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“L’enjeu, c’est l’après-baptême” : l’Île-de-France convoque un concile provincial inédit

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Antoinette de la Roulière - publié le 24/01/26
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<em>Face à l’augmentation des baptêmes d’adultes et d’adolescents, les huit diocèses d'Île-de-France ainsi que le diocèse aux Armées ouvrent ce 25 janvier la phase de consultation du Concile provincial consacré aux catéchumènes et aux néophytes. "Les évêques ont senti une vraie responsabilité face à cette accélération" explique à Aleteia le père Maximilien de La Martinière, secrétaire général du Concile. </em>Entretien.

Les paroisses franciliennes voient de plus en plus affluer des demandes de baptême d’adultes et d’adolescents. Cette réalité nouvelle bouscule les habitudes pastorales et interroge : comment accueillir les futurs et nouveaux baptisés, les intégrer à la vie communautaire et les aider à s’enraciner dans une foi vécue au quotidien ? C’est à partir de ces questions très concrètes que les évêques d’Île-de-France ont choisi de recourir à un outil ancien mais rarement mobilisé : le concile provincial. Une démarche d’ampleur, qui engage l’ensemble du peuple chrétien. Pour comprendre les enjeux de cette démarche inédite, son déroulement et les questions qu’elle soulève, le père Maximilien de La Martinière, prêtre du diocèse de Versailles et secrétaire général du Concile, revient dans cet entretien sur les raisons de cette initiative, les défis posés par l’afflux de nouveaux chrétiens et les fruits attendus de ce long processus de réflexion. Entretien.

Aleteia: Qu’est-ce qu’un concile provincial ?
Père Maximilien de La Martinière : Un concile est un rassemblement de chrétiens qui se met en mouvement pour prier, réfléchir sur un sujet particulier et se donner des orientations communes. Il s’agit d’un discernement collectif, qui engage tout le peuple chrétien. Ce concile est dit provincial car il est convoqué à l’échelle d’une province ecclésiastique. Ce sont les évêques d’une même province qui décident de se réunir pour travailler ensemble. Ici, il s’agit des huit diocèses d’Île-de-France, rejoints par le diocèse aux Armées. Cet événement est inédit car le dernier concile provincial proprement francilien remonte au XIIIe siècle. En tant que secrétaire général du Concile, mon rôle se définit comme un chef d’orchestre. Je veille à ce que chacun joue sa partition, je tiens le calendrier, je m’assure que le travail avance.

Pourquoi organiser un concile provincial aujourd’hui en Île-de-France ?
Ce concile provincial part d’un constat : en deux ans, le nombre de baptêmes d’adultes a presque doublé en France et pour les adolescents, le nombre a été multiplié par 5 en trois ans. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En Île-de-France, on compte 2.600 baptêmes d’adultes en 2025, soit 1/4 des baptêmes de France. En 2022 y en avait 1.245. Il y a toujours eu des catéchumènes. Ce qui est nouveau, c’est que c’est devenu un phénomène massif. Beaucoup n'ont aucun lien avec la culture chrétienne. Les profils sont très variés, mais on retrouve souvent une quête de sens très forte et la recherche d’une communauté fraternelle. L’Église est vue comme une famille. Les réseaux sociaux jouent également un rôle important : le baptême et la conversion sont parfois même perçus comme quelque chose de “tendance”. J’observe cette réalité dans ma paroisse : toutes les semaines, quelqu’un vient me demander le baptême.

Quels sont les enjeux ?
Les évêques ont senti une vraie responsabilité face à cette accélération. Ils se sont posé la question du pourquoi et du comment. Et très vite, la question est devenue : comment accueillir durablement ces personnes ? L’enjeu, c’est l’après-baptême. Il ne s’agit pas seulement de préparer au baptême, mais de préparer à une vie chrétienne. Le modèle actuel atteint ses limites, on ne peut plus rester dans un système où un ou deux paroissiens accompagnent seuls les catéchumènes. Il faut repenser le système, et faire porter cette mission par toute la communauté.

Il y a des catéchumènes et des néophytes partout : tout le monde est concerné. En associant l’ensemble du peuple chrétien dans la phase de consultation, puis des délégués représentatifs dans l’assemblée conciliaire, les évêques souhaitent écouter largement avant de décider.

Comment va se dérouler concrètement le concile ?
Le concile se déploie sur environ deux ans. La première étape est une phase de consultation, qui débute le dimanche 25 janvier, jour de la conversion de Saint Paul. Cette phase débutera par une célébration en diocèse ou en paroisse. Les diocèses de Saint-Denis et de Pontoise ont préparé un temps fort avec les néophytes, et le diocèse de Meaux a organisé des vêpres solennelles à la cathédrale. Jusqu’en juillet 2026, tout le peuple chrétien est invité à réfléchir à l’accompagnement et l’accueil des futurs et nouveaux baptisés dans la durée. La deuxième étape est une phase de délibération, de mai 2026 à mai 2027 : l’assemblée conciliaire d’environ 300 personnes se rassemblera pendant 3 sessions. Prêtres, néophytes, catéchumènes, accompagnateurs et paroissiens travailleront à partir du fruit de la consultation et feront des propositions d’orientations aux évêques. 

Enfin, les évêques discerneront ce qui leur semble pertinent. Le texte sera envoyé à Rome à l’été 2027. Une fois la recognitio par le Saint-Siège obtenue, chaque diocèse pourra mettre en place les différentes orientations.

Quels sont les objectifs de cet événement exceptionnel ?
L’objectif du concile est clair : donner une direction commune face à une réalité nouvelle. Il y a des catéchumènes et des néophytes partout : tout le monde est concerné. En associant l’ensemble du peuple chrétien dans la phase de consultation, puis des délégués représentatifs dans l’assemblée conciliaire, les évêques souhaitent écouter largement avant de décider. Un autre objectif majeur est de repenser les pratiques pastorales. Cela suppose une mobilisation plus large des communautés paroissiales et une meilleure intégration des nouveaux baptisés dans la vie de l’Église. Enfin, le concile a pour ambition de donner un élan, un coup d’accélérateur en Île-de-France.

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