Plus de 30.000. C'est le nombre d'Iraniens tués par le régime des mollahs au cours de la révolte qui déchire le pays depuis la fin du mois de décembre, selon un bilan encore provisoire. Les chiffres sont sidérants, écœurants. L'ampleur de la répression, déjà dénoncée par de nombreuses associations dès le début du soulèvement, commence enfin à se préciser.
Ces estimations ont été réalisées par plusieurs ONG dont les bilans se recoupent, mais aussi par le magazine américain Time qui affirme que "jusqu’à 30.000 personnes auraient péri durant les seules journées des 8 et 9 janvier" en citant deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé. Un chiffre relayé également auprès du Figaro par un médecin irano-allemand, Amir-Mobarez Parasta. Installé à Munich et en communication avec le personnel soignant iranien sur place, il assure pouvoir "confirmer la mort de 33.130 personnes". "Le niveau de violence exercé pendant les manifestations, notamment les 8 et 9 janvier, est sans précédent […] Des armes létales ont été utilisées contre les gens", témoigne-t-il. Selon lui, plus de 100.000 personnes auraient été blessées. Des données ayant fuité en provenance du Corps des gardiens de la révolution islamique font quant à elles état de plus de 36.500 Iraniens tués en 30 jours, selon le média Iran international en exil à Londres. Les 8 et 9 janvier auraient été les journées les plus sanglantes de l’histoire des soulèvements en Iran depuis 1979, date de l'instauration de la République islamique. Il pourrait même s'agir de l'une des répressions les plus meurtrières du 21e siècle.
Les sources officielles évoquaient plus de 3.000 personnes tuées depuis le 28 décembre. Un chiffre difficile à croire avec les multiples images qui ont inondé les réseaux sociaux entre deux coupures d'Internet. La République islamique d'Iran avait organisé un "black-out" afin de limiter toute sortie d'informations. Un massacre organisé à huis clos, dont les images choc sont parvenues malgré tout au reste du monde : partout, des sacs mortuaires noirs, remplis de corps. Ceux de la jeunesse iranienne. Des voix, à la recherche d'un fils, d'une fille, d'un père ou d'une mère tombés sous les balles d'un régime qui, se sentant condamné, n'a eu d'autre choix pour survivre que d'écrire son nom dans le sang.
L'appel au retour de Reza Pahlavi
"Le régime n’a pas de sang sur les mains", a pourtant clamé haut et fort Mohammad Amin-Nejad, ambassadeur d'Iran en France, sur sur France Inter le 18 janvier. Trois jours plus tôt, le diplomate contestait avec aplomb sur le plateau de BFM TV aussi bien l'authenticité des images que les chiffres avancés sur l'ampleur de la répression.
Parties fin décembre du Grand Bazar de Téhéran, où les commerçants dénonçaient le coût de la vie, ces manifestations ont mis au jour une colère populaire ancienne, bien au-delà des seules revendications économiques auxquelles de nombreux médias occidentaux les ont réduites. Dans les rues, les slogans visent ouvertement le pouvoir en place et ses figures dirigeantes, accusées de corruption, d’incompétence économique et de répression généralisée. Les femmes sont particulièrement visibles dans ces rassemblements, qui s’inscrivent dans la continuité du mouvement "Femme, Vie, Liberté", né après la mort de Mahsa Jîna Amini. Les manifestants vont jusqu’à réclamer le retour de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran, aujourd’hui en exil.
Les protestataires s’en prennent plus largement à la nature même de la République islamique, un régime théocratique où l’essentiel du pouvoir est détenu par le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, en poste depuis 1989, appuyé par un appareil sécuritaire redoutable, notamment les Gardiens de la Révolution. Si l’Iran dispose formellement d’institutions élues, telles que la présidence ou le Parlement, celles-ci demeurent étroitement encadrées par des instances religieuses non élues, au premier rang desquelles le Conseil des Gardiens, chargé de filtrer les candidatures et de verrouiller le jeu politique. Dans ce contexte, pour de nombreux Iraniens, la flambée du coût de la vie apparaît moins comme une cause que comme la conséquence d’un système figé, jugé incapable de répondre aux attentes sociales, économiques et politiques d’une population jeune, fragilisée et avide de libertés.









