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Anne-Lise Ducanda : “Interdire les smartphones aux moins de 15 ans n’empêche pas d’éduquer”

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Mathilde de Robien - publié le 26/01/26
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Alors que les députés ont adopté en première lecture, dans la nuit du lundi 26 janvier, la proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, le docteur Anne-Lise Ducanda, spécialiste des addictions aux écrans, explique pourquoi elle est favorable à cette interdiction.

Dans la nuit de lundi à mardi 27 janvier, l’Assemblée nationale a adopté par 130 voix contre 21 la proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. La proposition de loi, portée par la députée Laure Miller (Renaissance) et cosignée par le groupe Ensemble pour la République (EPR), prévoit d'interdire l'accès aux mineurs de moins de 15 ans à certains réseaux sociaux listés par décret, après avis de l’Arcom, et d’élargir l'interdiction de l'usage du téléphone portable au lycée. Désireux d'aller vite sur ce sujet, le président de la République Emmanuel Macron a demandé le 24 janvier au gouvernement "d'engager la procédure accélérée" afin de permettre une application "à la rentrée prochaine". Le texte va être examiné au Sénat dans les semaines à venir.

À première vue consensuelle, notamment au regard des effets délétères des réseaux sur les adolescents pointés récemment par l'Anses, et bénéficiant d'une majorité assez large dans l'hémicycle, la proposition de loi a quelque peu divisé, opposant les défenseurs d’une politique stricte en matière d’interdiction et de régulation des plateformes, dans la limite de ce que permet le droit européen, les sceptiques, en raison de l'interrogation qui pèse sur l'application concrète de la vérification d'âge et les garants de la liberté, du côté de La France Insoumise notamment, qui dénoncent des dispositions "liberticides" et "une forme de paternalisme numérique". Pour le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin du développement de l’enfant, cofondatrice du Collectif surexposition écrans (CoSE) et auteur du livre Les tout-petits face aux écrans (Éditions du Rocher), il est nécessaire de légiférer afin de protéger les enfants et de décharger les parents d’une responsabilité qui les dépasse.

Aleteia : Êtes-vous favorable à l’interdiction des smartphones aux enfants de moins de 15 ans ?
Dr Anne-Lise Ducanda : Oui, avec le collectif CoSE, nous sommes favorables à une loi qui interdise les écrans aux enfants de moins de trois ans et les smartphones aux moins de 15 ans. Et cela dans l’intérêt des enfants et des adolescents. Dans les consultations, nous sommes débordés de jeunes de 15, 16, 17 ans, complètement accros aux jeux vidéo ou aux réseaux sociaux. Et les parents n’y arrivent plus, ils sont dépassés, ils appellent au secours, c’est pourquoi il faut une loi, on a besoin d’une loi, les parents ne peuvent plus porter seuls ce problème. Tant que les plateformes ne sont pas régulées, il faut interdire le smartphone avant 15 ans.

Sur les écrans nomades, les enfants ont accès à des contenus parfois néfastes, leur attention est happée, ils ont des problèmes de concentration, les algorithmes les rendent captifs.

Qu’est-ce qui est en jeu ?
C’est la santé mentale de nos enfants qui est en jeu ! Autant ce qui passe à la télévision est contrôlé par l’Arcom, mais sur les écrans nomades, via internet et les réseaux sociaux, les enfants ont accès à des contenus parfois néfastes, leur attention est happée, ils ont des problèmes de concentration, les algorithmes les rendent captifs, il y a des phénomènes addictifs, tout cela est délétère pour leur santé mentale, donc il faut les protéger, car ils ne peuvent pas se protéger tout seuls, ils n’ont pas encore la capacité de s’autoréguler.

Certains préfèrent parler d’éducation au numérique, plutôt que d’en interdire complètement l’usage, qu’en pensez-vous ?
Interdire n’empêche pas d’éduquer ! On éduque aux méfaits de l’alcool mais on interdit bien l’alcool avant 18 ans. On fait de l’éducation routière, tout en interdisant à un enfant de 13 ans de conduire la voiture familiale. On ne lui donne pas les clés au prétexte qu’il en a envie ! On peut donc très bien interdire le smartphone avant 15 ans, c’est tout aussi dangereux, et cela n’empêche pas de faire de l’éducation au numérique. L’un n’empêche pas l’autre.

Avec les logiciels comme Pronote, l’enfant a une injonction à se connecter pour les devoirs, mais après, il est connecté avec tout le reste !

Et au lycée, pensez-vous qu’il soit possible de faire machine arrière ?
Cela va être compliqué parce que l’éducation nationale, sous la pression des lobbies du numérique éducatif, a favorisé, en 2015, le "grand plan numérique pour l’école", mais de plus en plus de personnes se rendent compte qu’on a été trop loin. Avec CoSE, nous sommes pour le retrait du téléphone à l’école et notamment au lycée, et pour le retour à l’agenda papier. Avec les logiciels comme Pronote, l’enfant a une injonction à se connecter pour les devoirs, mais après, il est connecté avec tout le reste ! Le niveau n’arrête pas de baisser depuis qu’on numérise l’école. Le classement Pisa montre clairement que les pays qui numérisent le plus ont les résultats les moins bons. La Suède a dépensé 109 millions d’euros en 2023-2024 pour enlever tous les écrans des écoles. Il suffit d’écouter les enseignants, les élèves n’arrivent plus à se concentrer, à mémoriser, à faire des efforts cognitifs… Il y a des moyens de faire autrement pour que les élèves apprennent.

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