C’est une question qui a pris de l'ampleur dans le débat public, faut-il interdire les smartphones avant l'âge de 15 ans ? Le 13 janvier dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) publiait un rapport sur les effets délétères des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents et dénonçait les mécanismes de captation de l’attention des plateformes. De leur côté, certains politiques, en France mais aussi en Europe, n'hésitent plus à parler "d'urgence sanitaire". Emmanuel Macron a promis, samedi 24 janvier, que le gouvernement engagerait la "procédure accélérée" pour faire adopter rapidement la proposition de loi portée par le groupe Renaissance sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le texte doit être examiné à partir du 26 janvier à l’Assemblée nationale.
La prise de conscience politique semble donc être en route, mais certains parents ne les ont pas attendus pour faire preuve de bon sens et affirmer leur éducation en ne donnant pas de portable à leur enfant avant 15 ans, malgré parfois les plaintes et les conflits que cela a pu provoquer en famille, comme le groupe Facebook Parents unis contre le smartphone avant 15 ans s’en fait souvent écho, publiant de nombreux témoignages, de ses quelques 22.5000 membres.
Aleteia a pu demander à plusieurs jeunes, qui n’ont pas eu leur propre téléphone avant 15 ans, comment ils ont vécu cette période, notamment vis-à-vis de leurs amis puisqu’ils font figure d’exception. En effet, selon une étude Ipsos media de 2024, l’âge moyen des enfants en France qui reçoivent leur premier smartphone est de 11 ans et quatre mois. Attendre 15 ans doit donc sembler bien long … !
Une forme de liberté et d'indépendance
Gaëlle, étudiante de 19 ans à Lyon, raconte son expérience sans portable avant ses 15 ans. "La règle était claire chez nous, avec mes frères et sœurs, nous n’avons pas eu de portable avant notre entrée en seconde. Même si je trouvais cela un peu pénible vis-à-vis de mes amies en classe, je leur expliquais que je n’avais pas trop le choix, et en général elles n'insistaient pas. Je voyais bien que je passais à côté de certaines tendances, notamment sur TikTok, mais il y avait toujours une amie pour me la montrer dans le bus, en rentrant du collège. Et quand j’avais un retard, mes amies me prêtaient facilement leur portable pour que je prévienne mes parents. Avec le recul, maintenant que j’ai moi-même un téléphone et accès à tous les réseaux sociaux que je veux, je m’aperçois que je suis quand même moins dépendante et que je peux avoir le réflexe de le poser, ou de l’éteindre, quand je réalise que j’ai perdu trop de temps dessus, le soir. Je me dis que j’ai peut-être ces réflexes justement parce que je l’ai eu plus tard et que je ne suis pas devenue accro. Finalement, avec le recul, je crois que je peux remercier mes parents".
Son frère aîné, Jean, 21 ans, estime que ne pas avoir eu de portable avant ses 15 ans l’a rendu plus indépendant et plus autonome. "Quand il y avait une panne de métro, je me débrouillais toujours pour trouver une autre solution et rentrer le plus vite possible pour ne pas que ma mère s’inquiète. Je suis aussi passé à côté de certains jeux en ligne, qui aujourd’hui ne m'intéressent pas du tout alors que certains de mes copains y passent des heures chaque jour. En fait, je me sens plus libre".
Quand je vois mes copines du lycée, accros et paniquées dès qu’elles l’oublient, je me dis que je suis peut-être plus libre et moins dépendante.
Aude, 17 ans, en classe de terminale à Paris, raconte à son tour. "Moi aussi je n’ai eu le droit au portable qu’à mon entrée en seconde, et les parents ont mis un contrôle parental directement. Mais finalement je m’en servais assez peu et je le laissais souvent dans ma chambre, alors mes parents ont retiré le contrôle et je vois qu’ils me font confiance. Je n'éprouve pas forcément le besoin de l’avoir toujours sur moi, et quand je vois mes copines du lycée, accros et paniquées dès qu’elles l’oublient, je me dis que je suis peut-être plus libre et moins dépendante". À l’inverse, avec son petit frère Paul, âgé de tout juste 15 ans, les conflits avec les parents pèsent sur l’ambiance familiale. "Paul essaie toujours de demander du temps en plus aux parents, il s’enferme dans sa chambre et parfois fait des scènes assez violentes en tapant sur la porte. Même si les parents ne cèdent pas, je les sens assez dépités et moi ça me confirme que je ne donnerai pas de portable à mes enfants trop jeunes !"
Alors qu’ils ont dû suivre leurs parents à l’étranger, Pierre et Eléonore aujourd'hui 16 et 14 ans, ont eu le droit à un portable avant leurs 15 ans pour rester en contact avec leurs amis en France. Pierre, aujourd’hui en seconde, raconte. "Autant je m’y suis vite habitué et dans mon nouveau collège, avec toutes les notes et informations envoyées uniquement sur Smartscholl cela m’a servi, autant ma petite sœur s’est retrouvée prise dans de nombreux groupes WhatsApp où les messages et vocaux étaient par centaines tous les soirs, et il y avait plein d'histoires entre filles. Après la Toussaint, les parents s’en sont aperçus et ont remarqué qu’elle dormait moins bien, ils lui ont finalement supprimé son portable, et en fait, elle a été soulagée. Elle nous a même dit que c’était mieux de ne plus en avoir".








