Il y a cent ans, fin novembre 1925, était fondé à Amay-sur-Meuse (Wallonie) le Prieuré de l’Union des Églises qui sera transféré à Chevetogne en juin 1939. Ce monastère est la réponse apportée par dom Lambert Beauduin, moine de l’abbaye du Mont-César à Louvain (Belgique), à la lettre Equidem verba adressée le 21 mars 1924 par le pape Pie XI à l’abbé primat des bénédictins, invitant ces derniers "à prier instamment Dieu pour l’unité des chrétiens" et "à entreprendre des œuvres pour la réaliser".
Un point de contact
Dans son commentaire de la lettre pontificale paru au printemps 1925, dom Lambert Beauduin fixa les contours de la mission du nouveau monastère. Les moines devaient s’employer, dans un indéfectible attachement à l’Église romaine, "puisé dans une forte et saine formation théologique et patristique" et dans un esprit vraiment catholique, universel, œcuménique, étranger à toute étroitesse nationale et nationaliste, et à quelque particularisme que ce soit, à "étudier la langue, l’histoire, la littérature, l’art, les institutions, les écrits des Pères, et surtout […] la liturgie et la théologie" des Églises orientales et slaves. De ces Églises, il leur fallait "se rendre familiers leurs sentiments, leurs aspirations, leurs espérances, leurs amours et leurs haines". Dom Lambert désirait faire du monastère "un trait d’union et un point de contact — ce point de moindre résistance, comme il l’écrit ailleurs — où les esprits et les cœurs, dans cette atmosphère sereine de prière liturgique, de charité fraternelle et de paix que crée le monastère, loin des contestations passionnées, se rapprocheront".

Retour aux sources
Le point névralgique de ce travail de rapprochement — qui reste la caractéristique majeure d’Amay-Chevetogne jusqu’à ce jour — est la prière liturgique célébrée selon les deux grandes traditions de l’Église (latine et byzantine), à part égale et de façon concrète et permanente. On sent là l’initiateur du mouvement liturgique (1909) dont la devise, rappelons-le, était déjà ut unum sint, "que tous soient un" ! À cela, s’ajoutera une série d’activités (conférences, semaines d’études, hôtellerie, voyages…) destinées à créer une meilleure connaissance entre l’Orient et l’Occident, et un puissant mouvement pour l’Union des Églises. Dès avril 1926, est lancée la revue Irénikon avec pour but la diffusion d’une connaissance mutuelle entre les chrétiens des différentes confessions.
Remarquons au passage que, pour dom Beauduin, ce retour aux sources en vue d’une meilleure compréhension des Orientaux, doit aussi permettre une vie monastique renouvelée, dégagée d’un certain formalisme hérité de la restauration du XIXe siècle. Par ailleurs, loin de se limiter à la seule Russie comme l’envisageait la lettre Equidem verba, dom Lambert embrasse tout l’Orient chrétien et se tourne aussi vers l’anglicanisme et vers le monde protestant. Cela à l’exclusion de tout prosélytisme, point essentiel de son programme que l’on ne saurait trop souligner. Il est bien entendu que pour lui, il ne s’agit nullement, selon une formule devenue célèbre, de "pêche à la ligne dans le vivier du voisin" et pas davantage de "pêche au filet". Cette œuvre, pionnière à bien des égards, n’a pas toujours été bien comprise au niveau des plus hautes instances de l’Ordre bénédictin et de l’Église, et a entraîné la disgrâce de son fondateur.
Fidèles au cap
Malgré cela et les difficultés rencontrées au cours des années, les moines d’Amay-Chevetogne ont maintenu le cap et sont restés fidèles avec discrétion et efficacité à l’engagement œcuménique de leur fondateur, voyant leurs efforts finalement couronnés par le concile Vatican II et la publication du décret Unitatis redintegratio.
Aujourd’hui, à cent ans de sa fondation, la communauté des moines d’Amay-Chevetogne, malgré ses fragilités et un certain essoufflement du mouvement œcuménique, s’efforce toujours de vivre selon ce même idéal de prière et de travail pour l’unité des chrétiens. Cela a été un défi et cela le reste. Puissent les moines agir avec l’audace et la confiance dont ont fait preuve leurs Pères, et cela en se recentrant sur l’essentiel, le Christ, pour que tous soient un !

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