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Harold Cobert : “Les élèves s’élèvent quand on leur fixe des exigences justes”

Harold Cobert : “Les élève d’aujourd’hui ont besoin de bienfaisance”

Romancier, Harold Cobert est devenu professeur en 2024.

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Anna Ashkova - publié le 27/01/26
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Le romancier Harold Cobert est devenu professeur suppléant de lettres au lycée catholique Passy Saint-Honoré, à Paris, en septembre 2024. Dans "Foi de prof", il raconte son expérience et montre que, pour réussir, les élèves d’aujourd’hui ont besoin de bienfaisance, de rigueur et d’autorité juste. "Dans le privé, l’exigence intellectuelle permet l'acquisition de savoirs", confie-t-il à Aleteia. Entretien.

En septembre 2024, le romancier Harold Cobert devient professeur suppléant de lettres au lycée privé catholique Passy Saint-Honoré, à Paris. Confronté à la génération TikTok, dont l’orthographe et la concentration ne sont pas toujours au rendez-vous, il découvre un établissement humain, réactif et souple. Dans Foi de prof, il raconte cette expérience au quotidien et montre comment, grâce à un contexte favorable et à la passion de transmettre, il est possible d’intéresser les élèves et de les aider à s’élever. Loin des idées reçues, ce journal de bord se veut un plaidoyer pour un système éducatif privé, marqué par l'exigence et la bienfaisance. Entretien. 

Aleteia : Vous êtes romancier. Pourquoi avoir décidé de devenir professeur et pourquoi dans le privé catholique ? 
Harold Cobert :
L’assassinat de Samuel Paty m’a profondément bouleversé. Il m’a plongé dans un état d’abattement avant de comprendre qu’à travers ce professeur c’était une conception des Lumières à la française, de l’esprit critique, que l’on avait assassiné ce jour-là. Nous sommes dans un monde où l’on nous répète que tout est perdu, il semble inutile d’agir. Mais ne rien tenter garantit la catastrophe annoncée. Je me suis demandé ce que je pouvais faire, modestement. Écrivain, docteur en lettres, amoureux de la littérature, j’ai un fils que j’accompagne dans sa scolarité, je me suis dit que je pouvais agir à ma mesure. Je pense que la jeunesse d’aujourd’hui est celle qui a le plus besoin de connaissance, de discernement et de lumière, tout ce que les réseaux sociaux essayent de lui retirer. 

Avoir foi dans les élèves, c’est finalement peut-être avoir foi dans la présence de Dieu dans chaque être humain, et peut-être plus particulièrement dans les plus jeunes, qui représentent notre avenir.

Vous vous êtes donc lancé dans le professorat.
J’ai candidaté simultanément dans le public et dans le privé catholique sous contrat, dont je suis issu puisque j’ai fait ma scolarité (collège et lycée) chez les pères jésuites de Saint-Joseph de Tivoli, à Bordeaux. Dans le privé, on m’a rapidement proposé une classe de seconde et quelques heures d’étude, ce qui m’a permis de commencer mon engagement. Six mois plus tard, au moment où la disparition de Samuel Paty était commémorée, le rectorat m’a contacté pour un entretien. Celui-ci s’est révélé froid, presque inquisitorial, révélant une rigidité administrative contrastant avec la proximité humaine de l’établissement où j’avais commencé. Cette expérience m’a poussé à écrire un livre sur ce que je vivais et à réfléchir sur la comparaison entre l’éducation privée catholique et le système public français.

Votre livre s’intitule Foi de prof. Que signifie ce titre exactement ?
J’ai un rapport compliqué avec Dieu : jeune, j’avais pensé devenir prêtre, mais les vœux canoniques m’ont paru inatteignables. Mais j'ai extrêmement travaillé par la question de l’existence de Dieu, oscillant entre croyance et doute. Mais avoir foi dans les élèves, c’est finalement peut-être avoir foi dans la présence de Dieu dans chaque être humain, et peut-être plus particulièrement dans les plus jeunes, qui représentent notre avenir. Mon titre exprime donc presque une profession de foi en eux. 

Vous écrivez que "la philosophie et l’ambition de l’éducation privée catholique sous contrat constituent le salut de l’Éducation nationale". Pour quelles raisons ?
J’ai eu un cycle de formation dans le privé, avec une conférence donnée par un prêtre, et ce fut un véritable festival d’intelligence. J’y ai découvert une philosophie de la parole incarnée, c’est-à-dire une parole vécue. J’ai été particulièrement sensible à l’idée de verticalité et de transcendance que l’on peut attribuer à l’être humain, une dimension qui me semble manquer parfois dans l’enseignement public. 

Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas moins intelligents. Si on leur fixe la barre un peu plus haut et qu’on les incite à l’atteindre, ils peuvent s’élever et progresser.

Le prêtre expliquait que la bienveillance — l’intention de faire le bien — est différente de la bienfaisance — le bien réellement accompli. Cette distinction m’a permis de mieux comprendre la conception de l’éducation dans le privé : on amène l’élève à s'élever, non seulement en tant qu’être physique mais aussi en tant qu’esprit. Cette approche rappelle, d’une certaine manière, la tradition de la grande école publique française de la IIIe République : un engagement à former des individus avec foi dans l’éducation. Aujourd’hui encore, certains enseignants du public partagent cette exigence et cette ambition, bien que leur travail soit souvent parasité par des contraintes administratives et bureaucratiques.

Dans votre ouvrage vous attachez une importance à la différence de statut entre enseignants du privé sous contrat, qualifiés d’agents (qui a une action), et enseignants du public, qualifiés de fonctionnaires (qui a une fonction). Cette distinction se traduit-elle aussi par des différences dans la liberté, de l’action et du sens de l’enseignement ? 
Je pense que tout dépend beaucoup du directeur que l’on a. À Passy Saint-Honoré, par exemple, on me laisse sanctionner les fautes d’orthographe dès la seconde, même si c’est normalement interdit par la réglementation. On me donne également une grande liberté dans l’organisation de mes cours, tout en respectant les programmes académiques. Je me suis rendu compte que lorsque l’on laisse cette liberté et que l’on est exigeant, les élèves répondent présents. Au premier trimestre, certains pouvaient faire 35 fautes par copie. Sachant qu’ils seront sanctionnés, ils ont réduit considérablement leurs erreurs à cinq fautes. Cela montre qu’ils sont capables de beaucoup, à condition qu’on leur fixe des exigences et qu’on les motive à les atteindre.

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Classe de collège. Image d'illustration.

Ce qui m’agace profondément aujourd’hui, c’est l’idée que le niveau des élèves a baissé. Ce n’est pas vrai : c’est le niveau des programmes qui a été abaissé et donc le niveau des élèves a baissé. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas moins intelligents. Si on leur fixe la barre un peu plus haut et qu’on les incite à l’atteindre, ils peuvent s’élever et progresser.

Vous dites que dans le public, on s’attache aux compétences et dans le privé aux connaissances. Comment en êtes-vous arrivé à ces conclusions ? 
Je n’ai pas enseigné dans le public, mais j’ai beaucoup lu les textes et discuté avec des amis professeurs dans le public qui vivent des situations difficiles, notamment, une amie professeure au lycée technologique dans l'Essonne. Elle m’a fait comprendre que les toutes les réformes qui sont faites dans les lycées technologiques diminuent les heures d’histoire et de français pour mettre davantage l’accent sur des compétences pratiques, privant les élèves de savoirs. Or le savoir est essentiel, car plus les jeunes savent, plus leur esprit critique se développe et leur pensée reste libre.

Mais le manque de vocabulaire et de connaissances conduit souvent les élèves à s’exprimer par la violence et limite leur capacité à analyser leurs propres émotions, surtout à l’adolescence. Or la connaissance permet de mieux se connaître et donc de mieux s’ouvrir aux autres. Dans le privé catholique sous contrat, l’exigence intellectuelle permet cette acquisition de savoirs et de connaissance de soi. C’est dans ce sens que j’ai établi cette distinction entre public et privé. 

De quoi ont besoin les élèves aujourd’hui pour réussir ? 
Ils ont besoin de bienfaisance, et non de la bienveillance, qu’on s’intéresse à eux et qu’on les croit capables, et donc qu’on soit exigeant avec eux. Ils ont besoin d’autorité, qui n’est pas de l’autoritarisme — on mélange souvent les deux à tort. Les jeunes sont comme de jeunes arbres qui poussent : on met un tuteur pour qu’ils grandissent droit, et quand ils n’en ont plus besoin, on retire le tuteur et ils se dressent vers le ciel, tout seuls, librement. Enfin, ils ont besoin de rigueur, et non de rigorisme. Mais surtout, ils ont besoin de sentir que la personne qui leur enseigne est juste : qu’elle les gratifie quand ils le méritent et qu’elle les punit quand ils le méritent, et que rien n’est arbitraire, que tout est fait est fait avec justesse, voire avec justice. C’est là que la confiance s’installe, et alors tout devient possible.

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