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Trois films essentiels pour comprendre les soins palliatifs

Trois films essentiels pour comprendre les soins palliatifs

Scène du film Le dernier souffle du réalisateur franco-grec Costa-Gavras.

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Raphaëlle Coquebert - publié le 23/01/26
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Dans le débat sur l’euthanasie et la fin de vie, face à la complexité des notions et situations, l’émotion prend souvent le pas sur les arguments rationnels. Aussi le cinéma est-il un précieux relais pour faire connaître et valoriser les soins palliatifs.

Le 7e art foisonne de plaidoyers en faveur de l’euthanasie, le plus souvent médiocres (J'ai oublié de te dire de Laurent Vinas-Raymond avec Omar Sharif, Tout s’est bien passé de François Ozon)… Toutefois quelques films sortent du lot : leurs indéniables qualités artistiques et l’admirable jeu de leurs acteurs les rendent même redoutablement efficaces (Million Dollar Baby de Clint Eastwood ou Amour de Michael Haneke). D’où l’importance de voir et faire voir les rares longs-métrages qui dissonent dans le paysage cinématographique très majoritairement acquis au droit à la mort programmée. 

1Le plus idéaliste

Jean-Pierre Améris, le réalisateur qui a courageusement ouvert la voie, il y a 25 ans déjà avec C’est la vie, l’a fait avec une pointe de maladresse -la maturité aidant, certains de ses films tels Les Émotifs anonymes ou Marie Heurtin sont de vraies réussites.

Inspiré par La mort intime, l’incontournable témoignage de la figure emblématique des soins palliatifs, la psychologue Marie de Hennezel, le film relate les dernières semaines de vie de Dimitri, jeune quinquagénaire atteint d’un cancer incurable, interprété par Jacques Dutronc. Hédoniste égoïste et blasé, il se bonifie au fil des jours, suite à sa rencontre avec une affable bénévole (Sandrine Bonnaire), dont le sourire masque une profonde fêlure.

Le duo des deux grands acteurs fonctionne à merveille : lui, visage hâve et silhouette malingre, est plus vrai que nature dans ce rôle de désabusé empêtré dans sa pudeur ; elle, sait rendre avec naturel la candeur de son personnage solaire. Et l’univers des soins palliatifs, aux petits soins pour les malades, est joliment valorisé par le réalisateur qui a passé près d’un an dans un établissement des Bouches-du-Rhône pionnier en la matière : solidarité des équipes et des résidents, attention portée au bien-être de ces derniers (possibilité de venir avec ses meubles, de réaliser ses rêves ultimes, de se déployer dans des activités artistiques)…

Le bémol ? À force de vouloir prouver que ces services sont moins des mouroirs que des hymnes à la vie (louable intention !), le film occulte par trop les souffrances inhérentes à la fin de vie et à la mort. Images lisses baignées d’un sempiternel soleil, personnel toujours souriant et gai, histoire d’amour prévisible et peu crédible (en même temps que discutable au regard de la déontologie)… 

Il n’en reste pas moins plaisant à regarder et a le mérite de mettre en lumière l’esprit qui sous-tend les soins palliatifs : humilité du personnel soignant qui sait ne plus pouvoir freiner la maladie, profonde humanité envers les patients, respect de leur dignité intrinsèque non altérée par la dégradation du corps ou de l’esprit.

Signalons au passage que Jean-Pierre Améris célèbre à nouveau la vie dans son dernier film Aimons-Nous vivants (2025), une comédie romantique avec Valérie Lemercier, Gérard Darmon et Patrick Timsit : l’histoire d’un septuagénaire ayant opté pour un suicide assisté en Suisse et qui fait marche arrière… La boucle est bouclée !

2Le plus démonstratif

Plus près de nous, en 2024, c’est aussi un livre (Le Dernier Souffle, co-écrit par le docteur Claude Grange et le philosophe Régis Debray) qui a inspiré un film éponyme à l’illustre réalisateur franco-grec Costa-Gavras. Avec lui, on change d’univers, pour être plongés dans celui du réalisateur, connu pour ses prises de position résolument progressistes : exit la province, exit les Français lambda ! Nous voici chez des bobos parisiens aisés rompus aux joutes philosophiques.

D’intrigue, il n’y en a pas vraiment, puisqu’il s’agit de l’immersion d’un écrivain angoissé par la perspective de sa propre mort dans une unité de soins palliatifs. Une de ses connaissances, médecin très impliqué auprès de ses patients, tente de juguler ses angoisses en le familiarisant avec cette médecine pétrie d’humanité.

On sent que Costa-Gavras, que l’on n’attendait pas sur ce terrain, connaît son sujet et a mené un travail d’enquête rigoureux. Ce qui donne une belle image des soins palliatifs, présentés comme un lieu dédié "non à la réparation des vivants mais à l’accompagnement des mourants" pour "rendre l’inacceptable supportable." Denis Podalydès est épatant en philosophe hanté par son propre déclin, soucieux de découvrir comment adoucir la fin de vie. Kad Merad, un brin sirupeux dans son rôle de chef de service exemplaire, sait toutefois convaincre.

En dépit de quelques maladresses ou confusions (les propos ambigus de Charlotte Rampling en mourante révoltée ou ceux peu amènes sur les familles), l’objectif du réalisateur est atteint : la médecine palliative est justement mise à l’honneur. Certaines séquences touchent au cœur (une jeune femme dans le déni d’un cancer incurable) ou réjouissent (une visite de motards à un camarade, le jaillissement de vie d’une famille de gitans.) 

Dommage que le film soit par trop démonstratif !

3Le plus réussi

Le plus percutant est sans conteste De son vivant, d'Emmanuelle Bercot, sorti en 2021, avec Benoît Magimel, Catherine Deneuve et Cécile de France. On suit un quadragénaire qui se sait condamné par un cancer du pancréas dans un service de soins palliatifs dirigé par le professeur Gabriel Sara, oncologue féru d’art-thérapie qui joue ici son propre rôle. 

Si l’on peut là aussi s’interroger sur la pertinence et la probabilité d’une attirance amoureuse entre un mourant et une pimpante infirmière, il faut surtout applaudir des deux mains ce long-métrage qui réussit le tour de force de prendre aux tripes sans tomber dans le pathos et retrace avec une rare justesse ce qui se joue en soins palliatifs (ces mots incontournables que le cancérologue enjoint de prononcer : pardon – je te pardonne- merci – je t’aime.)

Le tout servi par des acteurs au sommet de leur art : Deneuve, impeccable en mère fusionnelle et infantilisante et Benoit Magimel, en tous points magistral (ce qui lui valut un césar amplement mérité). Un film à voir et faire voir, qui vaut toutes les plaidoiries. 

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