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[HOMÉLIE] Jésus parle et appelle au changement de direction

Chrystus błogosławi
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Clément Barré - publié le 24/01/26
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Prêtre du diocèse de Bordeaux, le père Clément Barré commente l’évangile du 3e dimanche du temps ordinaire. Le temps de l’annonce est passé, le Royaume commence à prendre chair. Jésus appelle à la conversion, c’est-à-dire au changement de direction.

Un lecteur de l’Évangile de Matthieu le remarque assez vite : l’un des soucis de l’auteur est de montrer comment l’histoire de Jésus accomplit les prophéties de l’Ancien Testament. Ainsi, on retrouve, parsemées dans tout l’Évangile, ces formules d’accomplissement, comme aujourd’hui : "Il vint à Capharnaüm pour que s’accomplisse la parole du prophète Isaïe" (Mt 4, 14).

Matthieu a comme le souci de nous prendre par la main : rien n’arrive par hasard, rien n’est un accident dans l’histoire de Jésus. Tout est "tenu" par la promesse de Dieu. Bien sûr, l’irruption de Jésus dans notre monde marque une vraie nouveauté, mais ce n’est pas une rupture dans l’histoire de l’Alliance. Il en est l’accomplissement, la réalisation.

La figure de l’offrande

Cela a commencé il y a quinze jours, lors de la fête du Baptême du Seigneur. Jésus paraît au Jourdain et il "rentre dans le rang". Il se place au milieu de ceux qui viennent reconnaître leur péché et demander une conversion. Il entre dans l’eau comme on entre dans la condition humaine réelle, telle qu’elle est : fragile, mêlée, lourde de fautes et de blessures. Il ne nous sauve pas à distance. Il se solidarise. Il se laisse compter parmi nous. Puis Jean Baptiste le reconnaît, dimanche dernier : "Voici l’Agneau de Dieu" (Jn 1, 29).

Suivre, c’est passer de l’intérêt pour Jésus à l’obéissance à Jésus.

Cela veut dire : Jésus n’est pas seulement celui qui se tient avec nous, il est celui qui porte pour nous. Il vient enlever le péché du monde en le prenant sur lui, jusqu’au bout. L’Agneau, c’est la figure de l’offrande. Le pardon qu’il apporte n’est pas une simple bienveillance ; il a un prix : il passe par la Croix. Jésus ne vient pas seulement nous encourager, il vient combattre et vaincre ce qui nous détruit.

"Convertissez-vous !"

Et aujourd’hui, Jean est arrêté et Jésus commence sa prédication. L’annonceur s’efface pour que l’Annoncé prenne la place ; la voix se tait pour que le Verbe parle. Jésus reprend l’annonce là où Jean s’arrête. La même phrase — "Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche" — qui était dans la bouche de Jean (Mt 3, 2) est reprise par Jésus.

La proclamation passe du Précurseur au Seigneur, comme première parole publique, car ce n’est plus maintenant le temps de l’annonce : c’est le temps de la réalisation. Le Royaume n’est plus seulement annoncé, il est inauguré. Et pour l’inaugurer, Jésus emploie deux verbes : "Convertissez-vous" (Mt 4, 17) et "Venez à ma suite" (Mt 4, 19).

Si je refuse "Convertissez-vous" et si je refuse "Suis-moi", alors je garde Jésus dans une zone inoffensive. Je l’accueille comme une présence qui me fait du bien, sans consentir à une présence qui me change.

"Convertissez-vous", c’est plus que "corrigez-vous". Le mot grec metanoia désigne un changement de l’esprit, du regard, de la logique intérieure. Se convertir, ce n’est pas ajouter une couche religieuse à une vie inchangée. C’est prendre un autre chemin, comme les mages qui repartirent de Bethléem "par un autre chemin" (Mt 2, 12). C’est accepter que Jésus vienne toucher ce qui décide en moi : mes priorités, mes critères, mes attachements, mes évidences. C’est consentir à ce que sa lumière requalifie ce que j’appelais normal, acceptable, inévitable. La conversion, c’est le moment où je cesse de me penser comme mesure de ma propre vie, et où je laisse le Christ devenir la mesure.

Une présence qui change tout

Puis vient : "Suis-moi." La conversion ne reste pas une résolution intérieure, un sentiment, une belle intention : elle devient une marche. Jésus ne dit pas : "Pensez comme moi", il dit : "Venez derrière moi." Il ne demande pas seulement l’assentiment ; il demande la suite. Suivre, c’est accepter qu’il conduise : qu’il donne le rythme, qu’il ouvre la route, qu’il mette en ordre ce qui est dispersé. Suivre, c’est passer de l’intérêt pour Jésus à l’obéissance à Jésus. C’est le recevoir non seulement comme quelqu’un qui réconforte, mais comme Celui qui gouverne.

Il y a là une clarification importante : on peut très bien apprécier Jésus, le trouver lumineux, inspirant, consolant ; on peut aimer prier, aimer chanter, aimer l’atmosphère de l’Évangile. Mais si je refuse "Convertissez-vous" et si je refuse "Suis-moi", alors je garde Jésus dans une zone inoffensive. Je l’accueille comme une présence qui me fait du bien, sans consentir à une présence qui me change. Et, au fond, je lui dis que sa venue n’est pas nécessaire pour moi. Or il est venu précisément pour cela : non pas pour être simplement admiré, mais pour sauver ; non pas pour être seulement célébré, mais pour convertir et conduire.

Le Royaume commence à prendre chair

Je le dis en particulier à ceux qui préparent le baptême : être chrétien, ce n’est pas ajouter une "case Jésus" à une vie déjà organisée ailleurs. Ce n’est pas juxtaposer un supplément religieux à nos priorités, à nos habitudes, à nos choix. C’est consentir à ce que Jésus devienne peu à peu le centre : le cœur battant, le principe unifiant, celui qui donne la direction et qui vivifie tout le reste. C’est pour cela qu’il commence par ces deux verbes : "Convertissez-vous" — changez de direction — et "Suis-moi". Autrement dit : laissez-moi donner la direction, et laissez-moi vous conduire. Alors, le Royaume n’est plus seulement annoncé : il commence à prendre chair dans une existence rassemblée, éclairée, et mise en marche.

Lectures du 3e dimanche du temps ordinaire (année A) :

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