu des commentaires de rejet lorsque j’essaie de présenter une expression architecturale ou plastique marquée par la modernité ? Combien de fois ces rejets étaient-ils, hélas, de principe ?
À propos de la relation d’amitié, notre Pape le rappelle avec justesse : "Les amitiés peuvent prendre fin à cause d’un geste spectaculaire de rupture, ou d’une série de négligences quotidiennes qui effritent la relation jusqu’à la perdre." Quelques œuvres nous ont blessés, et c’est parfois toute une relation avec les artistes qui s’en trouve rompue.
Prendre soin de cette relation
"L’Église a de longue date fait alliance avec vous", disait Paul VI aux artistes, avant d’ajouter cette supplique : ne pas laisser se rompre une alliance féconde entre tous. Aux artistes, l’Église parle d’amitié et d’alliance. Les papes se sont succédé et ont approfondi ce message — Jean-Paul II, Benoît XVI, François — tous ont tenu à s’adresser aux artistes, à valoriser l’art et les images.
Mais alors que nous ne sommes encore qu’au début de cette catéchèse de Léon XIV sur Vatican II, retenons ceci : l’Église s’adresse aux artistes comme à des amis. Et le Pape de conclure : "Si Jésus nous appelle à être amis, essayons de ne pas laisser cet appel sans réponse. Accueillons-le, prenons soin de cette relation, et nous découvrirons que c’est précisément l’amitié avec Dieu qui est notre salut." Puissions-nous, nous aussi, accueillir les artistes en amis.












