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“Emmanuel, demandez pardon” : au procès du meurtre du père Olivier Maire, la supplique des Montfortains

Prêtre tué en Vendée en 2021 : le suspect jugé devant les assises à la fin du mois

Portrait du père Olivier Maire, assassiné dans la nuit du 8 au 9 août 2021.

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Iris Bridier - publié le 22/01/26
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Emmanuel Abayisenga, incendiaire de la cathédrale de Nantes, a été condamné ce 22 janvier à 30 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Vendée pour l'assassinat du père Olivier Maire en août 2021. Lors de cette dernière journée d’audience, l’avocat de la communauté catholique a exhorté l’accusé à ne pas rester dans la position du mauvais Larron.

Emmanuel Abayisenga, incendiaire de la cathédrale de Nantes, a été condamné ce 22 janvier à 30 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Vendée pour l'assassinat du père Olivier Maire en août 2021. La cour d'assises n'a pas retenu l'altération de son discernement au moment des faits. Le ministère public avait requis dans la matinée une peine de réclusion à perpétuité. "Emmanuel, allez voir l'aumônier de votre prison, allez voir un prêtre, libérez votre conscience, demandez pardon. Un jour prochain, vous aurez à comparaître devant un tribunal bien différent qu’une cour d’assises et là, il n’y aura pas le droit au silence." Dans la salle du palais de justice vendéen, l’audience a pris ce 22 janvier une tournure spirituelle inattendue. Alors que, depuis le début de la semaine, se succèdent témoignages, photographies, récits et rapports d’expertise pour tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé dans la soirée du 8 au 9 août 2021, maître de Guerry de Beauregard, s’adresse directement à Emmanuel Abayisenga. Représentant la congrégation des missionnaires montfortains de Saint-Laurent-sur-Sèvre, ce 22 janvier, l’avocat adresse "cette supplique, cette prière à celui qu’ils ont accueilli, aimé, soutenu", espérant que "leur protégé ne reste pas dans cette attitude du mauvais Larron, injurieuse de ne pas reconnaître ses fautes". 

En face, l’accusé, tête baissée, mutique, ne réagit pas. Visiblement diminué, il pèse 39 kg, il se dit "fatigué" et marche si faiblement qu’il doit être porté par des policiers pour être acheminé jusque dans son box. Un homme recroquevillé et sans doute déséquilibré pour avoir incendié une cathédrale et porté des coups mortels à un homme tombé à la renverse au sol. Pour autant, son jugement était-il altéré au moment des faits ? C’est tout l’enjeu de la défense mise en œuvre par maître Navenot, avocate commise d’office, alors que depuis le début de l’affaire, elle ne "connaît pas le son de sa voix". L’accusé a choisi d’exercer son droit au silence. "A l’évidence, il est convaincu que moins il en dit, moins il a de risques d’être démasqué de son simulacre", déclare l’avocat général lors de ses réquisitions. Elle demande à la cour une réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans et d’une interdiction définitive du territoire français.

"Un criminel sans foi ni loi"

Le Rwandais, lors de son procès, est décrit par l’avocat des parties civiles comme un homme qui "s’est inventé un passé de victime du génocide, capable de s’inventer des problèmes de santé […] et qui fait mine de ne pas comprendre le français quand ça l’arrange". L’avocat général le confirme et s’emploie à "détricoter le tissu de ses mensonges" le qualifiant de "criminel sans foi ni loi, au sens propre du terme". L’accusé a menti sur l’arme utilisée, sur les vêtements qu’il portait, sur l’heure du crime, il a menti aux autorités judiciaires, aux médecins et aux experts, aux paroissiens nantais qui l’ont accueilli. "Il aurait vécu les atrocités de la guerre du Rwanda et son père aurait été exécuté sous ses yeux, on sait que c’est faux. Faute d’obtenir le statut de réfugiés au nom des horreurs du génocide, il tente alors de se faire passer pour un étranger malade", explique la magistrate. Malgré les 80 consultations sollicitées "pour se plaindre d’à peu près tout, tous les bilans sont identiques : aucune particularité, aucune anomalie", complète-t-elle. "Emmanuel Abayisenga est en rage d’être en parfaite santé, seule une maladie grave pourrait lui éviter d’être expulsé." La magistrate affirme même que "l’incendie de la cathédrale n’était qu’un début et qu’il avait envie d’incendier la basilique de Saint-Laurent-sur-Sèvre et qu’il serait passé à l’acte pour qu’on parle de lui."

Malgré la "conscience de la dangerosité et de la fragilité" d’Emmanuel Abayisenga, le père Olivier Maire avait interrogé son conseil et sa communauté : fallait-il l’accueillir ? "Si on nous le propose, c’est que nous devons faire acte de charité et de confiance", rapporte l’avocat des Montfortains à propos de ce discernement. Il explique que le père Olivier Maire était un "théologien et formateur expérimenté", qu’il "s’occupait personnellement de son protégé". La communauté, "touchée par le prénom Emmanuel, qui signifie Dieu avec nous, a mis en œuvre l’Evangile du Bon Samaritain, en l’accueillant et le soignant." Et l’avocat d’annoncer aux magistrats : "Il est mort un dimanche, le jour où il concluait une homélie invitant à suivre le Christ et donner sa vie." Pour la communauté, c’est une évidence, le père Olivier Maire est mort en "martyr de la charité". 

Dans la salle, les parents du défunt prêtre, les traits tirés et le regard vidé, ne se lâchent pas la main. Si la foi et l’amour fraternel de la communauté montfortaine les portent et leur permettent de surmonter cette douloureuse épreuve, ils attendaient de la justice une décision "pour les aider à avancer et trouver une certaine forme d’apaisement". Une décision qui est finalement arrivée ce 22 janvier 2026, près de cinq ans après l'assassinat du père Olivier Maire.

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