Ils étaient plus de soixante prêtres les 19 et 20 janvier dernier à travailler, échanger et prier à la paroisse Saint-Jacques et Saint-Christophe de la Villette (Paris XIVe) puis au Collège des Bernardins. Prêtres, religieux et religieuses arrivaient de l’Île-de-France, des banlieues de Lyon, Mulhouse, Amiens et de villes plus petites comme Laval. Certains étaient membres de la communauté de l’Emmanuel, d’autres de la communauté Saint-Martin, prêtres du Prado, Fils de la Charité, Serviteurs de Jésus et Marie et diocésains. Leurs âges, leurs formations, leurs spiritualités marquaient de grandes différences. Un point commun : ils sont tous engagés dans la pastorale des cités, tous responsables de paroisses pauvres, celles des périphéries, celles des migrants de première ou deuxième génération mêlés aux habitants plus anciens.
Convertis de tous les continents
N’est-ce pas étrange, dans notre Église de France aux multiples facettes, de réunir des prêtres aussi différents avec comme seul motif d’unité leur engagement dans les quartiers populaires, et constater que, d’année en année, ils sont de plus en plus nombreux à répondre à l’invitation de la Fraternité missionnaire des cités pour participer à deux journées d’échange et de prière en commun ?
En regardant de plus près, en les écoutant, l’on se rend compte de tous leurs points communs. La joie est en eux, joie de servir en milieu populaire avec un véritable sens missionnaire. Dans leurs paroisses, ils constatent que les convertis de tous les continents sont nombreux à être venus dans notre France et qu’ils deviennent à leur tour des missionnaires. Avec leurs prêtres, leurs pasteurs, ils animent leurs églises, annoncent la Bonne Nouvelle ; les jeunes s’impliquent et n’ont pas peur de parler de leur foi, de Jésus qui est dans leur cœur. Cette joie se manifeste par des demandes de baptême de plus en plus nombreux : "Le catéchuménat, cela change mon emploi du temps aujourd’hui, je ne fais que ça" témoigne un prêtre. Les créations de patronages sont nombreuses, les célébrations sont très suivies, les églises sont pleines et les paroissiens n’hésitent pas à sortir en procession entre les tours ou les pavillons.
Des agendas surchargés
Cette joie ne doit pas cacher les difficultés réelles auxquelles ces prêtres sont confrontés. Ils en parlent peu, mais ils souffrent de manque de moyens. Leurs paroisses sont les plus pauvres de France et leurs paroissiens, dans leur environnement, ont de vraies difficultés matérielles qu’ils ont bien du mal à résoudre. Ils subissent l’envahissement, voire la submersion de leurs agendas pastoraux ou sacramentaux, par la réelle nécessité de se rendre disponibles à tous moments pour écouter, accueillir, soigner les âmes qui viennent taper à la porte du cœur et de la sagesse des prêtres. Ils atteignent parfois les limites d’un souci excessif de s’insérer dans les réalités et de répondre aux besoins et attentes du monde. Ils ne cessent de lancer ou de poursuivre des activités sociales ou caritatives, dévoreuses de temps et de moyens, sans laisser plus de place à la proclamation missionnaire de l'essentiel de la foi chrétienne ou la vie sacramentelle. Pas un instant pour souffler.
On pleure les églises vides le dimanche, elles ne le sont pas dans les quartiers populaires. On parle de jeunes pris dans la frénésie consumériste, il existe des jeunes à la recherche de sens.
Ces deux jours de rencontres ont permis un vrai partage et un ressourcement. Dans son mot d’accueil, Mgr Étienne Guillet, évêque de Saint-Denis, a rappelé que "le monde populaire participe à la fécondité de l’Église en France et l’on doit se poser la question de comment nourrir ces vitalités actuelles". Il ajoute : "Vivre ensemble dans la différence, c’est possible, on le prouve dans ces quartiers. Nous sommes témoins d’une jeunesse qui croit en Dieu et n’est pas impactée complètement par la matérialité."
Une Église qui témoigne
Église un peu oubliée, Église "sous les radars", ces paroisses de quartiers populaires peuvent sembler anecdotiques et de peu d’importance dans une France au christianisme ancestral. Ce serait faire fi de réalités encourageantes. On parle d’explosion du catéchuménat, c’est largement le fait des banlieues. On pleure les églises vides le dimanche, elles ne le sont pas dans les quartiers populaires. On parle de jeunes pris dans la frénésie consumériste, il existe des jeunes à la recherche de sens.
Bien sûr, diront certains, ce propos n’est pas un reflet de la réalité et des dérives sociales et morales — violence, drogue, tensions ethniques etc. — mais de cela, on en parle. De ce qui est beau, on en parle moins et ces prêtres et religieux ont voulu dire en conclusion de leurs journées au collège des Bernardins qu’ils étaient heureux de partager une mission qui évangélise avec les jeunes, dans un esprit de charité avec tous et que l’Église de France est aussi cette Église des périphéries. Elle témoigne pour la conversion de tous.










