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La crainte de Dieu, c’est d’abord la crainte de nous-mêmes

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La création d'Adam par Michel Ange, chapelle Sixtine.

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Jean-Michel Castaing - publié le 22/01/26
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En apprenant à se connaître, l’homme découvre qu’il est capable de se séparer de Dieu. La première chose qu’il doit craindre, c’est le pouvoir qu’il a de rompre l’amitié avec Celui qui est la source de tout bonheur. 

La crainte de Dieu est le premier don de l’Esprit saint. Pourquoi est-il placé en premier, alors qu’il n’est pas le plus grand parmi les dons ? En fait, si la Bible répète inlassablement que "la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse" (Ps 111, 10), c’est parce que cette crainte est d’abord un instrument pour nous faire connaître deux choses : Dieu et… nous-mêmes ! La crainte de Dieu nous enseigne en effet que Notre Père est tout-puissant, infini, qu’Il est le Juge suprême, mais surtout le Bonheur parfait pour ceux qui Lui sont attachés. Par ce don, l’homme prend la mesure de l’Être divin. Mais par contrecoup, il se découvre une chétive créature face à Lui. La crainte révèle à l’homme l’immense écart entre le Créateur et lui-même. Ce don du Saint-Esprit nous rend sages en nous faisant prendre conscience de la différence entre Dieu et l’homme.

Craindre notre capacité à faire le mal

Cependant, une telle sagesse est appelée du nom de "crainte" parce qu’à cette connaissance se mêle un élément moral. Lequel ? La crainte d’offenser Dieu ? Certainement. Mais si Dieu est Amour, ainsi que nous le dit notre foi, pourquoi Le craindre ? Dans sa miséricorde, Dieu n’effacera-t-Il pas nos fautes ? Il serait dès lors absurde de craindre la Bonté en personne ! Ou bien Dieu serait-Il versatile au point de passer, comme nous, de la bénignité à la sévérité et à la dureté ? Ce serait là imager Dieu à notre image et en faire une idole inquiétante. La crainte de Dieu aurait-elle un lien avec le péché qui Lui déplaît ? Oui, mais si Dieu a le péché en horreur, en revanche Il aime le pécheur. Dans ce cas, pourquoi le pécheur Le craindrait-il ?

En fait, pour bien répondre à cette question, il est nécessaire de la décentrer de Dieu vers l’homme. Si l’Esprit Saint nous fait craindre Dieu, ce n’est pas d’abord que Celui-ci serait froissé de voir Ses créatures se détourner de Lui et Lui manquer de respect. Dans ce don de l’Esprit, Dieu a d’abord souci de nous plutôt que de Lui. C’est à notre avantage que l’Esprit nous donne cette crainte. Mais pour quel avantage et pour quel motif ? Examinons successivement le motif et l’avantage du don de crainte.

Craindre de nous séparer de Dieu

D’abord le motif. Nous sommes portés au mal et de plus, nous nourrissons souvent envers le prochain et Dieu des sentiments peu charitables. Nous ne sommes pas "tout amour" comme Dieu. Chez nous, les bons sentiments sont mêlés à de la jalousie, de la méfiance, à de la haine parfois. Et ces mauvais sentiments se répercutent sur notre manière d’agir. Notre faire suit notre être. Bref, nous sommes pécheurs. Le don de crainte se rapporte d’abord à nos penchants mauvais et, plus largement, à ce que nous sommes. Mais pourquoi l’appeler alors "crainte de Dieu" ?

La crainte de nos possibilités de pécher est dite "crainte du Seigneur" parce que ces penchants nous éloignent de Dieu et, si nous persévérons, risquent de nous séparer de Dieu. Nous préserver d’un tel malheur : tel est l’avantage que nous retirons de ce don de l’Esprit. La crainte nous empêche de nous séparer de Dieu en nous mettant sur nos gardes quant à notre péché et à ses conséquences mortifères. Nous risquons de nous couper de la Source de la Béatitude et du bonheur si nous ne rompons pas avec le péché ou avec nos mauvais sentiments. Non que Dieu nous rejette mais en Lui, qui n’est qu’Amour, aucun être animé d’envie, de défiance, de rancune tenace, ne peut être reçu. C’est nous-mêmes qui nous excluons du Royaume de paix et d’amour en nourrissant de mauvais sentiments. Et contre notre liberté, Dieu ne peut rien ! Il est donc de notre avantage de demander à l’Esprit de convertir notre esprit afin que nous puissions jouir de la compagnie de Celui qui est le Bonheur infini. Et cette conversion s’obtient d’abord en reconnaissant que nous ne sommes pas parfaits et qu’il est nécessaire de rester sur nos gardes, et donc de "craindre » de chuter ou, plutôt, de rechuter. Car nous en sommes rarement à notre première chute ! Tant nos existences sont scandées par de continuelles rechutes… 

La connaissance de nous-mêmes

Ainsi, la crainte de Dieu consiste d’abord en la crainte du pouvoir que nous avons de nous séparer de Lui. À un niveau supérieur, elle consiste en la crainte de déplaire à Celui que nous aimons. Mais c’est là un aspect du don de crainte qui demanderait un autre article. Attachons-nous ici à comprendre que ce don regarde en premier lieu la connaissance de nous-mêmes ainsi que l’enjeu fondamental, existentiel, de notre rapport à Dieu. Ce premier motif est plus "intéressé" que le second parce qu’il envisage d’abord notre avantage avant de considérer la blessure que nous pouvons porter à Dieu avec notre péché. Toutefois, c’est ainsi que Dieu nous élève progressivement vers Lui car Il agit toujours en pédagogue envers Ses enfants : avant de nous hisser sur la montagne de l’amour, il nous fait voir auparavant notre avantage à ne pas nous séparer de Lui.

Une prière née du don de crainte

Pour finir par une application pratique de ces réflexions, voici une prière directement inspirée par le don de crainte : 

Seigneur, épargne-moi les souffrances ou les douleurs trop lourdes à porter car je suis faible, ma foi, ma confiance sont fragiles. Je me connais trop bien : je serais porté à blasphémer ton Nom si jamais l’épreuve est trop pénible et dépasse les capacités d’endurance de mon faible amour. Pour moi et pour notre amitié, préserve-moi, Seigneur, des fardeaux trop pénibles ! Je sais bien que Tu n’éprouves personne au-delà de ses capacités, mais souviens-Toi que je suis particulièrement faible et peu consistant en matière de foi et d’amour, moi, si peu digne de Tes prévenances et de Ton Amour !

Par cette prière, nous voyons que, dans le don de crainte, la connaissance de soi-même se conjoint à la crainte d’offenser Dieu (par le blasphème) et à celle d’être séparé de Lui. Décidément, ce don du Saint-Esprit est plus riche qu’il n’y paraît de prime abord !

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